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Idées

Pourquoi les sanctions américaines contre l’Iran sont inutiles

Commentaire
Amin SAIKAL | OLJ
01/12/2018

Les nouvelles sanctions imposées à l’Iran par les États-Unis plus tôt ce mois-ci ont pour objectif d’isoler le pays au plan économique et de provoquer soit un changement de régime en Iran, soit une modification radicale de son comportement. Selon l’administration américaine, cette nouvelle série de sanctions – la seconde depuis août dernier – est la plus « dure » jamais imposée à ce pays.

En dépit des épreuves qu’elles ne manqueront pas d’infliger aux citoyens iraniens, il est pourtant peu probable que ces sanctions produisent les résultats attendus par le président américain Donald Trump.

Ces sanctions font suite à l’annonce par Trump en mai dernier du retrait des États-Unis de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, aussi connu sous le nom de Plan d’action global commun (JCPOA en anglais). Selon cet accord, l’Iran a le droit de poursuivre son programme nucléaire à des fins uniquement pacifiques en échange de la levée des principales sanctions par les États-Unis et les Nations unies.

Trump n’a jamais caché son hostilité envers le JCPOA. Selon lui, ce « très mauvais accord » n’empêchera pas l’Iran de développer des armes nucléaires à l’avenir et il ne prend pas en compte le programme de missiles balistiques ni les activités régionales « déstabilisatrices » du régime iranien, notamment son implication en Syrie, en Irak et au Yémen. Les principaux adversaires régionaux de la République islamique, Israël et l’Arabie saoudite, font écho aux préoccupations de Trump.


« Pression maximale »

Jusqu’à présent, les dirigeants iraniens ont réagi par une attitude de défi à ce nouveau volet de sanctions américaines. Ils se sont engagés à continuer à respecter le JCPOA (tout en renforçant les capacités militaires conventionnelles du pays et en poursuivant ses ambitions régionales). D’autres pays signataires de l’accord ont adopté une attitude similaire : le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et la Russie, ainsi que l’Union européenne et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), soutiennent la position de l’Iran en affirmant qu’il se conforme absolument aux dispositions du JCPOA.

Nul doute pourtant que la « pression maximale » des États-Unis se fait sentir. Alors que les dirigeants des pays occidentaux et asiatiques sont déterminés à défier les sanctions extraterritoriales américaines – qui ciblent les opérateurs économiques tiers engagés dans des affaires avec l’Iran –, les entreprises étrangères qui avaient investi en Iran après la signature de l’accord de Vienne ont commencé à se retirer du pays. D’autres suivront certainement après la fin de la période de transition prévue dans le cadre de ces nouvelles sanctions.

L’économie de l’Iran, déjà fragile, sera en conséquence frappée plus durement encore, provoquant une nouvelle chute de sa monnaie et de nouvelles hausses des prix. Le rapide déclin du niveau de vie des Iraniens a déjà donné lieu à des manifestations que le régime est toutefois parvenu à contenir, en en faisant porter la responsabilité aux Américains.


Impact atténué

Il ne faut toutefois pas sous-estimer la capacité de Téhéran à faire face aux sanctions, en particulier compte tenu du renforcement de ses liens économiques et commerciaux avec des partenaires-clés, dont la Chine, l’Inde et la Russie. Dans le cas de la Russie, les accords bilatéraux portent sur des ventes d’armement et des partenariats stratégiques – en Syrie notamment – et sur des investissements directs. Le gouvernement russe a ainsi annoncé un investissement à hauteur de 50 milliards de dollars par plusieurs compagnies russes dans la prospection de pétrole et de gaz en Iran, qui développe par ailleurs le gisement gazier de South Pars, le plus grand au monde.

La Chine, de son côté, fournit un financement et une assistance technique à de nombreux projets, notamment de développement du réseau ferroviaire et de constructions d’hôpitaux, en Iran. L’an dernier, le fonds d’investissement public de la République populaire de Chine, CITIC Group, a octroyé une ligne de crédit de 10 milliards de dollars à l’Iran pour financer plusieurs projets d’infrastructures et la Banque de développement de la Chine s’est engagée à en accorder 15 milliards de plus. Et étant donné que la Chine est l’un des pays exemptés pour six mois des sanctions américaines, elle continuera à acheter du pétrole iranien, à hauteur de 11 % de ses importations.

Enfin, l’Inde, qui est également exemptée à titre temporaire des sanctions, continuera à entretenir de bonnes relations avec l’Iran pour deux raisons. La première est que plus de 10 pour cent de ses importations de pétrole proviennent d’Iran, et qu’il lui reviendrait trop cher de modifier cet approvisionnement. La seconde est que les deux pays ont coopéré au développement du port en eaux profondes de Chabahar dans le golfe d’Oman et signé un accord sur le transit de marchandises dont l’objectif est d’aider l’Inde à contourner son rival régional, le Pakistan, pour avoir accès aux marchés afghan et de l’Asie centrale.

La position de l’Inde doit être particulièrement problématique pour Trump. Il a d’un côté appelé ce pays à jouer un rôle plus actif en Afghanistan dans le cadre de la stratégie de sortie des États-Unis du conflit dans ce pays et, de l’autre, il ne peut pas approuver l’engagement stratégique de l’Inde avec Téhéran.

Tous ces facteurs – combinés à la détermination de l’UE à préserver l’accord de Vienne, la revente potentielle de pétrole iranien à l’Europe par la Russie et les activités financières de la République islamique en Irak et ailleurs – contribueront à atténuer l’impact des sanctions américaines.

Cela ne veut pas dire pour autant que les dirigeants iraniens peuvent aujourd’hui respirer tranquillement. Au contraire, la République islamique est confrontée à de grandes difficultés financières. Mais tout comme les sanctions américaines contre l’Irak dans les années 1990 ont échoué à renverser Saddam Hussein, il est peu probable que les sanctions actuelles se traduiront par un changement de régime en Iran. S’il ne fait aucun doute que le peuple iranien en souffrira, le régime parviendra sans doute à exacerber des sentiments nationalistes – et un soutien externe – suffisants pour surmonter toute menace posée à sa survie.

© Project syndicate, 2018

par Amin SAIKAL

Professeur de sciences politiques et directeur du Centre d’études arabes et islamiques de l’Université nationale australienne

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L’azuréen

Le régime va bientôt tomber...c’est évident à moins d’une répression extrême mais ce ne sera que reculer pour mieux sauter .

Bery tus

Mr sur quel base vous dites que les sanctions n'auront pas l'effet escompter !?

puisque déjà relever l'iran s'endette aupres de la chine et meme de la russie … donc devra tot ou tard rembourser ses dettes … maintenant avec quoi elle vas le faire !? surtout que d'ici 6 mois plus aucun pays n'aura d'exemptions !?!

svp Mr ne prenez pas les gens pour des prunes !!

je sais qu'au final ces sanctions ne sont pas justifiable du point de vue mondial mais du point de vue régionale si cela pourrait aider a ce que l'iran ne s'ingère plus dans les affaires de certains pays arabe et diminue son influence alors je prefere cette solution a la guerre totale et dévastatrice

ACE-AN-NAS

Bel article qui se lit et qui permet de comprendre sans avoir á commenter.

POUR EXEMPLE UNIQUE: LA COREE DU NORD.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET POURTANT DES SOLUTIONS POUR DES LEVEES PARTIELLES DES SANCTIONS CONTRE DES CONCESSIONS SONT PROPOSEES TOUS LES JOURS VIA LES RUSSES. LES SACNTIONS FONT LEUR TRAVAIL !

Zovighian Michel

Votre analyse ne démontre pas que les sanctions ont échouées mais que l’Iran s’est endettée auprès de la Russie et de la Chine. Sans revenus substantiels est-ce qu’elle aurait les moyens de payer ses dettes et leurs intérêts?

Il s’agit aussi de voir si les investissements Russes et Chinois sont le résultat de contrats signés quelques mois avant la decision de Trump (de se retirer de l’accord nucléaire). Si c’était le cas, on pourrait penser que la Russie n’assumerait pas tous les investissements promis… n’ayant pas les poches profondes.

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