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Lifestyle - Disparition

Bernardo Bertolucci, le « découvreur de jeunes actrices »

Le « dernier empereur du cinéma italien » est décédé hier à Rome à l’âge de 77 ans.

Bernardo Bertolucci, le 19 novembre 2013, célébrant son étoile sur la célèbre Hollywood Walk of Fame, à Los Angeles en Californie. Valérie Macon/Getty Images/AFP

Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci, auteur notamment du sulfureux Dernier tango à Paris et de la grande fresque historique Novecento, est décédé hier à Rome à l’âge de 77 ans. « Bernardo Bertolucci nous a quitté aujourd’hui à 07h00 (06h00 GMT) », a indiqué hier son service de presse, sans préciser les causes de sa mort. Selon les médias italiens, il était atteint d’un cancer. Bertolucci, considéré comme l’un des derniers géants du cinéma, avait remporté l’oscar du meilleur réalisateur en 1988 pour Le dernier empereur, le film ayant raflé au total neuf oscars.

« C’était le dernier empereur du cinéma italien, le seigneur de toutes les fresques et de toutes les frasques. La fête est finie : il faut être deux pour danser le tango », a déclaré Gilles Jabob, ancien président du Festival de Cannes, qui avait remis une palme d’honneur à Bertolucci en 2011. « On se souviendra de lui comme un des plus grands du cinéma italien et mondial », a réagi de son côté le président de la Mostra de Venise, Paolo Baratta, rappelant que Bertolucci avait présidé deux fois le jury de ce festival, en 1983 et 2013. La Mostra lui avait également rendu hommage en lui décernant en 2007 un Lion d’or pour sa carrière. La maire de Rome, ville où le cinéaste avait choisi de vivre ses derniers jours, a salué en lui un « grand maître » du cinéma italien et mondial. « Sa mort est aussi un peu la nôtre », a commenté pour sa part le réalisateur italien Marco Bellochio, cinéaste de la même génération que Bertolucci.

Pour sa part, Bernardo Bertolucci avait modestement jugé en 2013 qu’il resterait probablement dans le cœur des cinéphiles comme « un découvreur de jeunes actrices », après avoir fait tourner Dominique Sanda, Maria Schneider, Liv Tyler ou Eva Green.

Né le 16 mars 1941 à Parme, cité raffinée du nord de l’Italie où il situera Prima della Revoluzione (1964, prix de la critique à Cannes), Bertolucci a grandi dans un milieu aisé et intellectuel. Il a la révélation du cinéma en voyant La Dolce Vita de Federico Fellini. Son père, poète, professeur d’histoire et critique de cinéma, lui offre sa première caméra 16 mm à 15 ans. À Rome, où il va étudier la littérature, il rencontre Pier Paolo Pasolini qu’il assiste sur le tournage d’Accatone. Adhérent du Parti communiste italien, il tourne Le conformiste, inspiré d’un roman d’Alberto Moravia, qui éclaire les motivations intimes de l’engagement d’un jeune bourgeois chez les fascistes sous Mussolini.

Politique et mystique

Après le scandale, mais aussi le succès du Dernier tango à Paris (1972), Bertolucci dispose d’assez de moyens pour tourner sa grande fresque historique Novecento, une de ses œuvres majeures qui embrasse près d’un siècle de lutte des classes dans la riche plaine du Pô à travers le destin de deux amis d’enfance. Le film est porté par un prestigieux casting international (Robert De Niro, Gérard Depardieu, Burt Lancaster, Dominique Sanda). La consécration de ses pairs lui viendra avec Le dernier empereur, tourné en 1987. Réalisateur mais pas uniquement, il a été aussi le coscénariste de Once Upon a Time in the West (Il était une fois dans l’Ouest), le célébrissime film de Sergio Leone et archétype du western spaghetti.

Créateur fécond, Bertolucci était attiré par la recherche formelle. Explorateur des rapports des individus à l’histoire, il est l’un des rares cinéastes italiens à avoir mené une partie de sa carrière à l’étranger. Il y avait été précédé par la réputation sulfureuse du Dernier tango à Paris, où Marlon Brando, à l’époque une véritable légende vivante, interprétait l’un de ses derniers grand rôles. Une scène de sodomie jugée osée à l’époque avait provoqué l’interdiction du film en Italie. L’actrice Maria Schneider (1952-2011), alors âgée de 19 ans, avait été profondément marquée par ce film, Bertolucci ayant reconnu par la suite qu’elle n’avait pas été totalement informée de ce qu’elle allait tourner, notamment le fameux recours à un morceau de beurre.

Paris est encore au centre de son film The Dreamers (2003), histoire de passions politiques et de révolution sexuelle en 1968. La Chine avec Le dernier empereur, l’Afrique avec Un thé au Sahara et le Bhoutan avec Little Buddha lui ont offert des horizons plus lointains, propices à l’expression de sa recherche mystique. Sa passion pour la psychanalyse se manifeste dans La luna, qui met en scène les relations perturbées entre une artiste lyrique et son fils adolescent. Par la suite, Bertolucci retourne en Italie pour tourner Beauté volée (1996), voyage initiatique en Italie d’une jeune femme dont la mère s’est suicidée. Malgré son impressionnante filmographie, il reconnaissait s’être « parfois trompé » : « Mais tous mes choix ont été sincères. »

Attaché à la pellicule, il a essayé de passer au numérique pour Moi et toi (2012), son dernier film... avant d’y renoncer. « La définition et la netteté étaient très grandes, mais je voulais que le film ait une qualité impressionniste », avait-il justifié. Il n’en restait pas moins conscient des changements technologiques qui bouleversent le cinéma : « Bientôt, on regardera les films sur des paquets de cigarettes ou sur notre montre. Il faudra inventer des histoires capables de s’adapter aux différents formats. » « Si un jeune me demandait la chose la plus importante à faire pour commencer une carrière de cinéaste, je lui dirais d’être sincère et de suivre son cœur. Il est très important d’être complètement honnête dans ce que l’on fait », disait-il aussi. À la fin de sa carrière, le cinéaste avouait son admiration pour la nouvelle vague de séries télévisées américaines, notamment Breaking Bad.

Source : AFP

Ses films les plus connus

– Prima della Revoluzione (1964)

– Partner (1968)

– La stratégie de l’araignée (1970)

– Le conformiste (1970)

– Le dernier tango à Paris (1972)

– 1900 (1976)

– La luna (1979)

– La tragédie d’un homme ridicule (1981)

– Le dernier empereur (1987)

– Un thé au Sahara (1990)

– Little Buddha (1993)

– Beauté volée (1996)

– Innocents : The Dreamers (2003).


Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci, auteur notamment du sulfureux Dernier tango à Paris et de la grande fresque historique Novecento, est décédé hier à Rome à l’âge de 77 ans. « Bernardo Bertolucci nous a quitté aujourd’hui à 07h00 (06h00 GMT) », a indiqué hier son service de presse, sans préciser les causes de sa mort. Selon les médias italiens, il était...

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