Amine Gemayel prononçant son allocution, hier, à Bickfaya. Photo Kataëb
L’ancien président de la République Amine Gemayel a appelé hier les leaders souverainistes à prendre conscience du « crime » qu’ils ont commis en « disloquant » le Rassemblement du 14 Mars, scindant ainsi le pacte d’unité qui avait permis de réaliser la deuxième indépendance du Liban et le retrait des forces syriennes.
M. Gemayel s’exprimait à l’occasion d’une messe célébrée en l’église Saint-Michel à Bickfaya pour la douzième commémoration de l’assassinat de son fils, l’ancien ministre et député Pierre Gemayel, et son compagnon Samir Chartouni, à Jdeidé (Metn-Nord), le 21 novembre 2006. Outre la famille du disparu, étaient présents le ministre Marwan Hamadé, le député Akram Chehayeb représentant le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt, les députés Henri Hélou, Eddy Abillamaa et Élias Hankache, les anciens députés Farès Souhaid, Élie Marouni et Fady el-Habr, ainsi que les anciens ministres Sélim Sayegh, Alain Hakim et Joe Sarkis.
Dans son allocution, l’ancien chef de l’État a souligné que « Pierre Gemayel était un modèle de défense de la souveraineté, de la liberté et du message du Liban ». « Il s’est battu jusqu’à son dernier souffle pour défendre la souveraineté du Liban et a tenu, malgré les dangers, à retourner d’un exil forcé », a-t-il dit, avant d’évoquer son « rôle pionnier en faveur de l’unification et de la mobilisation des rangs souverainistes, que ce soit au sein du Rassemblement de Kornet Chehwane et du Bristol ou au sein du parti Kataëb face aux forces qui veulent du mal au Liban et qui ne croient pas en sa souveraineté ».
Et Amine Gemayel de poursuivre : « Ce que nous vivons aujourd’hui comme régression et désespoir est de nature à confirmer la dissolution du pacte, le sacrifice de l’unité et l’abandon de la solidarité entre nous face aux dangers. La seule possibilité de redonner espoir et confiance dans le Liban est de souligner notre volonté de résistance et de lutte. Cela n’est possible qu’en prenant conscience du crime commis à travers la dislocation du camp du 14 Mars. Là se trouve la source de tous les maux dont nous souffrons aujourd’hui. Si nous étions restés unis, nous aurions fait face ensemble à ce qui se produit et aurions souligné notre résistance face aux forces du mal qui portent atteinte à notre souveraineté. Pierre Gemayel a œuvré inlassablement pour l’unité des rangs en faveur d’un Liban uni. »
L’ancien chef du parti Kataëb n’a pas ménagé le pouvoir actuel. « Nous souffrons d’une politique absurde sans objectifs, sans programmes, égoïste. Pierre Gemayel n’est entré dans la sphère politique que sur base d’un programme. Nous souffrons d’une lutte sur les restes, pour le partage du gâteau et les petits intérêts. Ils nous ont promis CEDRE, mais quel gouvernement, quelle administration et quelle gouvernance vont diriger ces aides ? » s’est-il demandé.
« Il est honteux que la formation du gouvernement repose uniquement sur la répartition des parts. Les pays amis ont le cœur sur le Liban, tandis que les politiciens ont un cœur de pierre », a indiqué Amine Gemayel, appelant les responsables à « avoir un peu honte et à montrer leur volonté de bonne gouvernance, de réforme administrative et de restauration de l’ordre au sein de l’État avec reddition de comptes ».
« Si nous ne sommes pas nous-mêmes convaincus par la bonne gouvernance, tout soutien ne servira à rien », a-t-il ajouté.
(Lire aussi : « Avec Pierre Gemayel, les Libanais ont perdu un leader visionnaire »)
Hariri et Geagea
Plusieurs personnalités ont par ailleurs rendu hommage hier à la mémoire de Pierre Gemayel, notamment le Premier ministre désigné Saad Hariri, qui a écrit sur son compte Twitter : « En cette journée (…), nous nous souvenons d’un ami fidèle et militant honorable pour la liberté du Liban, sa démocratie et son indépendance. Paix à l’âme de Pierre et celle de tous nos martyrs. »
Toujours sur Twitter, le chef du parti Kataëb, le député Samy Gemayel, a remercié M. Hariri pour son message. « Merci Monsieur le Premier ministre pour votre message en ce jour douloureux. Que la mémoire de nos martyrs soit la motivation derrière notre résistance et notre révolution interne, ainsi que notre confiance dans notre capacité à changer les choses pour un avenir meilleur pour nos enfants », a écrit M. Gemayel. Samy Gemayel avait auparavant écrit sur Twitter : « Nous ne ferons aucune concession avant de réaliser le rêve de Pierre. »
Le président des Forces libanaises, Samir Geagea, a lui aussi rendu hommage à Pierre Gemayel dans son message pour l’indépendance. « En cette occasion, je me souviens également des derniers martyrs tombés pour l’indépendance du Liban, les martyrs de la révolution du Cèdre, et notamment Pierre Gemayel. » « Il est mort avec l’espoir que, de son sang, fleurisse rapidement l’indépendance du Liban », a-t-il indiqué.
L’ancien président Michel Sleiman, l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, les ministres Ghattas Khoury, Marwan Hamadé et Gebran Bassil, ainsi que les députés Nadim Gemayel, Élias Hankache et Ziad Hawatt, les anciens députés Ahmad Fatfat et Élie Marouni et l’ancien ministre Ibrahim Najjar ont notamment salué la mémoire du leader disparu.
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10 h 24, le 22 novembre 2018