Un ancien colonel autrichien accusé d'espionnage au profit de la Russie a été relâché et placé sous contrôle judiciaire, a annoncé mardi le tribunal de Salzbourg (ouest), en charge de ce dossier rendu public vendredi et qui a troublé les relations entre les deux pays.
Le suspect, qui fait l'objet d'une enquête pour "trahison de secrets d'Etat" et "révélation de secrets militaires", a dû remettre son passeport et devra se présenter quotidiennement à la police, a précisé cette juridiction.
Le parquet avait requis un placement en détention provisoire, avançant notamment un risque de fuite. Le tribunal a cependant estimé que celui-ci n'était pas avéré.
L'ancien officier âgé de 70 ans, retraité depuis cinq ans, est accusé d'avoir travaillé pour les services russes de 1992 à septembre dernier. Il est passible de jusqu'à dix ans de prison.
L'homme, dont l'identité n'a pas été rendue publique et qui se montre disposé à collaborer à l'enquête, a selon la presse autrichienne travaillé au service de la planification du ministère de la Défense et pris part à des séminaires de l'Otan, avec qui l'Autriche, pays neutre, collabore régulièrement.
Décrit comme un officier de rang moyen, il est selon le quotidien Salzburger Nachrichten soupçonné d'avoir livré des informations générales sur le ministère et d'avoir détaillé "les faiblesses, les préférences alimentaires" de ses collègues. Il aurait touché 300.000 euros au total.
Révélé vendredi par le chancelier conservateur Sebastian Kurz, qui a dénoncé un procédé "inacceptable", ce cas d'espionnage présumé a jeté une ombre sur les relations austro-russes, jusque là empreintes de cordialité.
La ministre des Affaires étrangères Karin Kneissl, qui avait invité le président russe Vladimir Poutine à son mariage en août, a annulé un déplacement prévu à Moscou début décembre et le Kremlin a pour sa part déploré la publicité donnée à cette affaire.
Le président autrichien Alexander Van der Bellen a toutefois estimé lundi que ce dossier ne "troublerait pas durablement" les relations entre les deux pays, relevant que "tous les services secrets au monde" pratiquaient ce type d'espionnage.
Le gouvernement autrichien est sur la défensive depuis une perquisition controversée menée en début d'année au siège des services secrets BVT sur ordre du ministre de l'Intérieur Herbert Kickl, dont le parti d'extrême droite FPÖ est associé à la formation Russie unie de M. Poutine.
La directrice pour la sécurité publique, Michaela Kardeis, a par ailleurs reconnu début novembre qu'un collaborateur du BVT était visé depuis novembre 2017 par une enquête pour espionnage, sans plus de détails.
Cette affaire impliquant la Russie, selon la presse, a conduit l'Autriche à se retirer provisoirement du Club de Berne, la plate-forme d'échange des services secrets européens, le temps de lever des "réserves liées à un manque de confiance" de ses alliés, a reconnu Mme Kardeis. Le pays a depuis réintégré cet organe informel, a-t-elle assuré.


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