Sport

Le fair-play financier est-il mort ?

Football Leaks

Les experts du ballon rond européen sont divisés sur la question.

OLJ
08/11/2018 | 00h00

Le fair-play financier, instauré par l’UEFA pour limiter les dépenses des clubs, va-t-il disparaître ? Pas totalement, répondent les experts, à condition qu’il soit correctement appliqué, même si les révélations des Football Leaks montrent que certains clubs ont pu s’en affranchir. « Le fair-play financier n’est pas mort. Il doit simplement être correctement mis en œuvre », estime un spécialiste du football européen. « L’objectif du fair-play financier est tout à fait sain, analyse un autre expert. Mais il existe une rupture d’égalité entre les clubs qui ont prospéré avant sa mise en œuvre et ceux qui tentent aujourd’hui de les rejoindre. »

Adopté en mai 2010 à l’initiative de Michel Platini, alors président de l’UEFA, le fair-play financier (FPF) interdit à un club engagé en compétition européenne de dépenser plus que ce qu’il ne gagne en propre. Les sanctions en cas de non-respect peuvent aller du simple blâme à l’exclusion des compétitions.

Si certains clubs ont été sanctionnés, les révélations récentes des Football Leaks sur les dessous du foot-business montrent que d’autres, comme le Paris SG ou Manchester City, tous deux soutenus par de puissants États du Golfe, auraient été « couverts » par l’UEFA pour en contourner les règles. Selon cette enquête, réalisée par un consortium de journaux européens, l’UEFA et ses deux patrons de l’époque, Michel Platini et Gianni Infantino – devenu depuis président de la FIFA –, auraient « en connaissance de cause aidé les clubs (Paris SG et Manchester City) à maquiller leurs propres irrégularités pour des “raisons politiques” ». De quoi se demander si, à force de déroger à ses propres règlements, l’UEFA n’a pas vidé de sa substance le fair-play financier.

Trafic d’influence

« Au-delà des obligations juridiques qui s’imposent aux clubs, les documents cités dans les Football Leaks montrent qu’il y a des discussions politiques et des négociations très fortes », analyse Rafaele Poli, responsable de l’Observatoire du football au Centre international d’étude du sport (CIES) de Neuchâtel, en Suisse, n’hésitant pas à affirmer qu’on « est plutôt dans le domaine du trafic d’influence ». « Si les règles avaient été appliquées, elles auraient dû freiner la croissance de ces deux grands clubs », le Paris SG et Manchester City, estime-t-il. « Mais cela arrangeait l’UEFA d’avoir un peu plus de concurrence dans sa compétition majeure, donc on a trouvé des arrangements », ajoute le chercheur. Pour Rafaele Poli, « il ne faut cependant pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Le fair-play financier a, selon lui, « permis de réduire l’endettement des clubs et sans le FPF, la domination des grands clubs aurait été encore plus forte. Mais il faut aller plus loin et instaurer des obligations de redistribution des ressources vers les autres clubs pour aller vers un football plus solidaire ».

« Le fair-play financier, tel qu’il a été mis en place et structuré, est vraiment mort », estime cependant un autre très bon connaisseur du football européen, préférant garder l’anonymat. « Les révélations récentes imposent l’ouverture des dossiers, car trop de petits clubs ont été sanctionnés alors que les gros sont épargnés, ajoute-t-il. Mais ceci n’est pas nouveau : dès 2012/2013, les dettes de certains clubs ont été écartées afin d’établir leur solidité financière dans le cadre du FPF. » Selon cet expert, « aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin d’une vraie régulation afin de garantir l’égalité entre clubs et accroître la compétitivité ».

« A-t-on empêché Amazon, Google ou Facebook de perdre des millions avant de devenir bénéficiaires ? » plaide un autre spécialiste du paysage footballistique européen. « Les clubs qui ont fait n’importe quoi avant la mise en place du fair-play financier, comme certains clubs espagnols ou allemands, ne sont pas sanctionnés. Et ceux qui feraient n’importe quoi aujourd’hui le sont, alors que l’écart entre ces clubs est très difficile à combler en respectant les nouvelles règles. Il y a donc une rupture d’égalité », ajoute-t-il. Au lieu de jauger l’équilibre financier d’un club sur trois ans comme c’est le cas actuellement, « il faudrait le faire sur dix ans et voir ainsi, par exemple, si le Paris SG a un vrai plan viable sur dix ans », préconise-t-il encore. Le fair-play financier oblige de fait les clubs à ne pas franchir la barre des 30 millions d’euros de déficit sur trois ans.

Éric BERNAUDEAU/AFP

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