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Avec Roads For Life, sortons couverts !

Événement

L’art au service des causes nobles. C’est avec un casque revisité par 16 artistes, créateur de mode, architectes, joaillier, designers, photographe, sculpteurs et tagueurs, et une moto Harley-Davidson « revue et corrigée » par Elie Saab que sera lancée en ligne aujourd’hui une vente aux enchères au profit de Roads For Life. Un casque, symbole et objet, sauveur de vies.

Carla Henoud | OLJ
08/11/2018

C’était le 19 octobre 2010. Une date fatale qui a bouleversé la vie de Zeina Kassem et sa famille, en arrachant Talal, son fils alors âgé de 17 ans, à la vie et à sa vie. Ce matin-là, à 6 heures 45 exactement, voulant rejoindre ses copains qui attendaient l’autocar de l’autre côté de la route, le jeune homme est renversé par un conducteur qui roulait trop vite. Depuis, parce que c’est une question de survie, la sienne et celle de toutes les potentielles victimes d’accidents de la route ou d’autres genres d’accidents, elle se bat, à travers son ONG Roads For Life, The Talal Kassem Fund For Post Accident Care, pour tenter, durant cette heure dorée, cette Golden Hour où tout reste possible avec les bons gestes, de sauver le plus d’existences.

« Talal m’envoie des signes, tout le temps. » Sous cette triste fragilité qui cache une force, une détermination née d’une colère qui ne se calmera jamais, cette mère qui continue, tous les jours, à tous les instants, à communiquer avec son fils, ne cache pas sa peine, même si, dit-elle, « intérieurement, je suis en paix ». Mais aussi sa révolte contre l’état actuel des routes, qui sont, dit-elle, « synonymes d’un pur massacre », et contre le silence coupable des responsables, ces lois jamais votées, ou jamais appliquées. « Notre mission est et restera essentiellement de sauver des vies. »


Art saves lives

Huit ans après le départ de Talal, et à l’occasion de la journée mondiale du souvenir des victimes de la route célébrée dans le monde, depuis 1993, le troisième dimanche du mois de novembre, et, cette année, sous le thème Roads Have Stories, RFL a décidé de partager sa propre histoire. « Chaque route a son histoire. Nous avons la nôtre aussi… Nous avons voulu le faire d’une manière différente et surtout plus positive, en invitant des artistes libanais à s’exprimer autour de ce fléau qui touche tant de familles, chaque année », confie la présidente de l’association. Quinze artistes, un grand nombre d’entre eux étant des motards passionnés mais prudents, membres de la famille des Harley-Davidson, sont intervenus sur des casques évidemment certifiés. « Le casque, c’est aussi pour rappeler son importance, au même titre que la ceinture de sécurité. » Deux modèles, au choix, ont été proposés à Ashekman, Bokja, Karim Chaya, Karen Chekerdjian, Nada Debs, Hania Farell, Gregory Gatserelia, Bernard Khoury, Yazan Halwani, Jamil Molaeb, Roger Moukarzel, Selim Mouzannar, Jean-Marc Nahas, Rana Salam et Katya Traboulsi. Enfin, last but not least, le créateur Élie Saab, invité star de ce projet, à qui l’on a demandé s’il préférait « un duo ou une moto », a choisi… la moto. Une Harley Road King Special qu’il habillera avec son talent, tout comme le casque, et qui ne seront dévoilés que le jour de la vente aux enchères, le dimanche 18 novembre à partir de 18 heures, au Yacht Club de Beyrouth.

Le résultat de cette levée de fonds qui se veut à la fois symbolique, utile et forte : 16 surprenants casques personnalisés, qui racontent une histoire, une émotion, une situation. Qui rappellent à la prudence, avec le sourire, de l’humour, de la poésie, de la douceur ou un peu plus de violence. Le message est clair. Pour le designer Karim Chaya, notre coup de cœur, son casque Wooosh! est synonyme de vitesse. « Après réflexion, j’ai réalisé que le message est mieux transmis à travers cette chanson de Gainsbarre, Comic Strip. Mais pour compléter la chanson, je dirais que j’ai choisi d’utiliser le langage de la BD, des Comic Strips, et donner cette impression de vitesse rien qu’en regardant le casque – on entend même le son de la vitesse –, d’où le titre, tout en étant statique. Le vocabulaire de la BD est accessible à tout le monde, jeunes et moins jeunes. La vitesse, c’est la chose qu’on peut éviter et qui cause le plus de dommages. La plupart des accidents graves sont dû à ses excès. » Karen Chekerdjian a choisi avec son Golden Hour une symbolique plus forte : « J’ai juste reproduit la boîte crânienne à l’extérieur du casque, ce qui est supposé être protégé par le casque, qui est la cervelle… J’ai repris les dessins d’une boîte crânienne, j’ai monté le truc en plâtre, en morceaux, puis j’ai voulu les ressouder entre eux avec ce fil rouge qui représente le sang. Je l’ai travaillé en or parce que c’est ce qu’on appelle la Golden Hour. Je voulais donc un casque d’or. Conceptuellement et esthétiquement ça marche ! Je fais toujours les choses instinctivement… Le résultat est intéressant, ce casque ressemble aux armures des chevaliers, il bouge entièrement, ce n’est pas un casque fixe. On peut aussi y voir des points de suture, et donc saisir le message de recoudre et guérir. » D’autres ont opté pour la couleur et plus d’optimisme. Comme Katya Traboulsi et son Coming Home. « Quand j’ai reçu le casque, de couleur verte, j’y ai vu un côté militaire qui m’a inspirée. Encore plongée dans mon dernier travail Perpetual Identities, autour de 46 obus, j’ai fabriqué de petits obus en bois que j’ai peints en doré pour donner une impression de métal, puis je les ai collés sur le casque, un peu comme des cartouches. J’ai imaginé une histoire, celle d’un soldat qui rentrait chez lui, sain et sauf, d’une de ces guerres qui bouleversent le monde. D’où le titre Coming Home. Je l’ai également voulu décoratif, original et, bien sûr, porteur d’un message concernant la sécurité routière. » Ou encore Maria Hibri et Hoda Baroudi, Bokja, qui confient : « Avec Bad Hair Day, vu que nous sommes devenus un label zero waste, nous avons récupéré des chutes de tissus en soie que nous avons montées sur le casque. Ça nous a paru féminin, d’autant plus que les femmes se soucient beaucoup de leur coiffure lorsqu’elles portent un casque ! » Nada Debs aborde le concept du temps avec 60’ : « 60 minutes, dit-elle, c’est tout ce qu’il faut pour sauver la vie d’une personne. 60 minutes, ça peut paraître court mais ça peut être un moment-clef dans nos vies qui peut garder ses traces. Nous avons donné à notre artisan 60 minutes pour graver cette pièce en bois et montrer toutes les belles choses qui peuvent se faire en une heure. » Hania Farell, toute en sensibilité, a peint sur son casque Under My Wing un paon, dont les plumes magnifiques de couleurs, joue le rôle du protecteur. Enfin, au sujet de l’impressionnant casque de Gregory Gatserelia Antzella envahi de fourmis dorées, il précise : « Le motard est le guerrier des temps modernes, il est confronté à tant de dangers au quotidien, tout comme le guerrier médiéval… Ma vision est une image plutôt lyrique des “chevaliers des temps modernes”, inspirée d’une chanson de Michel Jonasz, les Fourmis Rouges : “Tu n’auras jamais peur du vent qui souffle ici, pour les scorpions te fais pas d’soucis, les mauvais chagrins d’hier, les orties dans les fougères, quand on s’aime ils nous aiment aussi…” »


C’est parti !

Ces casques, à porter ou à poser, telle une pièce d’art, sont mis en vente à partir de ce matin sur le site www.artscoops.com/contact us. Les mises s’arrêteront la veille de la réception, qui aura lieu au Yacht Club le 18 novembre entre et 18 heures et 22 heures. Un commissaire-priseur, venu spécialement de Londres et ayant fait partie de la maison Sotheby’s, mènera la vente en direct. Cette dernière débutera à partir du montant auquel se seront arrêtées les mises en ligne. « Des personnes seront également disponibles pour recevoir les appels de ceux qui se trouvent en dehors du pays et qui aimeraient participer à la vente », souligne Zeina Kassem. Une vente qui sera suivie par la projection du making of de la Harley-Davidson, avant sa mise aux enchères. « Tous les bénéfices de cette action nous permettront de poursuivre notre action. D’ici à la fin de l’année, 1 715 personnes, que nous avons baptisées les Angels Of Rescue, auront bénéficié de cours offerts par Roads For Life, et cela grâce à Talal… », conclut-elle. « J’aimerais que l’on n’oublie jamais ceux qui sont partis, en donnant un sens à leur départ. Et toujours, continuer à marcher sur cette route en se protégeant, en positivant. » Ces Roads For Life semés de petits cailloux émotionnels déposés par un ange gardien, comme autant de signes de prudence à prendre avec amour…

LES CASQUES

Élie Saab : Tribute to life. Casque et moto Harley Davidson Road King Model, dévoilés le 18 novembre

Ashekman : The street is ours

Bokja : Bad Hair Day

Karim Chaya : Wooosh!

Karen Chekerdjian : Golden Hour

Nada Debs : 60’

Hania Farell : Under my wings

Gregory Gatseralia : Antzella

Yazan Halwani : Face of Calligraphy XXI

Bernard Khoury : Handle with care

Jamil Molaeb : Min Ajl Tarik Lilhayat

Roger Moukarzel : Light Your Life

Selim Mouzannar : fortune

Jean-Marc Nahas : My Dear Friends

Rana Salam : Mahroussé

Katya Traboulsi : Coming Home


Pour plus d’informations:

Facebook : @ArtScoopsLB

Instagram : art-scoops

Website : www.artscoops.com/contact us

*Art Saves Lives, au profit de Roads For Life, Le Yacht Club Beirut, le dimanche 18 novembre de 18h à 22h



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Sarkis Serge Tateossian

D'un grand intérêt symbolique et philosophique.
"Un casque protecteur"

Ils sont tous beaux et extraordinairement éblouissants, éclatants et certains carrément étonnants et fantastiques.

De dire qu'ils sont tous des artistes libanais ...
Mes respects Mesdames et Messieurs

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE MANIFESTATION TRES IMPORTANTE ET PLEINE D,HUMANITE !

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