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Moyen Orient et Monde

Le baroud d’honneur de l’Organisation de libération de la Palestine ?

Décryptage

Le Conseil central de l’OLP a voté la suspension de la reconnaissance d’Israël.

David NASSAR | OLJ
31/10/2018

Vingt-cinq ans après les accords d’Oslo, l’Organisation de libération de la Palestine est à l’agonie. En perte de crédibilité sur la scène intérieure, abandonné par le médiateur américain sur la scène extérieure, et incapable de redéfinir une nouvelle stratégie face à un État israélien agressif et décomplexé, l’OLP ne semble plus savoir quoi faire pour inverser la tendance. Tel le baroud d’honneur d’une armée assiégée, elle menace désormais de fermer tout le chapitre d’Oslo, celui-là même qui lui a pourtant permis d’acquérir sa légitimité sur la scène internationale, avec toutes les conséquences que cela implique.

Le Conseil central de l’Organisation réuni à Ramallah a voté lundi soir, à l’issue de deux jours de réunions, la suspension de la reconnaissance de l’État d’Israël et de la coopération sécuritaire et économique, jusqu’à ce qu’Israël « reconnaisse l’État de Palestine dans ses frontières du 4 juin 1967 ». Trois points figuraient dans l’agenda de la réunion du Conseil : « Définir les relations avec la puissance occupante (Israël), (…) avec l’administration Trump, et la réconciliation avec le Hamas », selon un tweet du secrétaire général de l’OLP et négociateur en chef palestinien, Saëb Erakat. L’organisation a déjà brandi la menace de la suspension de la reconnaissance d’Israël, l’un des principes fondateurs de l’effort de paix, en janvier dernier et en 2015, mais la décision du Conseil central « d’autoriser » l’OLP à « mettre en œuvre » la décision a cette fois-ci été suivie par la création d’un Comité national supérieur chargé d’organiser le processus. M. Erakat a affirmé hier que la « suspension des liens » avec Tel-Aviv se ferait graduellement, juste avant que le Comité supérieur ne tienne sa première réunion, sous l’égide du président palestinien Mahmoud Abbas, alors que selon la loi palestinienne les positions votées par le Conseil doivent encore être approuvées par le comité exécutif de l’OLP et la présidence.

Le message semble être adressé à tout le monde : d’abord à la population palestinienne, ensuite à Israël, enfin aux pétromonarchies du Golfe et aux États-Unis. Tous les voyants sont en effet au rouge pour l’OLP, avec l’impossible réconciliation entre le Fateh et le Hamas, le discrédit de l’Autorité palestinienne auprès de la population, l’absence d’un successeur naturel à Mahmoud Abbas, le rapprochement entre Israël et des monarchies du Golfe, la panne totale du processus de paix, la pression israélienne et l’alignement total de Washington sur Tel-Aviv.


(Lire aussi : Washington ferme son canal direct avec les Palestiniens à Jérusalem)


« L’OLP ne représente plus que le président »

Si elle met sa menace à exécution, l’OLP se tirerait, d’une certaine manière, une balle dans le pied. Elle risquerait de mettre en péril sa reconnaissance internationale acquise au fil des ans et sa prépondérance sur la scène palestinienne. « Retourner à un cadre légal antérieur à Oslo implique, dans une certaine mesure, une perte de légalité pour les institutions palestiniennes nées d’Oslo », met en garde Mudar Kassis, directeur de l’Institut Mouwaten pour la démocratie et les droits de l’homme à l’Université de Bir Zeit en Cisjordanie, contacté par L’Orient-Le Jour.

L’OLP a été créée dans une logique d’intégration des différentes formations palestiniennes sous un même parapluie. Elle a perdu de cette aura aujourd’hui. Le vote du Conseil central a été, sans surprise, boycotté par un grand nombre de factions palestiniennes telles que le Hamas, le Jihad islamique, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), le Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) et l’Initiative nationale palestinienne (al-Moubadara). « L’OLP ne représente plus que le président », affirme à L’OLJ Hamada Jaber, membre du bureau exécutif de la One State Foundation, association qui promeut un État unique.

La coordination sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne (AP), autre conséquence des accords d’Oslo, est très mal vécue par une majorité de Palestiniens, qui perçoivent cette dernière, en manque de légitimité faute d’élections depuis plus d’une décennie, comme un sous-traitant de l’occupant dans ce domaine. Selon un sondage du Centre palestinien pour les recherches politiques et statistiques, publié en septembre dernier, la moitié de l’opinion publique palestinienne perçoit l’AP comme un fardeau pour le peuple palestinien, les trois quarts estimant que les conditions actuelles sont pires que les conditions pré-Oslo, et plus de deux tiers étant favorables à la démission du président Abbas, que l’on dit d’ailleurs en mauvaise santé depuis plusieurs mois.

L’arrêt de la coordination sécuritaire « serait un acte fort, soutenu par une majorité de Palestiniens », estime pour L’OLJ Jean-Paul Chagnollaud, président de l’Institut de recherches et d’études Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo, Paris). Cela ne devrait toutefois pas suffire à régler la crise de légitimité de l’Autorité palestinienne, dont la seule raison d’être aujourd’hui est le « manque d’alternative », selon Nathan Brown, professeur à l’université de Georgetown, également contacté par L’OLJ. Marwan Barghouti, le seul candidat à la succession de Mahmoud Abbas qui peut se targuer d’une assise populaire transpartisane, est actuellement en prison.


(Pour mémoire : À l’ONU, Abbas s’efforce de sortir de son isolement)


« Le plan d’annexion pourrait se réaliser »

Deux gouvernements parallèles gouvernent Gaza et la Cisjordanie depuis la guerre civile de 2007 entre le Hamas et le Fateh qui a conduit au retrait de ce dernier de la bande de Gaza. Malgré le refus de l’Autorité palestinienne, Israël a autorisé au début du mois la livraison de gaz liquéfié financé par le Qatar dans la bande de terre sous blocus israélien. En outre, au moins 218 Palestiniens ont été tués depuis mars dernier selon un décompte de l’AFP, dans le cadre de la Grande marche du retour initié par la société civile et coopté par le Hamas, qui négocie une trêve avec Tel-Aviv sous l’égide égyptienne sans passer par l’Autorité palestinienne. Le processus de réconciliation des deux gouvernements ne porte toujours pas ses fruits, tandis que le gouvernement israélien poursuit sa colonisation rampante de la Cisjordanie, avec l’approbation de la construction de 20 000 nouveaux logements pour des colons. La possibilité d’annexer unilatéralement ce territoire n’est plus un sujet tabou : « Le plan d’annexion (…) pourrait vraiment se réaliser », a affirmé au début du mois Ayelet Shaked, la ministre israélienne de la Justice, dans une entrevue avec le magazine américain The Atlantic.

La politique inédite de l’administration américaine dans le conflit palestinien a mis l’OLP au pied du mur. En reconnaissant Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël et en stoppant la contribution financière de Washington à l’Unrwa, l’agence onusienne consacrée aux réfugiés palestiniens, le président Donald Trump estime que la question de Jérusalem et du droit au retour des réfugiés – deux des grands sujets d’Oslo – sont désormais « off the table » (désormais réglés). L’administration Trump a également stoppé ses aides financières à l’Autorité palestinienne et joue un rôle évident dans la facilitation du rapprochement de Tel-Aviv avec les monarchies du Golfe, pour qui le dossier iranien est la priorité, isolant un peu plus les institutions officielles palestiniennes au niveau international. L’OLP veut tourner la page d’Oslo. « Mais le leadership palestinien n’a aucune alternative stratégique à offrir », rappelle Nathan Brown.

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IMB a SPO

Ils sont fous ces palestiniens! En rejettant Oslo ils faudrait qu'il fassent leur valises. Mais pour aller ou? Retour a Tunis? Personne ne veut d'eux!

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