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Culture - Exposition

« Je dois photographier la beauté ; il nous faut continuer à nettoyer la nature et l’esprit »

Agop Kanledjian expose ses œuvres en noir et blanc sous l’intitulé « Perception du temps » à la galerie Rochane*.


Photo Michel Sayegh

Sur un fond jazzy entraîné par la trompette de Chet Baker, les photos en noir et blanc d’Agop Kanledjian suspendues aux murs de la galerie Rochane attirent l’œil des passants comme des taches de lumière ombragées dans Saifi Village. À l’intérieur, une ambiance particulièrement naturelle et épurée. Ce quelque chose d’authentique que le spectateur ressent en entrant, l’artiste l’explique d’emblée : « Toutes ces œuvres d’art ont été faites de manière traditionnelle, pas de technologie, tout est fait à l’ancienne : des appareils photos d’un autre temps, de vieilles pellicules. Il y a même 10 photogrammes qui n’ont pas nécessité de pellicule ou de lentille. C’est de la création à l’ancienne faite sur papier sensible dans des salles noires. »

Le recours à la technique du photogramme par Agop Kanledjian – technique archaïque qui consiste à faire des photos sans appareil photographique en plaçant son objet sur une surface photosensible qui imprimera grâce à la lumière l’objet en question – doit faire comprendre cette constante recherche de pureté dans son art, parce qu’elle repose sur une méthode de création plus naturelle où l’homme intervient moins.

Le résultat est surprenant et apaisant à la fois. Des fleurs prises dans une aura de lumière blanche, comme si leurs corolles dégageaient un incendie de lumière (voir les photographies Réunion II et Moment I), une fleur desséchée qui semble nous exhiber les morsures du temps (Intimation), et puis encore des fleurs vieillies, recroquevillées sur elles-mêmes et enserrées des éclats d’une poussière éparse. C’est le temps qui passe, et les traces qu’il laisse derrière lui.

Agop Kanledjian a été plusieurs fois comparé à Marcel Proust à propos de la thématique du temps, une analogie qu’il explique brièvement : « Marcel Proust cherchait à retrouver le temps disparu ; si vous regardez mes photos, vous devez voir le passage du temps, vous devez voir qu’en elles cohabitent plusieurs moments. »


Tout est spontané

Mais quand on lui demande quel est son rapport à l’éphémère, il répond, évasif : « Quand j’étais petit, j’avais l’habitude de m’asseoir et de regarder les nuages. Je regardais leur mouvement, comment ils changeaient.

Là, l’imagination commençait. Mais il y avait aussi la guerre à cette époque, des explosions. Je ne sais pas. Quelque chose qui vient de votre nature et vous entraîne là-bas. Rien ici n’est calculé, tout est spontané. »

Cette ambivalence, cette oscillation entre rêverie et réalité, peut-être est-il possible de la lire dans la photographie Escape to Heaven où l’on aperçoit un nuage fugace qui se profile indolemment au-dessus d’une mer terriblement sombre, mais où l’horizon lointain semble tout de même offrir un halo de lumière : « Si vous regardez cette photographie, la mer est totalement noire. Mais on peut toujours voir la lumière : la vie continue. C’est important de donner toujours de l’espoir. »

Kanledjian a commencé dès son plus jeune âge à prendre goût à la photographie : « Dans mon enfance, mon père avait une vieille caméra russe. Je m’en servais un peu partout », raconte-t-il. Il parcourt le Liban et photographie tout ce qu’il voit, quitte à prendre parfois le risque de se faire attraper par des milices durant la guerre civile. Un besoin d’immortaliser un certain pan de la réalité qu’il se voit contraint de laisser de côté pour en exprimer d’autres, moins dangereux. « Je voulais à l’origine être photographe journaliste. Mais la situation était très mauvaise à l’époque. C’est pourquoi mon père était contre cette idée. C’est quand j’ai rencontré Varoujan que ma vie a pris un grand tournant : je me suis mis à photographier des paysages, à faire des portraits… » Cette rencontre avec Varoujan Sétien (1927-2003), le célèbre photographe libanais, grand maître du noir et blanc, est décisive pour lui. Le considérant comme sa plus grande influence, il répète : « Il fut celui qui m’a appris le plus de technique. »

Depuis, Agop Kanledjian a fait ses armes et regarde vers l’avenir. « Aujourd’hui, j’essaye de survivre à beaucoup de choses. Le futur est très important. Je dois photographier le meilleur, la beauté. Il nous faut continuer à nettoyer la nature et l’esprit. »


Galerie Rochane

Saifi Village, centre-ville.

Jusqu’au 31 octobre.Tél. : 961/1/972238.


Sur un fond jazzy entraîné par la trompette de Chet Baker, les photos en noir et blanc d’Agop Kanledjian suspendues aux murs de la galerie Rochane attirent l’œil des passants comme des taches de lumière ombragées dans Saifi Village. À l’intérieur, une ambiance particulièrement naturelle et épurée. Ce quelque chose d’authentique que le spectateur ressent en entrant, l’artiste l’explique d’emblée : « Toutes ces œuvres d’art ont été faites de manière traditionnelle, pas de technologie, tout est fait à l’ancienne : des appareils photos d’un autre temps, de vieilles pellicules. Il y a même 10 photogrammes qui n’ont pas nécessité de pellicule ou de lentille. C’est de la création à l’ancienne faite sur papier sensible dans des salles noires. » Le recours à la technique du...
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JE REPETE QUE LA PHOTOGRAPHIE N,EST PAS UN ART MAIS UN DON !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

09 h 49, le 26 octobre 2018

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Commentaires (1)

  • JE REPETE QUE LA PHOTOGRAPHIE N,EST PAS UN ART MAIS UN DON !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 49, le 26 octobre 2018

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