Mariages forcés, harcèlement, conceptions stéréotypées du rôle de la femme: des experts du Conseil de l'Europe ont pointé lundi les lacunes persistantes en Turquie en matière de lutte contre les violences faites aux femmes, malgré certains progrès.
Dans leur premier rapport sur la mise en œuvre -- depuis 2014 en Turquie -- de la Convention d'Istanbul de prévention et de lutte contre la violence à l'égard des femmes, un groupe d'experts sur le sujet (Grevio) a salué des "initiatives positives", mais aussi "des lacunes persistantes dans les lois, les politiques et les mesures destinées à éradiquer la violence".
Ces experts soulignent notamment leur "vive inquiétude" concernant "des conceptions restrictives et stéréotypées du rôle des femmes" restant très répandues dans la société turque, y compris "aux plus hauts niveaux de la politique et de l'administration".
Par ailleurs, "les mariages précoces et les mariages forcés sont fréquents", plus de 25% des femmes ayant été mariées avant 18 ans, tout comme "la violence psychologique, forme la plus répandue de violence domestique à l'égard des femmes en Turquie", et le harcèlement, qui a touché au moins une fois 27% des Turques.
Le Grevio s'inquiète également "des faibles taux de signalement de la violence à l'égard des femmes fondées sur le genre" par crainte de stigmatisation, de représailles, en raison d'une méconnaissance du droit ou encore de la dépendance économique de la femme à l'égard de l'auteur des violences. Ainsi les viols et les cas de violence sexuelle "ne sont quasiment jamais signalés par les victimes elles-mêmes", relèvent les experts.
Côté positif, la Turquie a toutefois engagé des réformes pour mettre la législation pénale turque en conformité avec la convention et fait des progrès dans la sensibilisation de la population "à l'existence de mécanismes institutionnels à même de protéger et soutenir les victimes de violences", pointe notamment le Grevio.
Signée en 2011, la convention du Conseil de l'Europe "sur la prévention et la lutte contre les violences à l'égard des femmes et la violence domestique", dite Convention d'Istanbul, a suscité l'ire de milieux conservateurs y voyant une référence supposée aux théories du genre et lui reprochant de lier la violence à la religion ou aux traditions, ce qui a amené des pays, comme la Bulgarie ou la Slovaquie, à refuser de la ratifier.
Elle a été ratifiée par 33 pays sur les 47 Etats membres du Conseil de l'Europe.


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