L’audience du procès opposant les Forces libanaises au PDG de la LBCI, Pierre Daher, au sujet de la propriété de la chaîne de télévision, et qui devait être consacrée hier aux plaidoiries, a été reportée à vendredi par le juge pénal unique Fatima Jouni, qui a en outre fixé au 28 février la date du jugement. La séance a été ajournée à la demande de l’avocat de M. Daher, Naoum Farah, qui a réclamé l’octroi d’un délai en vue de répondre à une conclusion présentée par les FL, composée d’une centaine de pages.
À son arrivée au Palais de justice, M. Farah a souhaité que l’audience puisse permettre de « clarifier toute la situation afin de prouver l’innocence de Pierre Daher », affirmant qu’un contrat de cession (entre la LBCI et M. Daher) avait bien été conclu devant notaire.
Avant l’audience, M. Daher s’est exprimé également, affirmant que « Samir Geagea s’est pris à son propre piège ». « Nous détenons des documents écrits et audiovisuels qui relatent tout ce que M. Geagea a dit durant ces dix dernières années », a-t-il révélé, « mais nous avons attendu jusqu’à ce jour pour diffuser ces vidéos parce que le juge d’instruction de Beyrouth, Fady Onaïssi, n’a jamais voulu nous entendre ni agir », a-t-il ajouté.
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« Propriété des martyrs »
Quant à l’avocat des Forces libanaises, Georges Adwan, également député FL, il a réfuté à nouveau l’existence d’un contrat de vente de la LBC en vertu duquel M. Daher serait devenu acquéreur de la chaîne, se demandant à la sortie de l’audience : « Comment le propriétaire d’une chaîne télévisée aurait-il pu s’en désister, alors qu’on sait qu’en 1992 (date à laquelle Pierre Daher affirme qu’elle lui a été vendue), cette chaîne menait une grande bataille politique, celle du boycottage des élections législatives tenues cette année-là après la démission de l’ancien Premier ministre Rachid Karamé ? » « Nous ne nous sommes jamais départis de la LBC, que nous considérions alors comme la dernière arme qui était entre nos mains pour faire face à la tutelle syrienne », a-t-il enchaîné. « La LBC est la propriété de ceux qui ont payé son prix, ainsi que de toute une société et de martyrs qui se sont sacrifiés pour que la chaîne lève haut l’étendard des libertés », a-t-il poursuivi.
M. Adwan a en outre décrit sans le nommer le PDG de la LBC comme un « squatteur d’une chaîne qu’il utilise pour une promotion médiatique d’une série de faits falsifiés ». Il a qualifié de « honteux le fait que M. Daher ait obtenu 25 000 dollars des Forces libanaises pour que son épouse puisse voyager, alors qu’il prétend avoir acheté la chaîne ».
Concernant la décision du juge Fatima Jouni d’émettre son jugement final le 28 février prochain, M. Adwan s’en est félicité, considérant qu’« il s’agit d’un grand exploit, notamment après les atermoiements qui se sont prolongés durant des années ». « Pendant 11 ans, le suspect (en allusion à M. Daher) a profité de certains articles du code de procédure pénale pour obtenir des reports », a-t-il déploré, indiquant qu’« après cette expérience, la commission de l’Administration et de la Justice (que M. Adwan préside) va œuvrer à amender ces dispositions pour que les atermoiements ne constituent plus l’axe des audiences ».
En réponse aux journalistes qui lui demandaient pourquoi avoir recouru à tant de tergiversations, M. Farah a affirmé qu’au contraire, « c’est la partie adverse qui atermoie ». « Pour prendre connaissance de la conclusion de cent pages qui n’a été présentée qu’aujourd’hui (hier) alors qu’elle porte sur la confrontation judiciaire ayant eu lieu en juin dernier entre MM. Geagea et Daher, comment ne pas demander un délai de réponse ? » s’interroge M. Farah, estimant que « le délai de quatre jours qui nous a été octroyé est incomparable avec la durée des onze années de reports ». « Nous avons demandé dès le départ une confrontation entre les deux parties », indique-t-il dans ce cadre, soutenant que « si elle avait eu lieu en 2008 ou 2009, le jugement aurait été rendu depuis longtemps ».
Pour rappel, l’action en justice pour « mauvaise foi, fraude et fuite de capitaux », intentée par les FL contre Pierre Daher, remonte à 2007.
Première chaîne privée libanaise, la Lebanese Broadcasting Corporation avait été fondée en 1985 pendant la guerre civile par les FL, qui l’ont financée jusqu’en 1992. Cette année-là, les actifs et dettes de la LBC ont été transférés à une nouvelle société appartenant en majorité à Pierre Daher, membre du conseil d’administration, sans que le contrat de cession ne soit enregistré. M. Daher affirme que cette cession découle de la vente de la LBC à son profit par le chef des FL, Samir Geagea : la loi sur l’audiovisuel alors en préparation enlevait toute possibilité d’appartenance d’une télévision à un parti, dans un contexte de désarmement des milices après l’accord de Taëf. M. Geagea et les FL contestent cette vente et affirment que le PDG de la chaîne a abusé de la confiance du chef des FL pour faire main basse sur les actifs de la LBC et développer le groupe par la suite.
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il semble que le hic de l'histoire- qui est absolument en la defaveur de P daher est qu'il n'arrive pas a prouver que les FL lui avaient bien vendu la LBC ! essentiellement faute de trouver les documents le prouvant.
12 h 51, le 09 octobre 2018