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La Dernière

Je n’aime pas lire

Un peu plus
15/09/2018

C’est fou comme l’école met à cran la plupart des parents. À l’instar de l’angoisse du dimanche soir, l’arrivée de la rentrée scolaire n’est pas de tout repos. Fournitures scolaires, bouquins à plastifier, réunions, cartable, réveil à l’aube, pleurs du petit, grand qui rouspète, brevet, bac, redoublement, autocar, livrets mensuels, punitions, exclusion, mauvaises notes et convocations– mais pas de n’importe qui : convocation de madame la directrice ou de monsieur le proviseur. On a beau avoir quitté les bancs de l’école il y a 30 ans, être une figure publique ou un gros businessman, quand on pénètre dans le bureau dudit supérieur, on n’est pas très à l’aise. On sait que, quelque part, on va se faire réprimander pour notre éventuel laxisme et pour le comportement de notre gamin qui, s’il a tapé son camarade ou insulté un autre élève, c’est forcément notre faute. Idem s’il a de mauvaises notes.

On commence donc le premier jour en disant à son bambin que cette année, il va falloir se concentrer, étudier 2 heures par jour, arrêter de jouer à Fortnite, ne pas passer son temps à swiper sur Instagram, ranger dans l’ordre ses feuilles simples dans le classeur, faire des fiches. Tout ça pour mettre toutes les chances de son côté afin de choisir l’université qu’on veut, le cursus dont on rêve et donc de faire par la suite le métier qu’on aime. Chéri(e), même si quelque 40% des jeunes qui ont un bac +5 sont sans emploi un an après leur diplôme, tu dois bosser dur.

Et là, pendant qu’on tient ce discours qu’on répétera durant les 15 années d’école obligatoire, on regarde les romans et autres pièces de théâtre que le gamin va se farcir en cours de français. Les Misérables. Sérieusement? Le pavé de Victor Hugo, publié en 1862, qui raconte la misère du XIXe siècle en France, à travers Jean Valjean, Cosette, les Thénardier, Fantine, Gavroche ou Javert, est encore au programme ? Certes, c’est un roman emblématique de la littérature française, mais qu’est-ce qu’il est chiant à lire. Déjà, il l’était à notre époque (au XXe siècle), mais alors, il l’est d’autant plus aujourd’hui, à l’ère de la technologie.

Oui, il faut que les enfants lisent, mais ce n’est pas en les obligeant à lire Hugo ou Jules Verne et son Voyage au centre de la Terre, certains Zola ou Flaubert, qu’on va leur en donner l’envie. Déjà, il faut que le sujet les intéresse. À 13 ans, franchement, la misère de Cosette, la violence des Thénardier ou la rédemption de Jean Valjean, on n’y adhère pas. Même si ce classique parle d’injustice, d’exclusion, de l’aveuglement de la police, de la pauvreté et de la maltraitance des enfants ; qu’il représente les grandes valeurs de notre société et qu’il a réussi à faire évoluer le monde de l’époque ; on ne peut pas faire plus rebutant. Ce n’est pas que les enfants ne doivent pas lire. Bien au contraire. Il est nécessaire qu’ils s’imprègnent de la beauté des mots, des sujets importants, des histoires d’amour. Il est important qu’ils lisent Rimbaud, Baudelaire, Molière, George Orwell. Et tant d’autres. Mais il y a aussi d’autres manières de leur donner le goût du théâtre, des alexandrins, de la narration. Il y a certaines adaptations cinématographiques qui sont sublimes. Qui donnent envie d’aller plus loin dans l’histoire. Qui poussent à découvrir l’ouvrage pour en savoir plus. Comme Lolita, East of Eden, Cyrano de Bergerac, Les Liaisons dangereuses, Le Nom de la rose, Les Raisins de la colère, Mort à Venise, Gone with the Wind, entre autres ; et bien évidemment, Lord of the Rings et l’incontournable Harry Potter qui ont réconcilié des millions d’enfants (et d’adultes) avec la lecture et qui abordent à leur manière les mêmes thèmes universels que les romans du XIXe siècle. Il y a les contemporains qui jouent avec la langue, cassent les codes, écrivent plus court, s’approprient le langage des jeunes. Leur parlent. Il y a l’écriture d’aujourd’hui à laquelle les enfants s’identifient plus, et la liste des créateurs est longue. Il y a tout un tas de choses à faire lire.

On n’arrête pas de parler de la nécessité de changer les programmes scolaires, la manière d’enseigner, le contenu des cours. Il est urgent de le faire. Parce que l’école nous prépare à un avenir en 2 dimensions, alors que dans la « vraie » vie, on jongle à 360°. Et c’est cette école la meilleure. Celle qui inspire, celle qui forge.

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Cherif Bedran

Faites découvrir à vos enfants les œuvres méconnues d’Alexandre Dumas.

La lecture est encouragée par les parents. Un livre oublié sur une commode, caché dans un tiroir est le meilleur appât.

Découvrez et faites découvrir ´La Contesse de Charny’ , ´La Dame de Monsoreau’, peut-être pas ´La Reine Margot’, ´Le Docteur Balsamo’ et bien d’autres romans historiques, pleins d’aventures.

Pour une liste exhaustive et absolument fascinante : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Dumas

Mon père avait acheté une librairie dans les années cinquante, elle contenait toutes les œuvres de Dumas. J’ai appris à aimer la lecture en feuilletant ces tomes en papier bible, minces et copieux à la fois. Plus tard, la fascination qu’exerçait ces livres me firent découvrir une bibliothèque exceptionnelle que notre Liban a perdu pour toujours, celle de Camille Aboussouan.

Pour lire il faut de l’aventure cachée parmi les pages, des histoires qui rappellent celles du coucher, un style élégant et léger et une mise en haleine.

Le pont

L'on a l'impression que tout le monde n'a pas lu le même article de Madame Azouri. Les classiques ont une mission formatrice indispensable et je ne pense pas que l'auteure voulait les descendre à la kalachnikov. Au contraire elle ouvre des pistes afin que l’Education Nationale ne périsse pas dans la fainéantise intellectuelle. Il y a des classiques et des classiques. Des classiques pour les petits et des classiques pour les grands. Il n'est pas interdit de lire des pavés indigestes à 18 ans, à 50 ans ou à 80 ans. les expressions "monter en gammes", "aller crescendo" et "en ordre prioritaire" s'appliquent aussi dans l'éducation à l'école, pour faire de la lecture une habitude au lieu qu'elle ne soit perçue par certains comme une corvée. Hugo était déprimé, en exile à Jersey, quand il a écrit les misérables. Devrions-nous se le faire jusqu'à la fin des temps? Oui peut-être!

Graziella Salamé

Cette fois-ci, je ne suis pas du tout d'accord avec vous. L'enseignant n'a pas pour seule mission de donner aux enfants le goût de la lecture, mais aussi (c'est le propre du programme français, et ce qui en fait la force à mon sens) de les ouvrir à la culture littéraire. Certes Harry Potter, Cyrano ou Lolita sont plus digestes qu'un Père Goriot ou qu'un Thérèse Raquin, mais lire les uns n'empêche pas de découvrir les autres, apprécier les premiers n'implique pas de bouder les derniers. Et on ne lit pas les classiques et les "branchés" pour les mêmes raisons. En aucun cas je ne voudrais que mes enfants ou mes élèves - car vous avez compris que je suis une fervente défenseuse de l'Education Nationale - passent à côté de la terreur des Thénardier ou de la misère de Cosette. Si on ne veut pas que les discussions de demain tournent exclusivement autour de Musso et de Lévy, continuons à faire lire Voltaire, La Fontaine, Balzac et Dumas!

Hitti arlette

Si les grands classiques sont ,à vos yeux ,si chiants et barbants, déconseillez a vos enfants de les lire . C'est bien plus cool de tuer le temps avec les jeux abrutissants disponibles à satiété sur smartphone et autres tablettes..Des jeux qui bloquent les neurones et rendent nos enfants stupides et ignorants .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA PLUPART EN BAS AGE ONT LIT LE LIVRE... DEPUIS ILS N,ONT PAS BESOIN DE LIRE D,AUTRES... IL CROIENT QU,ILS SONT DEJA INSTRUITS !

Houri Ziad

D'apres une etude de l'UNESCO....dans les pays occidentaux un individu lit en moyenne 40 a 45 livres par an....dans le monde arabe chaque 80 individus lit 1 ...oui 1 livre par an... Ce qui fait chaque arabe lit 2 pages par an.....voila ce que nous sommes des ignards...incultes

Gerard Avedissian

On leur enseigne encore "Nos ancetres les Gaulois" ???!!!

Le pont

Quelle audace de s'attaquer à certains de ces tristes grands classiques, bravo, il était temps qu'en on parle. C'est un vrai bonheur de vous lire

Chaccal Marie Hélène

Oui Medea ,vous avez pointé du doigt l’urgence. J’espere que les responsables des programmes scolaires vont vous lire.

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