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Liban

En pleine banlieue sud, une exposition originale sur la célébration du Grand Liban

Société

« Il s’agit d’aller au-delà de la polémique suscitée autour de la célébration ou non du centenaire, en 2020, de cet événement phare », précise Lokman Slim.


15/09/2018

Que viennent faire deux grandes roues de la chance, qui ne tournent plus depuis de longues années, dans une exposition sur la proclamation du Grand Liban en 1920 ? En faisant le tour de The Hangar – lieu de l’exposition à Haret Hreik –, la question devient de plus en plus pressante. Quel rapport pourrait-il exister entre la notion de martyre, l’hôtel Carlton de Beyrouth, les réfugiés, l’activité cinéphile à Tripoli, la guerre de 1958 ou encore le Studio Baalbeck, et cette date phare de l’histoire du Liban ?

« Ces éléments constituent chacun une facette différente du vécu expérimenté dans le Grand Liban », répond Lokman Slim, cofondateur de l’ONG Umam pour la documentation et la recherche. « Ce qu’il reste à sauver au pays du Cèdre, c’est l’expérience humaine », enchaîne-t-il.

C’est au cœur de Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, à l’heure où les chiites, tous vêtus de noir, commémorent le martyre de l’imam Hussein, que l’ONG Umam a choisi d’organiser cet événement ayant pour thème « Le Liban de 1920 à 2020, comment célébrer ce centenaire », sous le patronage de l’ambassade de Suisse à Beyrouth. L’exposition, qui se poursuit jusqu’au 10 octobre, porte notamment sur un éventail d’ojets, de documents, d’affiches ou de photos représentant symboliquement différents aspects de la vie quotidienne depuis la proclamation du Grand Liban. L’idée de la célébration en grande pompe de la proclamation du Grand Liban avait été ouvertement critiquée par le Hezbollah pour des considérations historiques en rapport essentiellement avec sa doctrine politique, par essence théocratique et fondée sur une allégeance absolue au guide de la révolution islamique iranienne. L’attitude négative du Hezbollah avait suscité une vive polémique opposant les responsables du parti chiite à des députés et milieux souverainistes.

La polémique est implicitement pointée du doigt dès l’entrée au The Hangar : faut-il ou non célébrer la proclamation du Grand Liban ? « Même si le débat n’est pas extrêmement houleux, il n’en reste pas moins qu’il est bel et bien présent, et il sert à comprendre les dynamiques politiques actuelles », souligne M. Slim. Il prend l’exemple de la xénophobie montante au Liban. « Il convient, à l’ombre de la montée de ce phénomène, de retracer le parcours de tous ces non-Libanais qui ont participé à la genèse du “miracle” libanais en 1920 », souligne-t-il avant de poursuivre : « Les réfugiés, non seulement syriens et palestiniens, mais également arméniens, ont eu droit à leur coin. »

Pour Umam, ce n’est pas la proclamation du Grand Liban qui les intéresse en tant que telle, mais il s’agit surtout de repenser les moyens d’aller au-delà de cet événement et, par extension, au-delà de la polémique. Pour M. Slim, le projet sur le Grand Liban est à plusieurs volets, et son lancement en 2018 implique un travail continu sur le sujet qui s’étalera, au moins, jusqu’à 2020.

Cette exposition est pour Umam une sorte de vulgarisation du travail que l’ONG effectue au jour le jour. « Nous voulions avant tout que l’exposition soit amusante et qu’elle divertisse le public », relève M. Slim. « L’exposition vous amène du sérieux jusqu’au banal, de la proclamation du Grand Liban jusqu’aux affiches de films dans des cinémas de Tripoli ou encore jusqu’aux roues de la chance dressées au beau milieu de l’endroit », ajoute-t-il. « C’est une autre façon de symboliser cette légèreté qui est le propre des Libanais et qui a fait en sorte qu’ils deviennent libanais, mais aussi qu’ils cessent de l’être par moments », conclut Lokman Slim.

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Irene Said

Ne pouvait-on pas attendre un peu pour inaugurer cette exposition en Banlieue Sud de Beyrouth...où, jusqu'au 20 septembre, les chiites commémorent le martyre de l'imam Hussein ?

Les ambassades, mêmes suisses, ont parfois des
idées saugrenues...
Irène Saïd

Le Faucon Pèlerin

Quel rapport y a-t-il entre la "théocratie", la Société des Nations (SDN) et le général Henri Gouraud ?

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