Le Liban a perdu il y a quelques jours un grand architecte, Pierre Bassil.
Il appartenait à cette génération d’architectes issus de ce qu’on pourrait qualifier d’âge d’or du béton au Liban. Des noms comme Raoul Verney, Jacques Liger-Belair, feu Khalil Khoury (père de Bernard), Grégoire Sérof, pour n’en citer que quelques-uns, font partie de ce même groupe, ces architectes qui ont offert au pays ses plus beaux bâtiments de style international. Ils se connaissaient tous d’ailleurs et formaient une sorte d’intelligentsia avant-gardiste ; c’étaient les pionniers du style moderne, quand personne ne savait ce que c’était.
Ce géant aryen était d’une grande modestie ; depuis mon entrevue d’embauche au cours de laquelle je l’avais appelé naturellement « monsieur Bassil », il m’avait demandé de l’appeler simplement Pierre. Tout le monde au bureau l’appelait Pierre ou Pierrot, des jeunes stagiaires à la réceptionniste ou aux clients... Devant les clients, il introduisait les membres de son équipe comme des « collaborateurs », jamais comme des employés. Il avait un grand bureau privé qu’il n’utilisait jamais : il préférait partager l’atelier avec les jeunes architectes, travailler avec eux coude à coude.
Pierre aimait aussi partager sa connaissance approfondie du métier, une connaissance pourtant durement acquise dans un domaine parfois hermétique. Beaucoup d’architectes de ma connaissance ont énormément appris dans son atelier à Zouk Mosbeh ; moi-même, durant les trois années où j’y ai travaillé, j’ai appris presque autant que toutes mes années universitaires. Par-dessus tout, dans un pays où la corruption a atteint pratiquement tous les domaines y compris la construction, Pierre était un adepte inconditionnel de l’intégrité : les histoires de commissions immorales et d’arrangements frauduleux ne l’ont jamais intéressé, et c’est, à mon sens, l’une des leçons les plus importantes qu’il nous a inculquées.
Adieu, Pierrot, et merci pour tout ! Maintenant au moins tu auras le plaisir de faire connaissance avec le Grand Architecte…
Maroun RACHED
Agenda
Adieu, Pierrot...
OLJ / le 17 août 2018 à 00h00


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir