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Moyen Orient et Monde

Entre Israël et le Hamas, un accord incertain

Gaza

Après l’entrée en vigueur d’une trêve mercredi dans l’enclave, des mesures similaires à celles de 2014 pourraient être appliquées si le calme était maintenu.

Julie KEBBI | OLJ
17/08/2018

Un léger vent de répit souffle sur la bande de Gaza. Un énième cessez-le-feu négocié entre Israël et le Hamas, qui contrôle l’enclave depuis 2007, est entré en vigueur mercredi après avoir reçu l’aval du cabinet de sécurité israélien. Les conditions de cette trêve, qui est le résultat de longues tractations menées par des délégations égyptienne et onusienne, sont basées sur les termes du cessez-le-feu conclu le 26 août 2014, mettant un terme à l’opération Bordure protectrice lancée près de deux mois plus tôt contre le Hamas, que l’État hébreu considère comme une organisation terroriste. L’accord stipule la cessation immédiate des hostilités, l’élargissement de la zone de pêche ainsi que la réouverture du point de passage de Kerem Shalom. 

Ce poste-frontière, qui a été fermé le 9 juillet dernier par Israël en raison de l’envoi de bombes incendiaires depuis Gaza, avec une exception pour les produits « humanitaires », est l’une des seules portes d’entrée commerciales vers l’enclave. Suite à l’autorisation du cabinet de sécurité israélien, 700 camions ont pu s’engouffrer dans cette zone, transportant de la nourriture, des produits d’hygiène, du carburant, du gaz, des aliments pour animaux, des textiles, entre autres. À une semaine de la fête d’al-Adha, le convoi permet de relativement soulager les Gazaouis alors qu’une centaine de camions empruntaient le point de passage de Kerem Shalom chaque jour avant sa fermeture.

L’initiative israélienne a été saluée mercredi par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui a affirmé dans un communiqué être « encouragé de voir que les personnes concernées ont répondu aux appels pour éviter l’impact dévastateur d’un nouveau conflit sur la population civile à Gaza et dans les environs ». Il a également appelé « toutes les parties à appuyer les efforts du coordinateur spécial des Nations unies, Nikolaï Mladenov, et de l’Égypte pour éviter une escalade et répondre à toutes les questions humanitaires à Gaza et à celle du retour de l’Autorité palestinienne dans cette ville ». Les tensions entre le Hamas et l’Autorité palestinienne ont conduit cette dernière à imposer des sanctions sur l’enclave et à geler les salaires de ses fonctionnaires à Gaza.

Selon les médias arabes et israéliens, cette décision ne serait que la première phase d’une série de mesures pour une entente entre le Hamas et l’État hébreu à propos de Gaza. Des officiels israéliens ont précisé hier au quotidien israélien Haaretz que six clauses principales devraient être mises en place, sous condition que la trêve soit complètement maintenue. En plus des mesures déjà mises en place mercredi, l’accord prévoit « une assistance médicale et humanitaire, une solution aux dossiers des soldats (israéliens) capturés, des civils et des prisonniers disparus, une large reconstruction des infrastructures de Gaza avec des financements étrangers, et des discussions à propos des ports maritime et aérien à Gaza », a rapporté le Haaretz.


(Lire aussi : Lieberman : Le prochain affrontement avec le Hamas, une question de temps)



Légitimer le Hamas
D’après des sources bien informées, des négociations seraient en cours pour l’établissement d’un cessez-le-feu d’une durée d’un an entre Israël et le Hamas, a précisé pour sa part hier le site de la chaîne de télévision al-Mayadine. « Les caractéristiques du prochain accord incluront le financement par le Qatar des factures d’électricité à Gaza en coopération avec Israël, le paiement des salaires des fonctionnaires de Gaza par le Qatar en coopération avec l’Égypte et (...) la création d’un corridor maritime entre Gaza et Chypre sous le contrôle total de la sécurité israélienne », ont-elles confié au site panarabe. Le chef du service de renseignements égyptien, le général Abbas Kamel, s’est rendu à Tel-Aviv mercredi avec une haute délégation de sécurité égyptienne pour finaliser l’accord avant aujourd’hui, ont affirmé ces mêmes contacts. En ce sens, des sources ont indiqué hier au quotidien al-Hayat qu’il s’y est rendu pour « discuter des détails définitifs d’un accord incluant l’approbation de la trêve par Israël ».

Un accord entre les deux parties permettrait de mettre fin, au moins sur le court terme, aux accès de violence qui secouent la bande de Gaza depuis mars dernier dans le cadre de la « Marche pour le retour » lancée par les Palestiniens pour commémorer le 70e anniversaire de la Nakba, soit la défaite et l’exode forcé de 1948.

Les tensions entourant les manifestations palestiniennes à la bordure de l’enclave ont été exacerbées par les tirs à balles réelles des soldats israéliens estimant que des éléments du Hamas se trouvaient dans les rassemblements. Une répression qui a fait plusieurs centaines de morts et de blessés. L’envoi de cerfs-volants enflammés depuis Gaza en direction de l’État hébreu a un peu plus attisé les tensions, donnant lieu à de violentes réponses des militaires israéliens. De brefs cessez-le-feu ont permis d’éviter que l’escalade n’aille plus loin encore, sans pour autant mettre un terme durable à la crise. Pas plus tard que la semaine dernière, plus de 150 roquettes ont été tirées par le Hamas en direction d’Israël, soit le barrage le plus dense depuis le début de l’escalade, donnant lieu à une riposte de l’armée israélienne qui a frappé 150 positions militaires de l’organisation dans l’enclave. Selon les observateurs, les négociations en cours permettraient de rétablir le statu quo à l’image de 2014 sur des bases similaires. Le résultat final reste toutefois incertain alors que le gouvernement israélien attend notamment des garanties du côté du Hamas au sujet des deux Israéliens détenus par l’organisation dans la bande de Gaza ainsi que des deux dépouilles de soldats. Israël doit également résoudre ses propres contradictions. Négocier directement avec l’organisation aliène l’Autorité palestinienne, ce qui est en ligne avec ses intérêts stratégiques de long terme pour mieux diviser les Palestiniens. Mais ce faisant, l’État hébreu légitime un groupe « terroriste ». S’ajoutent à cela les divisions profondes au sein de l’establishment israélien entre l’état-major, favorable à des concessions plus généreuses pour acheter la paix sociale à Gaza, et une classe politique qui ne veut pas paraître faible face, d’une part, au Hamas et, d’autre part, à son propre électorat.


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