Le 27 juillet dernier, les autorités civiles de la ville de Sfax, en Tunisie, ont refusé de reconnaître le prénom amazigh « Massin » à un nouveau-né. Une circulaire vieille de plus de 50 ans interdit de donner des noms qui ne soient pas « arabes ». Les associations amazighes tunisiennes se plaignent de discrimination et dénoncent l’hypocrisie du gouvernement sur les enjeux amazighs ou berbères, appellation longtemps utilisée en français et en arabe.
Bien que techniquement toujours effective, la circulaire n° 85 du ministère de la Justice en 1965 pour interdire les noms non arabes n’est normalement plus appliquée, notamment parce qu’elle semble non conforme aux protections de la nouvelle Constitution tunisienne ainsi qu’à la nouvelle loi antidiscrimination. Des prénoms d’origine turque, persane ou européenne sont fréquemment reconnus par l’État.
Pour les associations militantes amazighes, il s’agit d’une attaque contre leur culture, d’autant plus que leurs efforts pour rencontrer les autorités se sont soldés par des portes closes ou des déclarations contradictoires. La commune de Sfax, le ministère des Affaires locales et celui de la Justice se renvoyant mutuellement la balle.
La Tunisie est le seul État du Maghreb à n’offrir aucune reconnaissance de ses citoyens amazighs. Depuis la révolution de 2011, pourtant, les associations amazighes occupent une place grandissante dans l’espace public et la vie politique. Elles défendent tant les milliers de locuteurs amazighs du sud du pays (dont le nombre exact reste indéterminé) que de nombreux non-locuteurs revendiquant également leur identité amazighe.
Pour les parents du nouveau-né, Imad Zraoui et son épouse, le prénom de leur enfant vient de se transformer en enjeu juridique et politique. Un enjeu qui concerne l’identité de la nation tunisienne postrévolutionnaire.
(Tunisie)Département d’anthropologie, Université McGill
Nos lecteurs ont la parole - Emmanuel Précourt Senécal
Discrimination contre les noms amazighs
OLJ / le 14 août 2018 à 00h00

