« La chasse aux sorcières menée par le bureau de lutte contre les crimes cybernétiques des Forces de sécurité intérieure à l’encontre des internautes qui critiquent le chef de l’État ou un membre de sa famille se poursuit » (L’OLJ).
« M. Moukheiber déplore par ailleurs le fait que le bureau de lutte contre les crimes cybernétiques s’arroge des compétences qui ne sont pas de son ressort » (L’OLJ).
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Cela fait des années, depuis la création de ce bureau, qu’on entend des experts, des juristes, des universitaires, des juges, des avocats, des députés, des activistes, des défenseurs de la liberté d’expression, des droits de l’homme, etc. clamer urbi et orbi que le « bureau de lutte contre les crimes cybernétiques des FSI » outrepasse ses prérogatives et ses champs de compétences par sa convocation des journalistes, des blogueurs et des internautes. Des années. Qu’adviendrait-il dans un pays véritablement démocratique, dans un État de droit authentique, si un agent, un fonctionnaire, un service, un organisme, etc. outrepassait ses prérogatives ? Nous en avons une illustration, toute fraîche et pimpante, par « l’affaire Benalla », devenue (presque) une affaire d’État en France. Nous sommes, hélas, encore si loin de cet État… idyllique.
Au lieu de se contenter de dénonciations médiatiques ou de protestations à l’ombre de calicots et de pancartes aux slogans généraux, vagues et volatils tels que « Contre la répression », « Oui à la liberté d’expression »… y aurait-il un moyen d’être, sur le plan légal, plus pragmatique, et sur le plan « protestataire » plus spécifique ? Ne pas rester dans les généralités ? Appeler un chat un chat ? Indiquer la race du chat sur les pancartes ? Étant donné que l’espèce chat est constituée de races. Quelle est la « race féline » qui est en cause ici ? Est-ce un Siamois ? un Angora ? un Chartreux ? un Persan ?
Y aurait-il un moyen de savoir si, vraiment, les avis d’experts sur les abus dudit bureau sont fondés ? Et, dans l’affirmative, entreprendre les démarches juridiques pour y mettre le holà ? Sinon, dépasser cette étape controversée et œuvrer, démocratiquement, pour la révision ou l’amendement des statuts de ce service dont on ne voit que des méfaits alors qu’il est source d’énormes bienfaits relatifs à la protection du citoyen (y compris des journalistes, des blogueurs et des internautes), des institutions publiques et privées, et de la nation, contre le crime et l’espionnage cybernétiques.
Le meilleur service que l’on puisse rendre à ce noble service, et à la liberté d’expression, serait de placer les journalistes et journaux web, blogueurs et internautes, bref le réseau « tout en ligne », sous le coup de la loi sur les imprimés. Il est tout à fait illogique et injuste que la plateforme « virtuelle » soit passible de sanctions relevant du pénal, donc plus dures que celles réservées à la plateforme « réelle » (version papier).
Rien n’empêcherait, par ailleurs, qu’un débat public et/ou juridique soit ouvert afin que soient mieux définis les termes de la « liberté d’expression » dans le contexte libanais, ses conditions et ses limites; afin que soient examinés de plus près les vocables donnant lieu à des poursuites, à savoir « diffamation », « calomnie », « injure », et que soient mieux délimitées les frontières, aussi ténues soient-elles, entre cette triade et la « critique politique ». Nul n’est censé ignorer la loi, mais encore faut-il que celle-ci soit bien conçue, bien définie et à la portée de tous les internautes. Beaucoup versent dans des excès ou des maladresses, par ignorance ou par manque de repères.
Car il nous arrive de nous égarer, de ne plus nous retrouver dans cet imbroglio linguistico-juridico-judiciaire. Nous sommes d’autant plus perdus que des internautes sont poursuivis pour ce qui apparaît être des « critiques » (quoique acerbes) envers le président de la République alors que ceux qui l’ont insulté, ainsi que ses proches, lors de l’épisode du « Baltaji », ont été pardonnés ! Il est pour le moins bizarre d’être pardonné pour avoir insulté et d’être interpellé pour avoir critiqué ! Mais rien ne peut nous surprendre, désormais, sous les « tristes tropiques » de notre République (bananière).
Il incombe donc aux spécialistes, juristes, magistrats, avocats, législateurs, journalistes, activistes, ministres, etc., qui soutiennent que les interpellations du bureau susmentionné ne relèvent pas de sa juridiction, de pousser les autorités compétentes à plancher sur cette question et statuer officiellement. On ne sait s’il est possible de connaître les « termes de référence » (terms of reference) de ce bureau (TOR), son « Job description », afin d’en avoir une meilleure idée, et possiblement une meilleure opinion. Le « droit d’accès à l’information » nous donne-t-il le droit d’obtenir copie du TOR, si cela ne cause aucun tort ?
Quant au « Mouvement civil », il lui est demandé d’être plus spécifique et pragmatique sur la question des libertés (et toute autre question), d’identifier les cibles, d’enclencher des processus, d’entreprendre des recours, de mettre le doigt sur la plaie, et non de prendre le tout « à bras-le-corps », l’espace d’une manifestation sans lendemain. Cet « embrassement » ne sert pas la cause et ne guérit pas les blessures. Il faut découvrir chaque plaie (et elles sont nombreuses), bien l’examiner, bien la « penser », pour pouvoir la panser.
Nos lecteurs ont la parole - Par Ronald Barakat
Bureau de lutte contre les crimes d’opinion
OLJ / le 09 août 2018 à 00h00

