« Je vous salue, ruines solitaires, tombeaux saints, murs silencieux ! C’est vous que j’invoque ; c’est à vous que j’adresse ma prière (...) Ô ruines ! Je retournerai vers vous prendre vos leçons ! Je me replacerai dans la paix de vos solitudes ; et là, éloigné du spectacle affligeant des passions, j’aimerai les hommes sur des souvenirs. » Volney, 1791, Les Ruines.
Adam et Ève découvrent le ciel et un jardin. Le paradis sur terre n’a pas suffi.
Après avoir tourné le dos à la parole de Dieu, ils choisissent l’interdit au lieu de la gratuité. Dès lors, les générations se succèdent à contourner les normes, à souffrir et à cohabiter avec l’épine.
Au XXI siècle, la terre se fait toujours massacrer par les abus de ses habitants et par des affaires en cours. Ce sont des stratégies d’hégémonie, d’instabilités multiples, de guerre, de génocide et de déplacement de problèmes et de populations. Depuis Noah, les séismes fissurent le sol et accélèrent la montée des eaux et le carnage de précieuses valeurs. Celles-ci distinguent pourtant l’humain de toute autre espèce et de tout objet. Néanmoins, la gouvernance perd considérablement aujourd’hui de son potentiel de discernement, de la participation effective des électeurs, de sa magnanimité et de la sagesse des conduites. Les dirigeants de ce monde se retrouvent désormais pour tempérer ou manier des désordres afin de préserver des places.
La donne démocratique se prête à une éthique de principe, mais bien souvent au-delà de toute rigueur, au gré des directives subjectives et des promesses illusoires.
Le Moyen-Orient ainsi composé poursuit une trajectoire de convenance aux intérêts de grandes puissances. Cette région continue de s’accrocher à ses dépendances ancestrales et à ses garants au gré des gesticulations, des orchestrations multiples, de la persévérance des faux-semblants et des injustices flagrantes. Les pouvoirs de cette région sont souvent peu représentatifs des aspirations de leurs citoyens et font davantage prévaloir leurs assises selon la politique du fait accompli, la profusion des règles, les voix dissonantes, les influences et la volte-face paradoxale.
Du premier individu jusqu’au dernier, du berger du troupeau aux tutelles des hommes, du désert aux villes, du rituel à la standardisation, de la distanciation des élans courageux à la tolérance des médiocrités, la désinvolture de l’homme pourrait lui coûter non seulement sa liberté de construire son évolution, mais aussi son reste d’humanité.
Nos lecteurs ont la parole - Par Joe Acoury
Aux ruines ?
OLJ / le 07 août 2018 à 00h00

