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Liban

Des Libanais expatriés se mobilisent pour rendre Baakline plus « clean »

Environnement

Pour la troisième année consécutive, une centaine de personnes se sont armées de sacs et de gants en plastique pour nettoyer les routes de Baakline.

02/08/2018

Dès 9 heures du matin, sous un ciel gris mais lumineux, une centaine de personnes se sont rassemblées il y a quelques jours au carrefour menant à la rivière de Baakline. Autour d’elles, des ordures éparpillées sur le bas-côté, des tessons de bouteille aux vêtements troués. Wissam Takieddine, fondateur de l’association Baclean à l’origine de l’événement, ne sait plus où donner de la tête. Ici, il distribue les sacs poubelles, là, il explique aux différentes voitures où déposer les bénévoles pour commencer l’opération. Jusqu’à 14 heures, ils se répartiront en une dizaine de petits groupes le long des routes et près de la rivière pour ramasser les ordures qui s’amoncellent depuis un an, date de la dernière opération de Baclean.

Des expatriés reviennent au pays pour le nettoyer
Casquette enfoncée sur la tête, la main gauche gantée et l’autre tenant fermement un sac poubelle déjà bien rempli, Wael Khudr part avec le sourire dans les fourrés où sont prises plusieurs bouteilles de bière. Il vient de l’État du Maryland, aux États-Unis, mais sa famille est propriétaire de terres à quelques centaines de mètres du centre de Baakline. « C’est normal que l’on s’implique, explique-t-il. C’est une manière pour nous d’être philanthropes. » Il ramasse un bout de caoutchouc, l’air amusé. « Et puis, ça rappelle des souvenirs : quand on était gamins, on coupait ces trucs en deux et on en faisait des lance-pierres », soupire-t-il en jetant le détritus dans son sac. Wael est loin d’être le seul Libanais expatrié à participer à cette opération : Wissam Takieddine, l’organisateur, travaille lui-même en tant qu’ambassadeur des États-Unis pour la réserve naturelle du Chouf. Son but, en créant Baclean, était de « créer un exemple pour d’autres villes, d’autres villages ». Il souligne que « le but n’est pas de venir prêcher notre façon de faire » aux États-Unis, la pollution étant également présente là-bas. Un sentiment partagé par la plupart des Libanais qui ont laborieusement nettoyé les quelques kilomètres carrés de nature. Beaucoup vivent aux États-Unis et ont entendu parler de l’initiative par des Libanais expatriés, amis de M. Takieddine.

Cindy el-Ghawi habite à Miami. C’est une environnementaliste convaincue et très motivée, malgré sa soirée très animée de la veille. « C’est thérapeutique de nettoyer, ça soulage un peu la culpabilité qu’on ressent à voir tous ces déchets », confie-t-elle. À ses côtés, une mère et sa fille, expatriées elles aussi, semblent un peu moins optimistes. « Ce n’est pas comme si c’était une solution viable », soupire Rima Muakkassa. « On doit investir dans notre pays avec cette petite contribution, mais la vraie solution serait d’éduquer les gens », relève-t-elle.


(Lire aussi : Live Love Recycle, une solution « 100 % sociale » à la crise des déchets à Beyrouth)



« Le problème, c’est le système »
En remontant la route, on croise de petits groupes dispersés qui remplissent sans démériter les sacs déposés sur le bord du goudron. La chaleur monte, mais les allers-retours de Wissam Takieddine offrent un peu de répit aux travailleurs, bouteille d’eau par bouteille d’eau. Plus haut, Lamia Masri, en débardeur jaune et gants de jardinage, remplit à toute vitesse un sac avec des objets hétéroclites, des bouts de plastique aux mégots, en passant par les CD cassés et les cartouches de fusil. Elle travaille à Beyrouth, mais revient régulièrement voir sa famille à Baakline. « Ce sont les expatriés qui ont l’idée, les habitants ici vivent dans les détritus. Le problème, c’est le système : il n’y a pas de poubelles ici, par exemple », indique-t-elle.

Les participants expriment tous à L’Orient-Le Jour un ras-le-bol certain vis-à-vis du laxisme des responsables politiques en ce qui concerne l’environnement. « Avant la guerre, ici, on désherbait », raconte amèrement Samer Hamadeh. « Les ordures sont symptomatiques de tout ce qui va mal au Liban, souligne-t-il. On ne devrait pas être en train de ramasser les déchets, on devrait forcer les gens à cesser de polluer, en leur imposant des amendes. » L’homme sourit peu, l’air sombre. Même l’enthousiasme d’une volontaire de 14 ans à ses côtés ne parvient pas à le rendre optimiste quant aux actions plus responsables de la jeune génération.
Sensibiliser et mobiliser les plus jeunes à la cause environnementale est pourtant l’un des désirs les plus chers des membres de Baclean : la participation inédite à l’événement d’une star de la télévision libanaise, Wissam Saliba, était destinée à médiatiser et encourager ses fans à se lever de bon matin pour la bonne cause. « Je veux utiliser ma notoriété pour sensibiliser la classe moyenne, qui a les moyens et ne s’en fait pas pour l’environnement. Il faut qu’il y ait une prise de conscience », insiste Wissam Saliba.


(Lire aussi : Sur la plage de Barbara, on lutte contre la pollution de tous les jours)



193 sacs poubelles récoltés
Au terme de cinq heures de nettoyage, la dernière camionnette mise à disposition par la municipalité se vide avec fracas devant les tentes blanches où s’abritent les organisateurs de Baclean. Non moins de 193 sacs, c’est le glorieux butin sur lequel Wissam Takieddine s’attarde avec un sourire moqueur. C’est le meilleur « score » de l’association depuis ses débuts en 2015. La récolte sera envoyée à une usine qui récupère les déchets de plusieurs villes du caza du Chouf. L’opération a donc rencontré un succès évident ; reste que l’espoir des bénévoles est de ne pas retrouver les mêmes routes recouvertes de débris de tous genres l’année prochaine…


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