Liban

Guerre de tweets Futur-Wahhab et Joumblatt-CPL

Polémique
OLJ
01/08/2018

Le réseau Twitter s’est enflammé hier à la faveur de deux tweets du Premier ministre désigné, Saad Hariri, qui s’est moqué des responsables libanais pressés de se rendre à Damas, et du chef du PSP, Walid Joumblatt, qui a appelé à démettre de leurs fonctions les ministres sortants des Affaires étrangères, Gebran Bassil, et de l’Énergie, César Abi Khalil. Les deux tweets qui ont fait réagir rapidement, l’un l’ancien ministre Wi’am Wahhab, proche de Damas, et l’autre le ministre Abi Khalil, ont vite fait de susciter une polémique.
« Certains politiciens au Liban sont pressés de se rendre en Syrie avant même les réfugiés, Dieu en soit loué. Je me demande bien pourquoi », a écrit M. Hariri sur son compte Twitter, en allusion à la visite, la semaine dernière, du ministre sortant de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, à Damas, où est attendu également son collègue de l’Agriculture, Ghazi Zeaïter.
Wi’am Wahhab n’a pas tardé à réagir en s’adressant nommément à M. Hariri sur Twitter : « Ceux qui vont en Syrie s’y rendent et en reviennent la tête haute. Ils n’y sont pas détenus. Vous devez retenir ce proverbe du Golfe qui parle de l’attachement à la Syrie », a-t-il écrit, en allusion à l’épisode de la démission surprise de Saad Hariri, en novembre dernier, à partir de Riyad où il est resté près d’un mois avant de regagner Beyrouth.
Le tweet de M. Wahhab a fait réagir au quart de tour Moustapha Allouche, membre du bureau politique du courant du Futur. Sur sa page Facebook, il a écrit : « Celui qui a l’habitude de se soumettre aux personnalités imbéciles et démoniaques, telles que celles qui gouvernent Damas, considère la soumission comme étant normale. Je ne crois pas que les Libanais pourront oublier les milliers d’entre eux qui ont été jetés dans les prisons syriennes et dont aucun n’a survécu, ou encore les centaines de milliers de Syriens écrasés par la machine de guerre diabolique du régime syrien que vante Wahhab. »
Le député Tarek Merhebi a lui aussi dénoncé la réaction de ce dernier : « Nous nous rendons dans des pays étrangers pour en ramener des programmes de développement. Nous n’avons pas encore oublié ceux qui sont partis en Syrie pour en ramener des plans de discorde et d’attentats, dont le dernier en date était celui de Michel Samaha, sans oublier les milliers de Libanais jetés dans les geôles syriennes. »
Wi’am Wahhab devait récidiver plus tard lorsque M. Hariri a martelé devant les journalistes au Sérail : « Vous ne me verrez jamais en Syrie, même si toute la donne dans la région change. » « Je suis persuadé qu’il ne s’y rendra pas, sauf si le prince héritier, Mohammad ben Salmane, le lui ordonne, comme l’avait fait le roi Abdallah en 2010 », a écrit l’ancien ministre sur Twitter en conseillant à M. Hariri de « se concentrer sur la formation du gouvernement et de ne pas s’immiscer dans le jeu des grands ».
Entre-temps, des échanges à fleurets mouchetés entre responsables du CPL et du PSP ponctuaient un tweet de Walid Joumblatt qui, en comparant les deux gestions libanaise et irakienne du dossier de l’électricité, a jugé que Beyrouth devait suivre l’exemple de Bagdad et démettre de ses fonctions son ministre de l’Énergie « et son maître », en allusion au chef du CPL, Gebran Bassil. Il n’en fallait pas plus pour provoquer la colère de M. Abi Khalil, qui a répondu du tac au tac, toujours sur Twitter : « L’impolitesse n’a plus de limites : donc si nous n’achetons pas le courant à partir d’unités de production qui seront placées sur la jetée de Cogico (une compagnie de distribution de produits pétroliers dont M. Joumblatt est actionnaire), le gaspillage dont vous êtes responsables nous est-il imputé ? » a écrit M. Abi Khalil. Une attaque similaire du député Ziad Assouad contre M. Joumblatt a entraîné une réponse directe du député Bilal Abdallah qui, sur Twitter, a insisté sur le fait que le CPL a « géré le ministère de l’Énergie pendant dix ans, au cours desquels des dizaines de milliards de dollars ont été gaspillés ». « Ils ont empêché la création du comité régulateur et la nomination d’un conseil d’administration (d’EDL) et se débattent, sans plan, dans la gestion du secteur de l’énergie. Ils nous font la leçon et cachent leurs marchés derrière les slogans relatifs à la récupération des droits et des prérogatives. Votre mandat est-il vraiment exceptionnel ? »

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