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Économie

Doutes croissants sur l’introduction en Bourse du géant pétrolier Aramco

Focus
OLJ/Anuj CHOPRA et Omar HASSAN/AFP
01/08/2018

L’Arabie saoudite cherche à lever des milliards de dollars par une introduction en Bourse de son géant pétrolier Aramco afin de stimuler son économie, mais l’opération tardant à se concrétiser, les autorités envisagent une autre solution risquée selon des analystes. L’introduction en Bourse de 5 % d’Aramco, présentée comme la plus importante du genre dans le monde, est au cœur d’un plan de diversification de l’économie lancé par le prince héritier Mohammad ben Salmane. Plus gros exportateur mondial d’or noir, l’Arabie saoudite a souffert de la baisse des cours à partir de 2014 et tente de devenir moins dépendant des hydrocarbures pour son budget. La cession d’une part minoritaire dans Aramco a pourtant été reportée à plusieurs reprises depuis son annonce en 2016. Les dirigeants de la société publique ont invoqué officiellement des conditions défavorables sur les marchés financiers pour repousser l’introduction qui devait avoir lieu cette année.

Certains spécialistes considèrent désormais que l’opération pourrait ne pas avoir lieu. Et une autre solution semble se dessiner. Le PDG d’Aramco, Amine Nasser, a ainsi confirmé la semaine dernière l’existence de pourparlers préliminaires pour une prise de participation dans Sabic, la quatrième plus grande firme de pétrochimie du monde, détenue à 70 % par le Fonds d’investissement public du royaume saoudien (PIF).


(Lire aussi : Face aux risques de baisses de production, l’OPEP ne convainc pas)


« Gymnastique comptable »
Une acquisition par Aramco de la participation du Fonds d’investissement public du royaume dans Sabic pourrait constituer une alternative à l’introduction en Bourse sans cesse repoussée, mais elle est « complexe », relèvent des spécialistes. Karen Young, chercheuse au centre de réflexion Arab Gulf States Institute de Washington, la qualifie de « gymnastique comptable ».

Sabic est la plus grosse firme cotée sur le marché financier de Riyad avec une capitalisation d’environ 100 milliards de dollars. « Si Aramco achète une part de contrôle dans Sabic, il alimentera en liquidités le Fonds d’investissement public saoudien et obtiendra en échange (avec Sabic) un bien qui lui permettra d’emprunter » davantage en cas de besoin, explique à l’AFP Karen Young. L’État est présent dans les deux compagnies, mais leurs bilans sont distincts.

Pour le Fonds public d’investissement, cette opération lui permettrait d’engranger des liquidités pour poursuivre la transformation de l’économie, d’autant que les investissements étrangers directs en Arabie ont chuté l’année dernière à leur plus bas niveau en 14 ans, selon un organe de l’ONU. Le Fonds a déjà engagé des sommes colossales dans des investissements allant de la société de voitures avec chauffeur Uber à un projet de création d’une mégapole dans le nord-ouest du royaume évalué à 500 milliards de dollars.

« Si des liquidités sont mises à la disposition du Fonds public d’investissement à la suite de l’achat par Aramco des 70 % du capital de Sabic, cela peut conduire à l’abandon total de l’introduction en Bourse au niveau national ou international d’Aramco », a affirmé sur Twitter Mohammad al-Sabban, ancien conseiller du ministère du Pétrole.

Synergie
Augmenter la dette au lieu de vendre des actions à des investisseurs ajoute du risque à la stratégie de Riyad d’utiliser le Fonds d’investissement pour réformer l’économie, selon des experts. Ni Aramco ni Sabic ne semblent enthousiasmés par cette solution, mais les sociétés ont « acquiescé sous la pression » des conseillers du prince, a rapporté le Wall Street Journal, citant des cadres des deux sociétés. « Je ne vois aucune bonne raison pour Aramco d’acheter (une participation dans) Sabic. Cela ne facilite pas la gestion des deux entités », déclare à l’AFP Hossein al-Askari, professeur à l’Université George Washington. Mais les partisans de l’accord affirment qu’Aramco, qui possède sa propre unité pétrochimique, pourrait bénéficier de l’achat de Sabic en étendant ses activités pétrochimiques et en devenant une entreprise énergétique plus intégrée.
L’opération pourrait aussi renforcer la valorisation d’Aramco en vue d’une future introduction en Bourse, selon Riyad. Les places de Londres, New York et Hong Kong sont toutes intéressées par l’opération. Mais les experts doutent qu’Aramco puisse arriver à être évaluée à 2 000 milliards de dollars comme le souhaite le prince héritier.

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