Éditos

© Ersal - Alia Haju

Publié par le projet " La consolidation de la paix au Liban " du Programme des Nations Unies pour le développement et financé par l’Allemagne, ce supplément est distribué avec les quotidiens an-Nahar dans sa version originale en arabe, et avec le Daily Star et L’Orient-Le Jour dans les versions traduites en anglais et en français. Ce numéro regroupe les articles d’un certain nombre d’écrivains, de journalistes et de professionnels des médias, de chercheurs et d’artistes. Il aborde les sujets relatifs à la paix civile et les répercussions de la crise syrienne au Liban et les relations entre les Libanais et les Syriens, dans des approches de fond loin des discours de haine.

OLJ
06/08/2018

Objectif prioritaire : instaurer la confiance entre le nouveau Parlement et les citoyens

Depuis 2005, les Nations Unies au Liban fournissent une assistance électorale au gouvernement. En 2012, le dernier projet d'assistance électorale du PNUD au Liban a concentré ses efforts sur une organisation réussie d'élections législatives libres et équitables.

Après cinq ans de retard et trois prorogations du mandat du Parlement, des élections législatives ont finalement été organisées le 6 mai 2018. Ces élections ont été menées en vertu d'une nouvelle loi électorale qui comprenait, entre autres, 15 circonscriptions et un système de représentation proportionnelle avec un vote préférentiel.

En termes de participation politique, les élections parlementaires de 2018 ont été caractérisées par un taux de participation relativement faible de 49,7 % à l'échelle nationale, le taux le plus élevé étant celui de Beyrouth 1 (33,19 %) et du Mont Liban 1 (67,09 %). Avec un nombre estimé à plus d'un million d'électeurs qui ne résident pas dans le pays, le taux de participation est resté inférieur à celui des élections précédentes (52 % en 2009).

Pour la première fois, 82 970 électeurs libanais résidant à l'étranger ont voté. Alors que le vote à l'étranger est resté modeste, cette nouvelle mesure ouvrira la voie à une plus grande participation des électeurs inscrits vivant à l'étranger.

Ces élections ont introduit d'importantes réformes, notamment l'utilisation de bulletins pré-imprimés pour assurer le secret du vote, ainsi que le vote à l'étranger.

Au cours des six dernières années, avec le soutien de l'Union européenne et plus récemment de l'USAID, le Projet d'assistance électorale du PNUD a fourni une assistance technique au ministère de l'Intérieur et des Municipalités pour l'organisation d'élections législatives. Il a également soutenu la Commission de contrôle des élections sur le suivi des médias et le financement des campagnes électorales, ainsi que le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État sur les litiges électoraux.

Le projet comprenait également la formation de milliers de responsables électoraux, l'automatisation des listes de candidats, une liste des systèmes d'enregistrement, la mise en place d'un système automatisé de gestion des résultats, ainsi que des campagnes d'éducation électorale et un soutien technique à la participation et à la représentation des femmes.

Malgré un niveau accru de compétitivité électorale, le nombre total de candidats ayant grimpé à 976, dont 113 candidates, les femmes restent encore sous-représentées. L'augmentation du nombre de candidatures féminines, de 12 en 2009 à 86 (14,4 %) en 2018, ne se reflète pas cependant dans le nombre de sièges remportés par les femmes. La représentation de ces dernières au Parlement est passée de 4 à 6 sièges en 2018. C'est une preuve évidente qu'il est toujours nécessaire d'introduire des mesures spéciales temporaires, telles que le quota, pour augmenter la représentation féminine.

Un autre domaine qui nécessitera une attention particulière dans les années à venir est la protection du droit de vote des personnes handicapées, grâce à l'accessibilité des bureaux de vote.

Plus important encore, les années à venir devraient être l'occasion pour le Parlement nouvellement élu d'instaurer la confiance avec les citoyens, afin d'assurer une participation accrue des électeurs et la consolidation d’un scrutin démocratique.

L'ONU continuera à soutenir les réformes électorales au Liban, qui sont stratégiquement liées à la réalisation de l'objectif n° 16 de développement durable « Paix, justice et institutions fortes », ainsi que l'objectif n° 5 de développement durable sur l'égalité des sexes. Ces deux objectifs sont essentiels pour réaliser le programme de développement 2030 au Liban.

Les élections législatives de 2018 ont constitué un pas en avant et le PNUD, avec l'appui de ses partenaires, évaluera les leçons tirées de ce scrutin pour développer les domaines d'intervention prioritaires appropriés et les plus pertinents, afin de réaliser les réformes électorales, la stabilité démocratique et la gouvernance participative Liban.

Philippe Lazzarini

Coordonnateur résident des Nations unies et coordonnateur de l’action humanitaire au Liban

Représentant Résident du PNUD



Le Liban après les élections législatives

Suite à une impasse politique prolongée, les Libanais, tant au pays qu'à l'étranger, ont voté en mai 2018 en vertu d'une nouvelle loi électorale. En exerçant leur droit de vote, ils ont exprimé leurs préférences en choisissant leurs représentants. Au cours de la campagne électorale, les candidats ont mis en évidence des problèmes importants, allant de la corruption à la mauvaise gouvernance, en passant par les transports, la pollution et jusqu’aux pannes d'électricité. Comme le note Rita Chemaly, l'un des auteurs participant à ce supplément, le Liban reste loin à l’arrière dans le classement international en matière de candidature et de participation des femmes à la politique : 113 candidatures individuelles et 86 candidatures sur les listes en 2018, contre 12 candidatures en 2009 et 44 en 2013 lorsque les élections avaient été reportées.

Dans ce supplément, nous évoquons l'importance d'accroître la participation des femmes aux processus électoraux et démocratiques, l'influence des jeunes et des nouveaux électeurs dans la consolidation de la paix et le rôle important de la surveillance du scrutin. Nous avons également mis en lumière les obstacles rencontrés par les personnes handicapées durant les élections.

Vous trouverez dans ce numéro des histoires impressionnantes de changement, de persévérance et de résilience. La même résilience que le Liban a montrée au monde en organisant des élections législatives au milieu de la tourmente régionale et des considérables défis économiques, sociaux et politiques.

Nous espérons que le Parlement nouvellement élu et le prochain gouvernement réaliseront le rêve de tous les citoyens du Liban : un pays de paix, de sécurité, de prospérité et voué à la protection de l'environnement. Les élections sont généralement considérées comme une occasion de provoquer des changements, dans la mesure où il n'y a jamais de moment plus propice pour le faire.

Michael Reuss

Chef de mission adjoint

Ambassade de la République fédérale d'Allemagne à Beyrouth



Repartir de zéro

Combien faudra-t-il d’années, voire de décennies avant que le Liban ne connaisse le droit chemin de la bonne gouvernance ? Le pays a-t-il atteint le point de non-retour ? Est-il condamné à cette évolution bancale par à-coups, les rares bonnes directions alternant avec les mauvaises ?

De tous les problèmes aigus qui se posent actuellement au Liban, pas un seul n’a encore trouvé de solution acceptable : cela va de la crise des réfugiés syriens aux couacs qui ont émaillé le scrutin législatif de mai dernier, en passant par les sempiternels dossiers épineux des déchets ménagers, de la déliquescence du service public, de la corruption endémique qui frappe la classe politique, des réformes structurelles tant attendues, et de la quasi-absence de transparence dans la pratique du pouvoir.

On finirait par croire que c’est toute l’éducation d’un pays qui est à refaire : éducation à la tolérance pour faire barrage aux manifestations de xénophobies, voire de racisme ; éducation à la démocratie et au respect des lois ; éducation aux principes de base de l’écologie et du respect de l’environnement ; éducation à l’esprit de service public, consistant à savoir faire la différence entre « servir » et « se servir » ; éducation enfin au sacro-saint concept de reddition des comptes, afin de responsabiliser des élus qui instinctivement pensent qu’ils sont au-dessus des lois.

Si au Liban l’opinion publique n’arrive pas à se faire entendre, c’est tout simplement parce que les élus s’estiment intouchables, du fait même qu’ils sont pratiquement assurés de rempiler à la prochaine échéance électorale, quelles que soient les bévues qu’ils peuvent commettre durant leur mandat.

Une classe politique qui dans sa quasi-totalité serre les coudes dans une complicité assumée, et qui se fait régulièrement réélire au milieu de la paresse générale d’une population qui n’a que la tradition à invoquer…

Gaby Nasr

Directeur des éditions spéciales
du quotidien L’Orient-Le Jour



Une vie sûre et stable :

le symbole « Farah el Ataa’ »

J'ai été très heureux de l'invitation que m’a adressée le comité du Prix Président Élias Hraoui, qui a annoncé l'attribution de sa récompense pour l'année 2018 à l'Association « Farah al-Ataa’ » (La Joie de donner). Cette association qui a contribué à la consolidation de la paix civile au Liban et étendu ses activités à l'Irak où des réunions et des camps ont été organisés sur les lieux de retour des habitants dans les villages, que le terrorisme de Daech sous toutes ses formes et couleurs avait forcés à fuir abandonnant leurs maisons.

Depuis la guerre du Liban, « Farah al-Ataa’ » a travaillé à outrepasser les points de passage géographiques et psychologiques que les forces de facto avaient mis en place afin de séparer les citoyens. Et je me souviens que l’association avait organisé dans la Békaa un camp pour un millier de jeunes, garçons et filles, venus de toutes les régions. Les participants avaient alors effectué une percée (pacifique et organisée) dans une zone appelée à l’époque la « bande frontalière », mais néanmoins une terre libanaise qui ne devait absolument pas être exclue du périple national. Ils avaient passé la nuit auprès des habitants et des familles. Nous avions été reçus cette nuit-là par une famille chiite de Bint Jbeil, auprès de laquelle nous avions été accueillis avec chaleur et hospitalité.

Avec son dynamisme continu, notamment dans son travail de mémoire sur la guerre du Liban, « Farah al-Ataa’ » axe son activité sur la réconciliation des gens bien avant la pierre. C’est ce que l’association a fait en Irak. Probablement qu’elle étendra aussi son action vers d’autres pays de la région, noyés dans les guerres « fraternelles ».

Ces propos m'amènent à la souffrance des réfugiés syriens, à la question de leur retour, en toute sécurité, volontaire, permanent ou temporaire, et tout ce vocabulaire qui les transforme en marchandise entre les nations et les calculs politiques. Parce que le retour signifie pour eux la récupération de leur terre, de leurs maisons et la restauration de leurs droits, notamment humains, sociaux, politiques, religieux et autres. À ce moment, tous ces mots deviennent sans signification, parce que nous avons tous fait l'expérience de la guerre et de l’exode, et que nous connaissons la valeur de la récupération de la terre et de la dignité.

Ghassan Hajjar

Rédacteur en chef du quotidien an-Nahar


Les articles, enquêtes, entrevues et autres, rapportés dans ce supplément n’expriment pas nécessairement l’avis du Programme des Nations Unies pour le développement, ni celui de L'Orient-Le Jour, et ne reflètent pas le point de vue du Pnud ou de L'Orient-Le Jour. Les auteurs des articles assument seuls la responsabilité de la teneur de leur contribution.


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