Des dizaines de personnes ont manifesté hier à midi, place Riad el-Solh, non loin du Sérail, à l’appel du parti Sabaa, représenté au Parlement par la députée Paula Yaacoubian, pour protester contre « la dégradation, à tous les niveaux, dans le pays ». Les manifestants, qui s’étaient d’abord rassemblés place des Martyrs, avant de marcher jusqu’au Sérail en scandant des slogans hostiles à la classe politique et critiquant le retard dans la formation du gouvernement, brandissaient des pancartes avec des inscriptions dans le même esprit. « Nous voulons un gouvernement immédiatement », « Cela suffit », « Le Liban ne mérite pas d’être gouverné par des corrompus », « Pas d’eau, pas d’électricité, pas d’économie, pas de politique de l’habitat, il nous faut un gouvernement », « Combattre la corruption est un devoir national », pouvait-on lire sur les pancartes.Paula Yaacoubian devrait rejoindre les manifestants, place Riad el-Solh, où Victoria Zouein, activiste de Sabaa, a articulé son allocution sur les problèmes de l’éducation et sur la crise dans les écoles, née de l’adoption de la nouvelle grille des salaires. Elle a mis l’accent sur le fait que ce dossier « représente une bombe à retardement », reprochant vivement au gouvernement de « n’avoir pas su le gérer dès le départ et de s’être contenté de mettre dans une situation de confrontation les parents, les enseignants et les directions des écoles ».
Un pêcheur de Bourj Hammoud, Wissam Francis, a ensuite adressé une lettre ouverte au président Michel Aoun, l’assurant de son soutien et de celui de ses camarades dans la lutte contre la corruption. « Mais nous devons, pour cela, a-t-il dit, nous entendre pour divulguer les noms des ministres, des députés, des juges et des responsables de sécurité corrompus, et pour rouvrir les dossiers des décharges publiques, notamment celui de Bourj Hammoud, dont nous sommes les premières victimes. » Le pêcheur répondait ainsi à l’appel lancé la veille par M. Aoun, qui avait demandé aux Libanais d’aider l’État dans la lutte contre la corruption.
Une autre activiste de Sabaa, Fifi Kallab, a axé son intervention sur « la catastrophe sanitaire découlant des hécatombes écologiques dans le pays », en relevant que le taux de cancer au Liban « est le plus élevé du Moyen-Orient, avec une effrayante courbe ascendante ». Elle reprenait ainsi le ministre de la Santé, Ghassan Hasbani, qui avait souligné dans une interview à la radio que le taux de cancer au Liban « a augmenté de 5 % entre 2005 et 2016 ». Il avait imputé une partie de cette hausse aux effets de la guerre et une autre à la pollution de l’eau, de l’air, ainsi qu’au recours à des matières cancérigènes dans le secteur agricole.
Mme Kallab a en outre dénoncé la réouverture des carrières qui « détruisent les montagnes pour que la tonne de ciment local soit vendue à 110 dollars au Liban alors que le prix à l’exportation est de 50 dollars pour l’Irak ».
Le secrétaire général de Sabaa, Jad Dagher, devait clôturer la manifestation en annonçant la détermination de son parti à lutter contre la corruption. Avant de se disperser, les protestataires ont lancé, en direction du Sérail, des avions en papier sur lesquels ils avaient inscrit : « Cessez de vous moquer de nous. »
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