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Liban

De jeunes Libanaises coupent leurs cheveux pour la bonne cause

Société

Dans le cadre de la campagne « Share Your Hair » lancée par une ONG, les jeunes filles libanaises sont encouragées à donner leurs cheveux pour les enfants et adolescentes qui n’en ont plus.

16/07/2018

Clara Seif a de beaux cheveux bruns ondulés qui lui arrivent jusqu’à la poitrine. Face au miroir, elle les contemple une dernière fois, quelques minutes avant d’en couper une trentaine de centimètres. À 13 ans, elle a décidé, encouragée par sa mère, de donner une partie de ses cheveux à l’occasion de la campagne #ShareYourHair, lancée par l’ONG Public Matters Lebanon. Objectif : sacrifier une partie de ses cheveux au bénéfice d’enfants qui n’en ont pas. « Au début, j’ai hésité, mais après, ma mère m’a montré des articles et j’ai commencé à lire. J’ai vu qu’acheter une perruque, c’était trop cher pour les malades, alors j’ai accepté », raconte-t-elle. 

À l’origine de cette idée, une de ses amies, qui a récemment perdu sa grand-mère à cause d’un cancer et qui est désormais ambassadrice de la campagne dans leur école. Installée dans un siège de cuir noir, les cheveux brossés et humides, elle apparaît confiante. « C’est stressant, parce que bon, ce sont mes cheveux… Mais je suis fière de mon acte si ça aide les gens, et si ça les aide à ne pas se sentir trop différents dans la société. » 

Le coiffeur lui fait une queue de cheval et sort le mètre ruban pour couper entre vingt-cinq et trente centimètres. C’est le minimum nécessaire pour coudre une perruque. Une fois la mèche coupée, Clara se découvre avec un carré brun. « Je me sens… différente », dit-elle avec hésitation. Mais le sourire lui revient vite. Sa mère, Adeline Seif, est restée à ses côtés durant tout le processus, du shampoing au séchage. « Pour moi, c’est bien qu’à cet âge-là, les enfants apprennent à partager. Je pense que l’idée l’intéresse un peu maintenant, mais au fur et à mesure, ça va lui faire très plaisir, à elle et à la personne qui va recevoir. C’est quelque chose que je souhaite enseigner à ma fille. » 

Au cœur de la campagne, l’empathie
« À cet âge-là, les cheveux, c’est quelque chose d’essentiel : on les arrange, on les allonge, on a envie qu’ils poussent pour se sentir belle », relève la mère de Clara. C’est pour rassurer sa fille qu’elle a proposé de se rendre chez un coiffeur connu et apprécié de la famille près de Sodeco, à Beyrouth. Cependant, pour Julie Kahwaji, présidente et fondatrice de Public Matters Lebanon, « il s’agit, parallèlement au côté esthétique des cheveux, de la beauté ». « Le cœur de la campagne est bien sûr de donner ses cheveux, mais le sens profond est de donner de soi-même, souligne-t-elle. Notre but est d’aider les enfants et les adolescents à ressentir de l’empathie. C’est une qualité qui se développe tôt, et c’est comme une tirelire. Plus on s’y consacre, plus on aura d’adultes responsables plus tard. » 

La fondatrice s’est donc chargée, avec ses fonds propres et à travers son ONG, de trouver des coiffeurs afin qu’ils offrent des coupes gratuites aux enfants donateurs. En partenariat avec les ministères de l’Information, de l’Éducation et de la Santé, elle a tourné une vidéo de sensibilisation qui sera diffusée dans les écoles à la rentrée. 

D’ores et déjà, des enfants sont devenus ambassadeurs de la campagne dans leur propre communauté. « On ne veut pas juste dire aux enfants ce qu’ils doivent faire. On les voit comme des enfants, mais ce sont des individus à part entière : ils peuvent comprendre l’initiative et y prendre part. » Pour Clara Seif, en tout cas, le message est bien passé. Sa longue couette est vite placée dans un petit sac, le temps d’aller la déposer dans une grande enseigne vendeuse de jouets, partenaire de l’événement. Dans une enveloppe rose pâle où sont inscrits les mots « With Love », elle glisse les cheveux qu’elle vient de couper, puis elle dépose l’enveloppe dans la boîte déposée sur le comptoir. Elle fait partie des premières donatrices, à peine une semaine après le début de la campagne. La directrice de l’ONG se dit optimiste pour la suite. « Nous avons reçu tant de messages sur Instagram de la part de potentiels donatrices… En une seule semaine, les gens ont déjà répondu. Il y a de la bonne volonté. » Les petites filles et les adolescentes qui perdent leurs cheveux pour cause de maladie, notamment à cause du cancer, sont les premières auxquelles s’adresse cette campagne. « Faire sourire pendant ce temps si difficile, même avec quelque chose d’aussi “bête” qu’une perruque, c’est déjà beaucoup », explique Julie Kahwaji. Selon elle, sa campagne serait l’une des premières du genre à vouloir aider les jeunes filles plutôt que les adultes. 

 Les perruques commenceront à être distribuées en décembre 2018 à toutes les patientes qui en exprimeront le désir. 


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