Le Premier ministre français Edouard Philippe. AFP / GERARD JULIEN
Suivi des détenus sortant de prison et création d'un parquet antiterroriste: les autorités françaises ont présenté vendredi un nouveau plan de lutte contre le terrorisme, pour mieux combattre une menace jihadiste "mouvante" et désormais largement "endogène".
Aujourd'hui, "le terroriste n'est plus téléguidé par des cellules situées en Syrie; il prend le visage de personnes, parfois de petits délinquants, ou de personnes psychologiquement fragiles, endoctrinées ou auto-radicalisées", a souligné le Premier ministre français Edouard Philippe depuis le siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) en région parisienne.
Depuis 2015, 246 personnes ont été tuées dans des attentats sur le territoire français. Et le pays se prépare à un weekend sous haute sécurité avec la fête nationale samedi et la finale France-Croatie du Mondial de football 2018 en Russie dimanche.
Au total, 110.000 policiers et gendarmes seront mobilisés en France ce weekend. "Tout est mis en oeuvre pour que les Français puissent vivre ces moments de fête en toute sérénité malgré le contexte de menace (terroriste) qui s'établit toujours à un haut niveau", a déclaré vendredi lors d'un point de presse le ministre français de l'Intérieur Gérard Collomb.
Face à une menace "diffuse et mouvante", le Premier ministre a consacré la DGSI dans son rôle de "pilotage" de la lutte antiterroriste: elle assurera désormais la "coordination opérationnelle" du renseignement et des investigations judiciaires en France.
Parmi les autres dispositions phares de ce plan comptant 32 mesures: la création d'une "cellule spécifique" afin de suivre, à leur sortie de prison, les détenus terroristes ou radicalisés. Le suivi des "sortants" est devenu l'un des grands défis de la lutte antiterroriste: environ 450 détenus terroristes ou radicalisés devraient en effet être libérés d'ici fin 2019.
Le chef du gouvernement a également annoncé qu'un parquet national antiterroriste (PNAT) serait bel et bien créé.
Il avait été annoncé en décembre 2017 par la ministre de la Justice Nicole Belloubet, puis écarté d'un projet de réforme de la justice présenté au printemps.
Jusque-là, la lutte antiterroriste était confiée à une section du parquet de Paris.
"Nous considérons ensemble qu'il est désormais nécessaire de permettre à un procureur de se consacrer à temps plein à la lutte antiterroriste", a expliqué M. Philippe, promettant que ce parquet "bénéficiera d'une équipe de magistrats et de fonctionnaires renforcée".
Maires et fichiers
La procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, et les principaux syndicats de magistrats ont vivement critiqué ce projet: selon eux, le fonctionnement actuel permet de mobiliser d'importants effectifs dans la foulée d'un attentat et de conserver une vision globale, de la petite délinquance au terrorisme.
Dans un rapport rendu public mardi, une commission d'enquête du Sénat a crédité les autorités françaises d'avoir renforcé la politique de lutte contre la menace terroriste, mais en s'inquiétant "de réelles insuffisances".
Parmi les préconisations: une lutte plus résolue contre le "radicalisme musulman" et le salafisme, considéré comme un "danger", ou encore l'accès des maires au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), qui contient environ 20.000 noms.
Sur ce sujet sensible, Edouard Philippe a annoncé vendredi que des "informations à caractère confidentiel" pourraient être échangées avec les maires dans le cadre de la lutte antiterroriste. Mais il a assuré qu'il n'était pas question pour ces élus d'avoir "un accès libre aux fichiers": "Il ne s'agit donc pas de dire aux maires de France qu'ils vont devenir des agents de la DGSI".
La France a été frappée en 2018 à deux reprises par des attaques terroristes revendiquées par l'organisation jihadiste Etat islamique (EI), coûtant la vie à cinq personnes, le 23 mars à Carcassonne et Trèbes (sud) puis le 12 mai à Paris.
Depuis son arrivée au pouvoir il y a un peu plus d'un an, le nouvel exécutif français a musclé l'arsenal antiterroriste, avec notamment une loi controversée renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, promulguée à l'automne 2017.
Le nouveau plan antiterroriste constitue le troisième exercice du genre de la période récente.


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