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Moyen Orient et Monde

Comment fut fabriquée « La poudrière du Moyen-Orient »

Vient de paraître De l’effondrement de l’Empire ottoman à la guerre en Syrie, un ouvrage historique d’Ibrahim Tabet, publié aux Éditions universitaires européennes.
F. N. | OLJ
13/07/2018

L’historien et essayiste Ibrahim Tabet vient de publier un livre d’histoire éclairant, presque un manuel, aux Éditions universitaires européennes. « La poudrière du Moyen-Orient » couvre l’histoire du Proche-Orient, de l’effondrement de l’Empire ottoman et de la création des États arabes du Levant, à l’issue de la Première Guerre mondiale (1914-1918) à nos jours, en passant par la naissance de la Turquie et de l’Iran modernes.
Si l’on a pu faire remonter la fabrication de la poudrière du Proche-Orient aux partages pratiqués par les anciennes puissances coloniales, le tracé des frontières des pays du Levant lors de l’accord Sykes-Picot s’est avéré moins artificiel que ne le clament les chantres du panarabisme, plaide l’ouvrage. Car des nationalismes syrien, irakien et jordanien se sont développés entre-temps, mais toutes les tentatives d’unification arabes ont échoué. Ibrahim Tabet en conclut qu’on ne saurait donc imputer à cet événement la responsabilité exclusive des divisions du monde arabe, comme le veulent certains idéologues.
Il n’en est pas de même de la création d’Israël qui est le principal facteur d’instabilité de la région, remarque-t-il. Au-delà de l’histoire événementielle, la thèse principale de l’ouvrage se résume ainsi : si la création de l’État juif, les ressources pétrolières de la région suscitant toutes les convoitises et les ingérences des grandes puissances figurent parmi les causes des violences qu’elle n’a cessé de connaître, celles-ci sont également dues à des facteurs endogènes, tels que la faillite des régimes autoritaires arabes, la crise de l’islam et de l’arabité, l’hétérogénéité religieuse ou ethnique des pays arabes du Levant et l’instrumentalisation politique de ces crispations identitaires.

Depuis la révolution iranienne de 1979, démontre l’auteur, aucune région au monde ne présente un tel enjeu géopolitique et n’est le théâtre d’autant de crises et de guerres : guerre irako-iranienne, attentats du 11 septembre 2001, invasion américaine de l’Irak, chaos provoqué par l’intervention militaire de l’OTAN en Libye, guerres du Yémen et de Syrie impliquant des puissances régionales et internationales, occupation et colonisation israéliennes de la Cisjordanie et blocus de Gaza, résurgence de l’antagonisme millénaire entre sunnites et chiites, Perses et Arabes, apparition d’organisations terroristes islamistes représentant une menace débordant la région, afflux de migrants en Europe, ambitions hégémoniques de l’Iran, réislamisation et dérive autoritaire en Turquie.
Le premier chapitre de l’ouvrage est consacré au partage franco-britannique des dépouilles de l’Empire ottoman et aux promesses contradictoires faites par les Anglais aux Juifs et aux Arabes.
Les chapitres suivants portent sur l’histoire des pays arabes, de la Turquie et de l’Iran, ainsi que sur le conflit israélo-arabe, l’islamisme politique, l’échec du printemps arabe et le jeu des puissances sur l’échiquier régional.
Le livre souligne la responsabilité des États-Unis dans l’éclatement de la poudrière régionale : depuis leur soutien aux moujahidine afghans, matrice d’el-Qaëda, jusqu’à la destruction de l’Irak, en passant par leur parti pris en faveur d’Israël.
Dans le contexte d’une recomposition des alliances et de l’équilibre des forces régional, la conclusion établit un état des lieux, à commencer par le sort du peuple palestinien dont la cause est plus désespérée que jamais.

Un sombre constat pour finir : la victoire contre Daech et l’écroulement du rêve d’indépendance kurde consacrent certes la réunification de l’Irak. Mais la réunification du territoire ne signifie pas celle des cœurs, et le sentiment d’aliénation des communautés sunnites et kurdes est profond. La victoire contre Daech risque d’être une victoire à la Pyrrhus si les causes de l’émergence du terrorisme ne sont pas traitées.
La stabilité de l’Arabie saoudite, d’un autre côté, risque d’être ébranlée par la chute du prix du pétrole et l’interventionnisme du nouveau prince héritier, tranchant avec la politique étrangère prudente du royaume.
Enfin, la dénonciation par les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et les menaces israéliennes contre la République islamique et le Hezbollah n’ont fait qu’aggraver les tensions; la Ligue arabe, qui aurait dû être une instance qui rassemble les pays membres, n’est plus qu’un espace de division et d’étalage des dissensions. Les grands gagnants de la division des pays arabes sont les puissances régionales non arabes : Israël, l’Iran et, dans une moindre mesure, la Turquie. Tandis que la Russie, bénéficiant des contradictions de la politique des États-Unis, a opéré un retour fracassant dans la région. Un bon ouvrage, solidement documenté.


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gaby sioufi

le tracé des frontières des pays du Levant lors de l’accord Sykes-Picot s’est avéré moins artificiel que ne le clament les chantres du panarabisme,
VERITE ABSOLUE que le constat ci-haut.
au contraire, cela a assagit les arabes , a fait qu'ils s'occupent- tres mal mais bon - du territoire devolu a chacun au lieu de REVER d'unions aussi bizarroides que fausses.

Bery tus

je voudrais si vous me le permettez rectifier ou detailler juste un tout petit peu bien sur que je concidere israel comme ennemis ..mais quand j'ai dis que l'etat d'israel n'est pas le pb en soit … je veux dire par la que les arabes en general sont des gens accueillant et compréhensif seulement l'Angleterre leur a imposer l'etat d'israel c'est ce qui ne passe pas … si les anglais avaient au prealable demander aux arabes ou avaient fait des arrangement avec ceux la et les palestiniens en délimitant bien entendu l'etendu des 2 pays alors je crois a ce moment la qu'israel aurait pu vivre en paix avec ces voisins arabes

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES VUES LES EVENEMENTS ET LES CAUSES SONT SI INNOMBRABLES QUE LEURS ANALYSES SONT DIFFICILES ET SE PERDENT LE PLUS SOUVENT DANS LES VAGUES DES SUPPOSITIONS !

Bery tus

Pas trop d’accords .. je ne Vais pas détaillé car il faudrait dès pages ... l’etat D’Israël n’a jamais été un pb en soi !! Ce sont les dirigeant de l´epoque qui l’ont mal traiter et surtout détourner pour maîtriser l’intérieur de leur pays sauf Sadate

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