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Nos lecteurs ont la parole - Maria Homsy

Un Liban de l’autre côté de l’océan

En allant vivre au Canada, je ne m’attendais pas à grand-chose, mais dans mon esprit, je quittais le Liban pour un pays où bien d’autres avant moi ont élu domicile. Personne ne m’avertit qu’on ne les quitte jamais vraiment, nos 10 452 km2, même avec sept heures de décalage, même avec un gigantesque océan nous séparant.
Le Liban, comme les années me l’enseignent, est un état d’esprit, il nous suit où que l’on aille. Notre cuisine étant mondialement reconnue, cela ne me surprit point quand chaque personne que je rencontrais au Québec mentionnait son plat favori en prenant connaissance de ma provenance, des employés de banque à la caissière trop curieuse évoquant avec extase son dernier taboulé. Mais imaginez ma stupeur quand ma colocataire purement canadienne commença à me parler en arabe, cassé certes, mais avec les « kh », « gh » et toutes les intonations qui en Europe en auraient fait tousser plus d’un. Il est évident que notre culture, on la garde rarement pour soi, surtout quand on est libanais ; je suis encore étonnée qu’on ne manque jamais de sumac ou zaatar à la maison, ou que la « terwi2a » de fèves et pois chiches soit rarement mon idée.
Alors, une fois installée, j’ai plongé dans cette nouvelle société, et ma prochaine rencontre fut avec une autre Canadienne, ou telle était ma certitude avant de découvrir que je me tenais face à une ancienne de mon école, qui de plus était l’élève de mon père ! L’on a coutume de dire que le monde est petit, mais la présence du Cèdre est grande. Ainsi, plus les jours passent, moins la distance avec Beyrouth se fait pesante (si l’on oublie famille et amis dont l’absence reste tout aussi déchirante). Je retrouve d’anciens amis d’école et d’université, je fais mes emplettes à l’une des succursales du fameux supermarché Adonis, j’accompagne mes déjeuners de notre cher pain pita, le vrai, et tout frais ! J’entends aussi parler notre arabe au moins une fois par jour, dans le bus, dans le métro, dans la rue et parfois même à la radio. Il y a des messes dans notre langue, des réunions et des fêtes publiques, des restaurants et cafés gérés par des expatriés ayant trouvé un second Liban loin de leur mère patrie qu’ils tiennent à valoriser dans chacun de leurs plats. En fin de compte, on quitte notre pays pour s’en créer un autre à son image, chaleureux, généreux, convivial, parce qu’effaré à l’idée de perdre une identité trop chère à notre cœur, et en nous agrippant à ce fil qui nous maintient en équilibre entre ce qui nourrit notre cœur et ce qui dirige notre logique. Et moi, me voilà trimballant cornichons de concombres blancs dans une main et asperges du Québec dans l’autre, me demandant comment ces deux cultures si radicalement différentes vont se marier en moi au fil du temps.
On ne quitte jamais vraiment le Liban comme il ne nous quitte pas, on l’emporte dans nos valises, dans notre estomac et dans nos yeux, alertes au moindre signe de sa présence dans les parages, recherchant ce brin de familiarité dans le visage et l’accent de chaque personne que l’on croise, proclamant les merveilles d’un monde que l’on a abandonné pour des horizons plus prometteurs. La vérité est qu’on reste libanais où que l’on atterrisse, surtout quand c’est face à cinq pieds de neige et que tout ce qui manque est la soupe de lentilles de notre maman.


En allant vivre au Canada, je ne m’attendais pas à grand-chose, mais dans mon esprit, je quittais le Liban pour un pays où bien d’autres avant moi ont élu domicile. Personne ne m’avertit qu’on ne les quitte jamais vraiment, nos 10 452 km2, même avec sept heures de décalage, même avec un gigantesque océan nous séparant.Le Liban, comme les années me l’enseignent, est un état d’esprit, il nous suit où que l’on aille. Notre cuisine étant mondialement reconnue, cela ne me surprit point quand chaque personne que je rencontrais au Québec mentionnait son plat favori en prenant connaissance de ma provenance, des employés de banque à la caissière trop curieuse évoquant avec extase son dernier taboulé. Mais imaginez ma stupeur quand ma colocataire purement canadienne commença à me parler en arabe, cassé...
commentaires (1)

Très beau texte et émouvant, une déclaration d'amour pour le Liban, Merci Madame Maria Homsy ! Irène Saïd

Irene Said

18 h 00, le 08 juillet 2018

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Commentaires (1)

  • Très beau texte et émouvant, une déclaration d'amour pour le Liban, Merci Madame Maria Homsy ! Irène Saïd

    Irene Said

    18 h 00, le 08 juillet 2018

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