La chancelière allemande s’est dit « prête » à envisager une baisse généralisée des taxes sur l’automobile afin de désamorcer le conflit commercial avec les États-Unis. Photo Reuters
Angela Merkel s’est dit « prête » hier à négocier une baisse généralisée des taxes sur l’automobile, répondant à une proposition faite par Washington aux constructeurs allemands et ouvrant un nouveau scénario pour sortir du conflit commercial. « C’est une option que je peux imaginer », a déclaré la chancelière allemande, à condition de trouver « une position européenne commune » et d’impliquer « tous les pays avec lesquels nous commercialisons des voitures ».
Surprenante, cette déclaration s’écarte à première vue des négociations commerciales officielles avec les États-Unis, censées être réservées à la Commission européenne, dont le président Jean-Claude Juncker se rendra avant la fin du mois à Washington. Elle intervient par ailleurs dans un contexte épineux, puisque les États-Unis et la Chine s’apprêtent à durcir leur bras de fer commercial aujourd’hui, avec l’entrée en vigueur de taxes réciproques sur des dizaines de milliards de dollars de marchandises.
La déclaration de Mme Merkel part d’une initiative américaine : mercredi soir, l’ambassadeur des États-Unis à Berlin, Richard Grenell, a ouvert un canal inhabituel en conviant directement les patrons des trois constructeurs allemands Volkswagen, Daimler et BMW, ainsi que de l’équipementier Continental. À ce secteur-clé, qui emploie 800 000 personnes en Allemagne, M. Grenell a offert un accord : si Bruxelles et Washington ouvrent la discussion sur l’abandon de leurs taxes actuelles sur l’automobile, alors les États-Unis renonceront à relever à 20 % leurs droits de douane sur les voitures européennes.
Berlin en première ligne
« C’est du poker », commente auprès de l’AFP Ferdinand Dudenhöffer, analyste du Center Automotive Research, pour qui la présidence américaine s’affranchit délibérément de la diplomatie traditionnelle pour s’offrir « un maximum de publicité ».
Dès hier matin, le patron de la Chambre commerciale et d’industrie allemande DIHK Martin Wansleben a applaudi l’offre de Washington en estimant qu’il valait « mieux discuter d’une baisse des taxes plutôt que poursuivre l’escalade ». « C’est ce qu’on défend depuis trois ans et demi », a renchéri la fédération automobile VDA, qui milite pour lever les obstacles « tarifaires et non tarifaires », notamment les normes environnementales ou sécuritaires, au commerce des voitures. L’Union européenne impose actuellement 10 % de droits de douane aux véhicules importés des États-Unis – y compris ceux fabriqués par des constructeurs européens – tandis que les États-Unis taxent à 2,5 % les importations de voitures et à 25 % celles des camionnettes et pick-up.
Aucun constructeur allemand n’a officiellement commenté la proposition américaine, mais elle ressemble beaucoup à celle formulée la semaine dernière par BMW dans une lettre au secrétaire américain au Commerce. « Lever à la fois les taxes américaines et européennes sur l’automobile est entièrement dans l’intérêt des constructeurs allemands et leur permettrait d’économiser un milliard d’euros (soit 1,17 milliard de dollars) par an », écrivait le groupe munichois, promettant des « économies semblables pour les constructeurs américains ».
À l’inverse, calculait fin mai l’institut économique IFO, une augmentation des taxes américaines sur les voitures coûterait 5 milliards d’euros (soit 5,8 milliards de dollars) à l’Allemagne, soit 0,16 point de PIB, plaçant ce pays en première ligne des menaces de Washington sur l’automobile.
Source : AFP


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