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Moyen Orient et Monde

L’attentat déjoué contre une réunion d’opposants iraniens en France assombrit la tournée de Rohani

Terrorisme

Un mandat d’arrêt européen a été lancé contre un diplomate iranien en poste à Vienne, suspecté d’être en lien avec l’attaque à la bombe déjouée contre un rassemblement des Moujahidine du peuple iranien au nord de Paris.

04/07/2018

L’équipement était sommaire : 500 grammes d’un explosif artisanal et un mécanisme de mise à feu dissimulé dans une trousse de toilette. C’est le kit basique découvert par les policiers belges samedi dernier dans la voiture des deux principaux suspects de l’attentat planifié contre un rassemblement le même jour à Villepinte, au nord-ouest de Paris, des Moujahidine du peuple iranien (MEK), un groupe d’opposition iranien en exil.
Les époux Amir S., 38 ans, et Nasimeh N., 33 ans, tous deux Belges d’origine iranienne, ont été inculpés de « tentative d’attentat terroriste et de préparation d’une infraction terroriste », a annoncé lundi le parquet fédéral belge. Un contact du couple, Assadollah Assadi, troisième conseiller auprès de l’ambassade iranienne à Vienne, a été interpellé en Allemagne lundi. Le ministère autrichien des Affaires étrangères a annoncé hier que l’immunité diplomatique lui sera retirée sous 48 heures, dans le cadre du mandat d’arrêt européen lancé contre le diplomate. La veille, l’ambassadeur d’Iran en Autriche avait été convoqué au ministère pour clarification. Téhéran a tenté d’esquiver les soupçons en rappelant que la conjoncture se prêtait mal à une opération terroriste iranienne sur le sol européen. « Comme c’est pratique. Juste au moment où nous entamons une visite présidentielle en Europe, une opération iranienne présumée et ses conspirateurs sont mis en échec », a ironisé le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, sur Twitter. Hassan Rohani doit atterrir aujourd’hui à Vienne, là même où se focalisera probablement l’enquête sur les possibles commanditaires de l’attentat avorté. En manquant leur cible, les terroristes présumés ont braqué les projecteurs sur un épisode qui aurait pu passer inaperçu. Le rassemblement de Villepinte était le grand rendez-vous annuel du Conseil national de la résistance de l’Iran (CNRI), fondé à Paris par un des premiers dirigeants du MEK, Massoud Rajavi, et qui regroupe une galaxie d’organisations iraniennes dissidentes. Sur le banc des invités de marque était notamment présent Rudy Giuliani, ancien maire de New York et proche de Donald Trump ; Newt Gingrich, figure du Parti républicain américain et soutien du candidat Trump lors de l’élection présidentielle de 2016 ; Louis Freeh, ancien directeur du FBI; ou encore George Casey, ancien chef d’état-major de l’armée américaine. Les Américains ne monopolisent pas le parterre hétéroclite de l’événement. Des « délégations » allemande, nord-irlandaise, polonaise, albanaise, roumaine, jordanienne, canadienne, deux anciens ministres français des Affaires étrangères et deux parlementaires de même nationalité, le maire du premier arrondissement de Paris et une figure de l’opposition syrienne complètent le tableau de chasse du CNRI. Un bouquet d’invités prestigieux, venus spécialement dans une banlieue de Paris pour assister au colloque d’une organisation classée terroriste jusqu’au début des années 2010 par l’Union européenne et les États-Unis : c’est ce tableau incongru qui a été visé samedi.

Une organisation controversée
Fondé en opposition au chah d’Iran, le MEK a connu une brève période de légalité pendant la révolution islamique de 1979 avant d’être interdit, deux ans plus tard, suite à une manifestation interprétée comme une tentative du mouvement de marcher sur le Parlement. D’inspiration marxisante, les « moudj », comme les surnomment les opposants iraniens francophones, ont fait de la lutte armée « une nécessité historique », ainsi que proclamé en 1974 dans un article référence du Mojahed, l’organe de presse du mouvement. Outre les attentats et assassinats ciblés contre les cadres de la République islamique, le MEK est accusé d’avoir fomenté plusieurs attaques de 1979 à 2001 contre des cibles américaines. Pendant la guerre Iran-Irak (1980-88), le groupe trouve refuge auprès de Saddam Hussein. Le dictateur irakien déléguera notamment au MEK la répression de soulèvements kurde et chiite en 1991.
De cette période de collaboration avec un régime ennemi de Téhéran, le MEK conserve l’image de « traître » honni par une large partie de la population et du reste de l’opposition iranienne. Ce qui n’empêche pas certains « faucons » de l’administration américaine de voir dans le groupe une alternative crédible au régime des mollahs, où à tout le moins un instrument de déstabilisation de la République islamique. L’idée a notamment été relayée dans les publications de certains think tank américains libéraux. Une intense campagne de lobbying au Congrès américain en faveur de la réhabilitation des moujahidine a conduit Washington à retirer en 2011 le groupe de la liste noire des organisations terroristes.
L’étalage de sa collection de soutiens internationaux, ainsi que le choix récent de délaisser l’action violente sont au cœur de la stratégie de « présidentialisation » du mouvement. Sa connexion américaine s’est renforcée avec l’ascension de Donald Trump à la Maison-Blanche. Lors d’une précédente édition de la conférence du CNRI l’an dernier, John Bolton, nommé conseiller à la Sécurité nationale de la présidence en avril dernier, avait juré que le CNRI dirigerait l’Iran avant 2019. Hier, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Qasemi, a accusé les Moujahidine du peuple d’avoir « monté toute cette affaire pour nuire à la visite en Europe (du président iranien Hassan Rohani) et à la réputation de l’Iran dans l’opinion publique européenne ». Le MEK s’est farouchement opposé à la signature des accords de Vienne, qu’il considère comme un acte de complaisance de la communauté internationale à l’égard de Téhéran. Dans un communiqué, les Moujahidine du peuple ont affirmé qu’Assadollah Assadi est responsable depuis 2014 des opérations de renseignements à l’ambassade d’Iran en Autriche, arguant au passage que les missions diplomatiques iraniennes sont des nids d’espions au cœur des capitales européennes.

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