Mario Draghi a minimisé les inquiétudes sur l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement eurosceptique et antiaustérité en Italie. Photo Reuters
La Banque centrale européenne a annoncé hier l’abandon en fin d’année de ses rachats de dette, signant la disparition d’un programme exceptionnel conçu en pleine crise, sans pour autant cesser de soutenir l’économie en zone euro. Guettée depuis des mois, la sortie du « QE », c’est-à-dire des rachats d’actifs publics puis privés entamés en 2015, marque un tel tournant que la BCE devait y préparer les esprits sans déclencher la panique. Réunie à Riga, en Lettonie, l’institution a surpris en fixant dès maintenant une échéance, fin décembre, tout en se laissant la possibilité de réagir à toute dégradation de l’économie. « C’est audacieux mais intelligent », résume Marcel Fratzscher, président de l’institut économique allemand DIW, expliquant la spectaculaire réaction des marchés.
Dans le détail, la BCE, qui a déjà déversé plus de 2 400 milliards d’euros (soit 2 782 milliards de dollars) à travers ce programme, devrait abaisser le rythme du QE à 15 milliards d’euros (soit 17,4 milliards de dollars) mensuels entre octobre et décembre, contre 30 milliards d’euros (soit 35 milliards de dollars) depuis janvier. Mais l’institution, traditionnellement réticente à se lier les mains, conditionne cette décision à des données « confirmant les perspectives d’inflation » à moyen terme.
« Compromis »
Loin d’être anecdotique, cette précision signe « un compromis de Salomon » au sein de la BCE, en ménageant « une porte de sortie » aux banquiers centraux, décrypte Carsten Brzeski, économiste chez ING Diba. Ce numéro d’équilibriste s’est doublé d’une précision sur les taux directeurs qui a « agréablement surpris les marchés », relève Stefan Kipar, de la banque allemande BayernLB. La BCE s’est en effet engagée à maintenir ses taux à leur plancher historique « au moins » jusqu’à la fin de l’été 2019, repoussant les anticipations de tours de vis monétaires jusqu’ici calés à la mi-2019.
Le président de l’institution, Mario Draghi, a brossé de l’économie un tableau nuancé : si la conjoncture souffre « d’incertitudes croissantes » et des tensions commerciales, l’inflation remonte plus que prévu. La BCE s’attend désormais à voir le PIB de la zone euro croître de 2,1 % cette année – contre 2,4 % lors de ses dernières prévisions en mars. À l’inverse, l’inflation bénéficie de l’envolée du baril de pétrole et de la hausse des salaires, et devrait s’établir à 1,7 % cette année et les suivantes, contre une précédente prévision de 1,4 % pour 2018 et 2019.
Source : AFP


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