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Aquarius : Rome annule une rencontre à Paris et exige des excuses de la France

AFP
13/06/2018

La crise entre la France et l'Italie sur les migrants de l'Aquarius s'est aggravée mercredi, Rome exigeant des excuses de la France après des propos jugés "inadmissibles", au point de menacer d'annuler une rencontre entre les dirigeants des deux pays vendredi.

Nouvel épisode de cette bataille rangée entre les deux pays, le ministre italien des Finances Giovanni Tria a préféré rester à Rome plutôt que de rencontrer comme prévu mercredi son homologue français Bruno Le Maire. Ce dernier a dit "regretter" cette décision et espérer une nouvelle rencontre "très vite".

Le président français Emmanuel Macron, dont les propos mardi ont déclenché la fureur de l'Italie, a appelé de son côté mercredi à ne pas "céder à l'émotion", tout en assurant qu'il continuait à travailler "main dans la main" avec l'Italie. Ce sont bien pourtant ses déclarations, dénonçant "la part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien" après son refus d'accueillir l'Aquarius, qui ont mis le feu aux poudres. 

Après 72 heures de crise en pleine Méditerranée, ce navire humanitaire qui a secouru 629 migrants, affrété par l'ONG française SOS méditerranée, a commencé sa longue traversée mardi soir vers l'Espagne, qui a accepté de lui ouvrir le port de Valence. "Nous nous trouvons actuellement au sud de la Sicile, et notre arrivée est prévue samedi à 21h00 à Valence, mais au vu des conditions météorologiques, il se peut que ça change car nous avons déjà des vagues de un à deux mètres, et on attend quatre mètres d'ici à quelques heures", a déclaré mercredi à l'AFP Aloys Vimard, le coordinateur de l'ONG Médecins sans frontières (MSF) à bord de l'Aquarius.
Cent six migrants sont maintenant à bord de l'Aquarius, tandis que les autres ont été transbordés mardi après-midi sur un navire de la marine et un autre des garde-côtes italiens. Tous trois font route ensemble vers l'Espagne. 

"Leçons hypocrites"
Les propos du président français ont été très mal reçus à Rome, particulièrement par l'homme fort du gouvernement italien et patron de la Ligue (extrême droite), le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, qui a immédiatement réclamé des excuses de la France. Faute de quoi, a-t-il menacé, il vaudra mieux annuler la rencontre prévue vendredi à Paris entre Emmanuel Macron et le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte: "Si les excuses officielles n'arrivent pas, le Premier ministre Conte fera une bonne chose en n'allant pas en France". 

Presque au même moment, la numéro deux de l'ambassade de France à Rome Claire Anne Raulin était convoquée au ministère italien des Affaires étrangères, l'ambassadeur Christian Masset ne se trouvant pas à Rome.
Le ministre des Affaires étrangères Enzo Moavero Milanesi a souligné devant la diplomate française le caractère "inacceptable" des déclarations faites à Paris.
Giuseppe Conte avait dès mardi réagi aux propos de M. Macron: "L'Italie ne peut accepter de leçons hypocrites de pays ayant préféré détourner la tête en matière d'immigration". 

"Tons injustifiables" 
"De telles déclarations compromettent les relations entre l'Italie et la France" et "les tons utilisés sont injustifiables", a encore déclaré mercredi M. Moavero. 
L'escalade entre les deux pays intervient avant un Conseil européen crucial les 28 et 29 juin, qui doit porter en particulier sur la question des migrants. 

La crise l'Aquarius entre Rome et Paris a aussi mis en lumière la cacophonie qui règne désormais en Europe sur le dossier migratoire.

Les ministres italien, autrichien et allemand de l'Intérieur, des faucons sur la brûlante question migratoire, vont constituer "un axe des volontaires" pour s'attaquer à l'immigration clandestine, a affirmé mercredi à Berlin le chancelier autrichien Sebastian Kurz.
La chancelière allemande Angela Merkel, en désaccord avec son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer sur la politique migratoire, a pour sa part souligné que cette question constituait "une sorte de test décisif pour l'avenir et la cohésion de l'Europe".
Le président du Parlement européen, l'Italien Antonio Tajani a estimé que de la gestion des flux migratoires dépendait la "survie" de l'UE. 

A Genève, le Haut-Commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Filippo Grandi, lui aussi italien, a estimé mercredi que l'Italie avait "raison" de dire qu'elle ne pouvait pas accueillir tous les migrants venus de Méditerranée. Il a reproché à l'Europe de ne pas prendre sa part du fardeau.

L'Italie accuse régulièrement ses partenaires européens de la laisser seule face à la crise migratoire et aux 700.000 migrants qui ont débarqué sur ses côtes depuis 2013. Mercredi, un navire des garde-côtes italiens avec plus de 900 migrants recueillis en Méditerranée est encore arrivé dans le port de Catane, en Sicile.

L'ONG allemande Sea-Watch a de son côté fait état d'au moins 12 morts et 40 migrants secourus mardi par la marine américaine après le naufrage de leur embarcation au large des côtes libyennes, et a appelé l'Italie à lui ouvrir ses ports.

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