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Moyen Orient et Monde

Tous les chemins mènent à la Palestine...

Rencontre

Le militant suédois Benjamin Ladraa a atteint le Liban pour l’une des dernières étapes de son périple #WalkToPalestine. Il a décidé de parcourir à pied les 5 000 km qui séparent la Suède de la Palestine pour protester contre l’occupation israélienne et l’injustice dont sont victimes les Palestiniens.

12/06/2018

Soixante-dix ans après la Nakba, les Palestiniens doivent lutter contre la banalisation de la violence et de l’injustice dont ils sont victimes, qui bien souvent l’emporte sur les sentiments de révolte et d’indignation de l’opinion publique internationale. Benjamin Ladraa, à peine 25 ans, a mis de côté son quotidien suédois pour entamer une marche de protestation en guise de solidarité avec les Palestiniens, en parcourant à pied les 5 000 kilomètres qui séparent la Suède des territoires palestiniens.

Parti le 7 août dernier, il a traversé en 10 mois la Slovaquie, l’Autriche, la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Bulgarie, la Turquie et maintenant le Liban. À peine arrivé à Beyrouth dans la soirée de vendredi et encore fatigué de sa marche depuis Jbeil, c’est dans une ambiance intime et informelle qu’il raconte très calmement son périple. Ce jeune activiste à l’allure svelte et au visage émacié mène modestement « son combat » depuis près d’un an, parcourant parfois jusqu’à 50 km en une journée. C’est un globe-trotteur atypique : il pousse un landau chargé de deux gros sacs de randonneur, flanqué d’un large drapeau palestinien qui flotte au vent. Cette figure originale interpelle passants et habitants, assez pour qu’ils interrompent leur chemin et l’interrogent. C’est précisément le pari qu’a fait Benjamin Ladraa : « Ma marche est un prétexte pour attirer l’attention de tous – même de ceux qui n’auraient jamais eu l’occasion par ailleurs de s’intéresser au sort des Palestiniens – et de provoquer la discussion, l’échange, la prise de conscience. » Ceux qui vont à sa rencontre et attendent son passage avec hâte, ce sont avant tout les milliers de followers qui suivent de près son périple via les réseaux sociaux. L’activiste fait part des « merveilleux moments » partagés avec d’autres jeunes rencontrés sur son chemin. Il se souvient notamment « avoir réveillé le sentiment de révolte chez d’autres jeunes étudiants sensibles à la cause palestinienne », lors d’une de ses présentations en Slovénie. Les ambassades palestiniennes ont également reçu Ladraa, et l’ont aidé en cours de route pour le mettre en contact avec des Palestiniens le long de son itinéraire à travers l’Europe. La solitude a pourtant aussi marqué son voyage. « J’ai pu marcher des jours sans avoir une conversation », avoue-t-il. Entre autoroutes et chemins de campagne, sa « seule compagnie » a parfois été son audiobook. Sa dernière lecture ? Rise and Kill First, un ouvrage qui révèle qu’Israël aurait conduit plus d’assassinats que tout autre pays occidental depuis la Seconde Guerre mondiale.

La simplicité – ou l’idéalisme – avec laquelle il vit son périple déroute ses interlocuteurs. Comme si cela avait été naturel et évident pour ce jeune Suédois de quitter son confort, sa famille, ses études, pour marcher vers la Palestine. « Lorsque tu es témoin d’une telle souffrance, tu ne peux pas l’ignorer », explique-t-il en faisant référence à son expérience en tant que bénévole pour la Croix-Rouge en Cisjordanie l’année passée.
Une once de naïveté transparaît de son optimisme : « Rien n’est impossible, tu peux aller très loin, un jour après l’autre, kilomètre après kilomètre », déclare le jeune Suédois. Obstiné, Benjamin Ladraa ne perd pas de vue son objectif. Pour autant, à l’affût des recommandations de ses fans, il se laisse porter par l’improvisation au jour le jour. Il « dort et mange là où on l’accueille », répond « à tout le monde » et rencontre « qui veut ».

« Fouiller tous les 30 mètres »
L’interactivité avec ces derniers est au cœur de son aventure. Le temps de la traversée du ferry de Turquie à Tripoli, il s’est informé auprès de ses interlocuteurs libanais, via une vidéo live sur Facebook, de l’existence et des noms des 12 camps de réfugiés palestiniens au Liban. Il visitera les 12.
Ce ne sont pas les obstacles qui manquent le long de cet itinéraire bien particulier. « La police me dérange beaucoup », il doit avouer. « Arrêté aux frontières pendant plusieurs heures », « réveillé et fouillé au beau milieu de la nuit alors que je dors sous ma tente », souvent les forces de l’ordre « ne croient pas mon histoire que je marche pour la Palestine », a-t-il rigolé. À Prague, en République tchèque, le hasard le mène à passer dans le périmètre de l’ambassade israélienne et son drapeau aux couleurs de la Palestine lui vaut d’être bousculé et fouillé. À Tripoli, l’intervention des soldats relève de l’absurdité : « Je me suis fait fouiller tous les 30 mètres, check-point après check-point, alors qu’évidemment je n’étais pas devenu plus dangereux entre les deux arrêts… » a-t-il confié, non sans ironie. Courageux ou candide, il encaisse ces épreuves patiemment, avec pour seules armes l’humour et la dérision. C’est à cela qu’on reconnaît un pacifiste.
Il sera mercredi 13 à 11h30 l’invité de l’organisation Dar el-Nimer pour une rencontre avec le public.
Il ira toucher du doigt la frontière avec Israël dans le sud du Liban dans les prochains jours avant de retourner à Beyrouth pour prendre un vol direction la Jordanie. Excité de se rapprocher de l’étape finale, celle qui le conduira en Cisjordanie occupée, il a conscience qu’elle sera la plus difficile. Reste à savoir si Israël lui refusera le droit d’entrer à la frontière entre la Jordanie et la Cisjordanie, contribuant ainsi à renforcer sa notoriété.


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Stes David

Et dire qu' à l'époque romaine des périples comme ca à pied étaient fréquents, comme par exemple l'empereur Constantin le premier passait si je ne me trompes pas de l'Angleterre par tout l'Europe vers Tyre (Liban-Sud) et Jeruzalem à une époque que probablement on voyagait aussi à pied et par mer ... pour mourir en campagne contre la Perse Sassanide à Nicomédie Turquie aujourd'hui.

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