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Liban

L’AUB expose ses trésors l’espace d’une journée

Événement

Des archives pour lire différemment le présent et mieux construire l’avenir : tel était le but hier d’une journée portes ouvertes à l’Université américaine de Beyrouth.

09/06/2018

Une journée d’exception hier à l’Université américaine de Beyrouth : les archives et les collections spéciales de l’institution ont ouvert leurs portes au public, exposant le riche patrimoine rassemblé au fil des ans par l’AUB. Cet événement s’est tenu dans le cadre de la Journée mondiale des archives, instaurée par l’Unesco pour sensibiliser le public à l’importance du patrimoine écrit pour la société civile, à la préservation de l’héritage culturel et au dialogue interculturel.
Des affiches, des photos, des manuscrits, des livres rares, des annotations musicales, des cartes postales et géographiques… Bref, hier, les archives de l’AUB ont raconté l’histoire – la petite et la grande – de Beyrouth, du Liban et du Moyen-Orient. Des bibliothécaires en charge des archives et des collections spéciales étaient présents pour être à la disposition de ceux qui sollicitaient une visite guidée. L’une de ces spécialistes, Maha Mikati, a relaté la grande histoire des acquisitions de l’AUB et la petite histoire rapportée par les archives.

Voici des photos en noir et blanc prises au Brésil au début du siècle dernier. Elles font partie de la collection de l’historien Issa Iskandar el-Maalouf, originaire de Zahlé. Ce sont les membres de sa famille établis en Amérique latine qui lui envoyaient leurs photos. Là, ce sont les partitions musicales composées par Zaki Nassif et Walid Gholmieh. Plus loin, on retrouve la petite histoire de Beyrouth, le quotidien de cette ville qui deviendra capitale. Il y a, entre autres, les précipitations à Beyrouth enregistrées durant les années cinquante par l’observatoire de l’AUB. Ces archives ont servi pour une étude comparative entre les précipitations actuelles et celles des XIXe et XXe siècles enregistrées toutes par l’observatoire. Là, un autre document du début du siècle dernier sur le mouvement du port de Beyrouth, les navires, leur tonnage, ce qu’ils transportaient, le tout noté dans une très belle écriture française.
Sur un stand, c’est la vie estudiantine à l’AUB qui est exposée. Il y a entre autres une pétition signée en 1882 par les étudiants en médecine pour protester contre une décision de l’institution mettant à l’écart l’un de leurs enseignants, Edwin Lewis, un homme de science qui avait conseillé à ses étudiants d’avoir l’esprit de Darwin, ce qui avait déplu aux missionnaires protestants fondateurs de l’université. Les élèves – parmi lesquels Gergi Zeidan, qui a décidé de se lancer dans la littérature, l’histoire et le militantisme suite à cet incident – ont continué leurs études à l’Hôpital orthodoxe de Beyrouth, à Achrafieh.
Toujours dans le cadre de la vie estudiantine, on remarque un pamphlet adressé « aux étudiants arabes » qui doivent « être vigilants et s’unir ». Il date de 1946, deux ans avant la création de l’État d’Israël et l’exode palestinien que Constantin Zureyk a qualifié de « nakba ». Le manuscrit de cet essai du penseur panarabe était également exposé hier.

« L’histoire à travers le quotidien »
Dans une salle, des diapositives sont projetées sur fond d’un chant patriotique irako-palestinien Mawtani. L’AUB possède des archives orales sur le patrimoine palestinien. Là, on voit des projections d’images de livres anciens de botanique écrits en allemand, français et russe, sur les fleurs de Nazareth, du mont des Oliviers et du mont Carmel, suivies de vieilles photos de l’église de la Nativité, de Jérusalem et du Saint-Sépulcre, comme pour se souvenir que la Palestine est la patrie du Christ.
Plus loin encore, des documents sur la Première Guerre mondiale, la famine de 1915 et l’initiative citoyenne et protestante, surtout l’aide accordée à la population par Arthur Dray, un médecin de l’AUB qui ne voulait pas faire l’aumône mais qui tenait à aider en préservant la dignité de ceux qui étaient dans le besoin.

Une collection d’affiches de films et d’albums d’artistes du monde arabe, notamment d’Égypte, du Liban et de Syrie, des années vingt aux années soixante-dix, acquises récemment par l’AUB, était exposée. Ici, on voit un portrait de la danseuse Tahia Carioca avec son grand sourire, une affiche du film culte Khalli Balak Min Zouzou avec Souad Hosni, ou encore celui de Ourido Hallan, l’histoire d’un divorce qui finit dans la tragédie, avec Faten Hamama et Rochdi Abaza, deux géants du cinéma égyptien.
Plus loin, on voit d’autres affiches politiques éditées par la Conférence de solidarité avec les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique (Ospaal) qui avait été tenue en pleine guerre froide et qui avait vu la naissance d’une institution soutenant « tous les opprimés » de ce bas monde. Ici, on défend la cause palestinienne au Liban avec la keffieh de Yasser Arafat, on célèbre en 1980 le cinquième anniversaire du Polisario, ou encore on soutient le Sud du Yémen qui refuse l’unification avec le Nord, et la révolution populaire en Afghanistan durant les années soixante-dix. Sur ces affiches afghanes, les femmes qui portent des couleurs éclatantes ont les cheveux et le visage nus.

« L’histoire est généralement écrite par des instances nationales, nous voulons à travers nos archives mettre l’accent sur l’histoire qui peut être racontée par le quotidien et le vécu des populations. Nous misons sur le facteur humain », souligne Kaoukab Chebaro, responsable du département des archives à l’AUB. « Il y a ceux qui disent que ceux qui s’intéressent aux archives sont tournés vers le passé. Or pour moi, les archives, c’est aussi une façon de lire différemment le présent et de mieux construire l’avenir, poursuit-elle. Nous voulons aussi mettre l’accent sur les personnes marginalisées, notamment les femmes. Il y a très peu de collections se rapportant aux femmes, et cela même si elles avaient occupé des places prépondérantes en société. La documentation concernant la plupart d’entre elles a disparu ou n’a simplement pas été préservée. »
Pour Kaoukab Chebaro et pour toute personne qui apprécie les histoires racontées par les archives, le passé prend vie, met en lumière certains aspects du présent et efface tous les négationnismes.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRES INTERESSANT !

Sarkis Serge Tateossian

Des archives sûrement très très riches.
Une mine de savoir et de connaissance que constitue l'AUB

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