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Assassinat des 4 juges de Saïda : la justice n’est toujours pas rendue 19 ans après...

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Le président du Conseil supérieur de la magistrature a appelé l’État à « prendre en charge la protection des juges contre les dangers physiques ».

Claude ASSAF | OLJ
09/06/2018

Les années passent, accumulant les cérémonies de commémoration de l’assassinat des quatre juges tués en plein prétoire le 8 juin 1999, au Palais de justice de Saïda, sans que pour autant un jugement de condamnation contre les criminels n’ait été émis jusqu’ici.
Si hier, pour la dix-neuvième année, le souvenir de Hassan Osman, Imad Fouad Chéhab, Walid Harmouche et Assem Bou Daher, qui occupaient respectivement les postes de président et de membres de la Cour criminelle de Saïda, et de procureur général auprès de cette cour, a été commémoré en grande pompe devant leur mémorial, dans la salle des pas perdus du Palais de justice de Beyrouth, en présence du ministre de la Justice, Salim Jreissati, et du président du Conseil supérieur de la magistrature, Jean Fahd, il reste donc que justice ne leur a toujours pas été rendue.
Pourtant, l’an dernier, à la même occasion, M. Jreissati avait affirmé que l’acte d’accusation était imminent, et des sources judiciaires haut placées avaient alors indiqué dans le même sens à L’Orient-Le Jour qu’après de longues années d’investigations, un terroriste arrêté au camp de réfugiés palestiniens de Aïn el-Héloué, à l’est de Saïda, avait livré des informations précieuses sur l’identité des assassins, qui avaient vraisemblablement commis leurs crimes pour venger trois partisans d’Abou Mahjan, condamnés à mort pour l’assassinat du cheikh Nizar Halabi, guide spirituel de l’Association des projets islamiques de bienfaisance.


(Lire aussi : Assassinat des quatre juges à Saïda en 1999 : audience reportée au 13 juillet)


« Triompher de la peur »
Mais depuis ces dernières informations, l’affaire n’est toujours pas close. Premier à prendre la parole au cours de la cérémonie, le bâtonnier de Beyrouth, André Chidiac, a déploré à ce propos que le jugement se fasse attendre, notant que près de deux décennies se sont écoulées depuis le crime odieux sans que la vérité ne soit révélée. Joint par L’Orient-Le Jour, M. Chidiac a martelé qu’ il est « inadmissible que les juges ne parviennent pas à se rendre justice », rappelant que « le président de la République, Michel Aoun, les a pourtant appelés (le 28 mai, à Baabda, devant sept magistrats nommés au sein du Conseil supérieur de la magistrature) à s’affranchir de toute ingérence ». Et M. Chidiac de se demander en outre: « Pourquoi la procédure est-elle si lente, alors qu’elle est supposée s’accélérer, sachant que l’affaire est devant la Cour de justice, une juridiction d’exception ? » Et de s’interroger encore: « Va-t-on enfin triompher de la peur ou devons-nous nous contenter de revenir ici chaque année pour commémorer l’infâme assassinat ? »
Pour tenter de trouver des réponses à ces questions et savoir ainsi où en est le cours du procès, L’OLJ est entré en contact avec le ministre de la Justice. « L’acte d’accusation a déjà été rendu », indique M. Jreissati, révélant même qu’ « un des accusés est aux arrêts ». « Une audience devant la Cour de justice se tiendra incessamment », ajoute-t-il, assurant qu’il suit l’affaire « de manière continue ».
Lors de la cérémonie à la mémoire des quatre juges, M. Jreissati a exprimé son soutien au corps de la magistrature, notant que « la justice n’est pas victime des seuls assassinats physiques, mais aussi des crimes moraux, dans la mesure où d’aucuns doutent de sa capacité à dire le droit ou l’accusent de se plier aux volontés politiques et aux chantages de tout genre ».


(Pour mémoire : Abou Mahjan et ses complices accusés de l’assassinat des quatre magistrats à Saïda)


Dans l’allocution qu’il a prononcée à son tour, le président du CSM, Jean Fahd, a affirmé que les meurtres comme ceux qui ont coûté la vie aux quatre juges « sont perpétrés dans un but de saper la justice pour affaiblir l’État de droit, de démocratie et de liberté ». M. Fahd a appelé l’État à « prendre en charge la protection des juges contre les dangers physiques », l’exhortant à « fournir tous les outils de cette protection, d’autant que le manque de moyens de surveillance est perceptible au Palais de justice de Beyrouth ».
Pour ce qui est des interférences politiques auxquelles sont sujets les magistrats dans l’exercice de leurs fonctions, M. Fahd a déploré que ceux-ci « soient contraints à ce jour de les repousser par leurs simples moyens », révélant que le CSM « étudie la possibilité de créer un système de mesures obligatoires que tout juge doit entreprendre lorsqu’il subit une pression de quelque nature qu’elle soit, de sorte que ces ingérences soient définies en vue de les combattre de manière collective ».
À la question de savoir quelles seraient les démarches qui devraient être prises dans ce cadre, M. Fahd indique à L’OLJ que « l’étude de la procédure à adopter est encore à l’état embryonnaire », notant toutefois qu’ « il s’agira d’un système de communication entre chaque juge et le CSM, à travers lequel les tentatives d’ingérence seront reportées et à la lumière duquel celles-ci seront affrontées ».
À Zaarouriyé (Iqlim el Kharroub), ville natale des juges assassinés Hassan Osman et Assem Bou Daher, les habitants ont organisé hier une marche silencieuse qui s’est élancée à partir de leur mémorial situé à l’entrée de la localité et s’est achevée devant leurs tombes.

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