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Liban

À Jabal Moussa, l’acrobatique réhabilitation des maisons traditionnelles

Patrimoine

L’Association pour la protection de Jabal Moussa a décidé de rénover un hameau vieux de plus de deux siècles, vers Qehmez, et difficile d’accès par la route.

08/06/2018

Il est 8h du matin dans la réserve de Jabal Moussa (hauteurs du Kesrouan et de Jbeil). Le soleil a commencé son ascension depuis quelques heures déjà et illumine le camaïeu de vert si typique des lieux. Si on tend l’oreille, on entend le vent qui passe dans les feuilles, la nature qui se réveille.
Mais bientôt, c’est un autre son que l’on perçoit. Hier matin, le site de Byut, dans la réserve, a reçu une livraison un peu particulière. L’Association pour la protection de Jabal Moussa (APJM) s’est lancée il y a quelques mois dans un projet ambitieux : rénover les trois maisons présentes sur le site, qui datent de l’ère ottomane. Le site étant situé à une heure de marche de l’entrée de Qehmez, l’APJM n’a pas eu d’autre choix que d’utiliser un hélicoptère pour y faire parvenir les matériaux. Suspendue sous l’hélicoptère, une masse blanche se balance. C’est le matériel dont les quatre ouvriers qui travaillent sur le chantier vont avoir besoin. « Il s’agit de matériel imposant et lourd, il n’y a pas de route pour l’acheminer », explique Joëlle Barakat, responsable de la conservation du patrimoine de Jabal Moussa.

L’appareil se place au-dessus de la clairière et dépose le paquet. L’aspiration provoquée par les pales secoue la végétation environnante. La manœuvre est délicate, mais elle ne dure pourtant que quelques secondes. « Pour des raisons de sécurité, il a fallu couper certaines branches des arbres », dit Habib Daher, coordinateur des ressources forestières, présent lors de la première livraison de la journée.

Jusqu’à 400 kilos de matériaux
L’armée de l’air a prêté main-forte à l’association en mettant à sa disposition deux hélicoptères et des pilotes pour le transport. Une fois le paquet déposé, l’avion repart vers une piste située à Mayrouba, à quelques kilomètres de là. Ici aussi, l’opération demande de la précision. L’hélicoptère se pose brièvement, puis reprend de la hauteur, le temps d’accrocher un nouveau paquet. Entre le 5 et le 8 juin, les hélicoptères se sont relayés pour effectuer environ neuf voyages chacun par jour. « Nous sommes tributaires de la météo, le premier jour, il y avait du brouillard, alors nous n’avons pas pu transporter autant de paquets que nous le voulions », détaille Joëlle Barakat. Lors de chaque trajet, l’engin peut transporter jusqu’à 400 kilos. Les matériaux impossibles à déplacer par voie aérienne, comme les liquides, ont été acheminés vers le site à dos d’âne.

En plus de l’enjeu logistique pour le transport du matériel, l’association s’est également imposé un défi technique : restaurer les maisons en utilisant un savoir-faire similaire à celui de l’époque de leur construction, à la fin du XVIIIe siècle. « Ce sont des maisons typiquement libanaises que l’on trouve ici », détaille Pierre Doumet, président de l’association. L’APJM va tenter d’employer en priorité les mêmes matériaux que ceux d’origine et, si possible, locaux. « De la chaux va être utilisée pour colmater les brèches par exemple, précise Yasmine Makaroun, archéologue et restauratrice. Le but, c’est de préserver les maisons. » Le toit de l’une d’elles doit être complètement refait. Pour les autres, les travaux auront surtout lieu à l’extérieur, pour éviter les infiltrations d’eau et l’humidité. « Depuis 70 ans, les maisons sont vides », raconte Tania Ballane, responsable de l’écotourisme à l’APJM. Le défi est donc de taille. Les travaux coûtent près de 100 000 dollars, qui ont été en partie financés par le fonds pour la culture et la conservation de l’ambassade des États-Unis.

La réserve est affiliée à l’Unesco depuis 2009 et fait partie du programme « L’homme et la biosphère ». Le but de ce programme est d’inclure l’être humain dans la rénovation du patrimoine, pas seulement par son savoir-faire mais par son appartenance à une zone géographique donnée. « Nous avons à cœur de collaborer avec des personnes venant de la région. Cela valorise leurs compétences et le territoire », dit Joëlle Barakat. À ses débuts, la réserve de Jabal Moussa accueillait environ 500 visiteurs par an. Aujourd’hui, c’est plus de 22 000 personnes qui arpentent les sentiers de Jabal Moussa chaque année. « La restauration de ces maisons est importante, elles ont une valeur historique. Quand les travaux seront finis, dans trois mois, les gens pourront s’arrêter et les visiter », dit Tania Ballane.

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BATIR SANS DEMOLIR ! LE PAYS DOIT SUIVRE LES PROGRES QUAND MEME...

Yves Prevost

Un excellent exemple de ce qu'il est possible de faire. A méditer par ceux qui veulent détruire la Qadicha en y traçant des routes.

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