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À La Une - Environnement

Vent de déception face aux "renoncements" écologiques de la France

"En matière d'écologie, Emmanuel Macron peut déclarer +Make the planet great again+, mais ces efforts de communication ne s'accompagnent d'aucune réforme d'ampleur", affirme un professeur.

Le ministre français de la Transition écologique, Nicolas Hulot, le 30 mai 2018 à Paris. Photo AFP / ludovic MARIN

Un ministre de l'écologie "déçu", des funérailles de colonies d'abeilles organisées en grande pompe, des objectifs énergétiques non tenus... En France comme au Parlement européen, la politique de l'exécutif français crée du désenchantement un an après l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron.

Un désappointement à la hauteur des espérances qu'avait fait naître Emmanuel Macron, ardent défenseur de l'accord climat qui lançait, en avril encore, devant le congrès américain : "Il n'y a pas de planète B". Et qui avait réussi un coup de maître: convaincre le très populaire défenseur de l'environnement Nicolas Hulot de devenir en mai 2017 ministre de la Transition écologique. 
A Bruxelles, il garde ses partisans: "la France est un partenaire engagé et très fiable dans les négociations environnementales", affirme une source diplomatique.
"Ils ont des ambitions mais elles ne me paraissent pas très réalistes", tempère un responsable à la Commission sous couvert d'anonymat, citant en exemple la taxe carbone aux frontières européennes, prônée par Emmanuel Macron pour abonder un ambitieux budget pro-climat. 
Les critiques égrènent, eux, une série de "renoncements": le vote par Paris d'un texte européen, jugé permissif par des ONG et des scientifiques, sur les perturbateurs endocriniens ; le report à après 2025 de l'objectif de ramener de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité ; la signature de traités de libre-échange décriés ; l'autorisation de mise en service d'une bio-raffinerie fonctionnant à l'huile de palme...
Dernière déconvenue : la fin, d'ici à 2021, du glyphosate, principe actif de pesticides et cancérogène probable, ne sera pas inscrite dans la loi française, une décision qui a "déçu" Nicolas Hulot et qui illustre le "décalage entre le discours et les actions" du président Macron, selon le professeur de science politique Simon Persico.

"Parle haut, agit bas" 
"En matière d'écologie, Emmanuel Macron peut déclarer +Make the planet great again+, mais ces efforts de communication ne s'accompagnent d'aucune réforme d'ampleur", pointe le professeur dans une tribune publiée jeudi par Le Monde.
Après que l'Union européenne a renouvelé la licence de l'herbicide pour cinq ans en novembre, le chef de l'État avait promis que la substance serait interdite en France "au plus tard dans trois ans".

Au final, le gouvernement "fait le pari de la confiance avec les organisations professionnelles qui ont mis en place un plan d'action pour sortir du glyphosate dans les trois ans", a justifié jeudi le patron des députés de la majorité présidentielle (LREM) Christophe Castaner.
"Certes, je préfèrerais un système où ce soit le monde agricole qui supprime ces produits, où les pêcheurs arrêteraient de surpêcher", commente l'écologue Gilles Boeuf. Mais "il faut qu'il y ait un État qui permette de mettre des limites, sinon le bien commun -- océan, nature, sols - va être détruit !".
Pour l'eurodéputé socialiste français Éric Andrieu, président de la commission PEST (pesticides) du Parlement européen, "le glyphosate, c'est un échec patent", notamment parce que les positions des différents ministres français (écologie, économie, agriculture, santé...) ont "manqué de cohérence". "Je pense que la décision n'aurait pas été la même si la France avait parlé d'une seule voix".
En fait, "la France parle haut et agit bas: Il y a de grandes annonces qui se traduisent par des décisions a minima", regrette-t-il.
"Un delta s'est creusé entre le monde de l'argent et le régulateur. Face à une industrie concentrée en trois acteurs mondiaux, on devrait avoir un pouvoir public qui s'organise. Mais la France est sous le joug des lobbies" dénonce-t-il.

"Ere de regression"
L'eurodéputé belge à la tête des Verts au Parlement européen, Philippe Lamberts, n'a pas non plus mâché ses mots envers M. Macron mi-avril: "Vous dites vouloir la taxe carbone, la fin du glyphosate et celle des voitures diesel : bravo !".
"Mais vous restez un ardent promoteur des traités de libre-échange et, pire encore, du nucléaire. Vous avez permis, contrairement à votre prédécesseur, l'adoption par l'Union europénne d'une définition laxiste des perturbateurs endocriniens", a-t-il poursuivi tout en prenant acte cependant de l'abandon d'un "projet insensé d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes", dans l'ouest de la France.
Et l'ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage, pourtant soutien en 2017 d'Emmanuel Macron, a amèrement estimé jeudi qu'avec lui, la France était entrée "dans une ére de régression" écologique.
"C'est compliqué", nuance Gilles Boeuf, sans cacher sa grande inquiétude face à "l'urgence écologique", mais en soulignant que Nicolas Hulot travaillait à un grand plan pour la biodiversité. 
Un Nicolas Hulot que responsables écologistes et associations jugent "asphyxié au gouvernement", tandis que les Français restent pessimistes : selon un sondage Ifop pour la Ligue de Protection des Oiseaux en mars, 85% d'entre eux pensent que l'État et les élus n'ont pas pris conscience de la gravité de la situation en matière de biodiversité.


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commentaires (1)

qui sommes nous pour juger le monde a ce propos nous qui n'arrivons meme pas a cacher nos detritus, ne serait ce qu'a nos propres yeux , meme partiellement !

Gaby SIOUFI

09 h 51, le 03 juin 2018

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Commentaires (1)

  • qui sommes nous pour juger le monde a ce propos nous qui n'arrivons meme pas a cacher nos detritus, ne serait ce qu'a nos propres yeux , meme partiellement !

    Gaby SIOUFI

    09 h 51, le 03 juin 2018

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