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Culture

Katia Jarjoura : Moi aussi je suis fragmentée, comme le Liban

Rencontre
29/05/2018

Ses nombreux périples constituent autant de voyages en elle-même pour une meilleure connaissance de soi. Diplômée en journalisme et en sciences politiques de l’Université Concordia (Montréal), Katia Jarjoura poursuit un atelier en réalisation cinématographique au centre Main Film au Canada, avant de s’atteler à un atelier et une formation à Paris même, et parfaire le tout avec une « Introduction à la réalisation de films et de séries de fiction » en 2015 à l’École Louis Lumière à Paris.

Journaliste à ses débuts, le terrain la connaît bien et connaît surtout sa caméra, puisqu’elle signe des reportages pour des chaînes internationales dont L’État Hezbollah, un reportage pour CBC/Radio-Canada et TV5. Elle est aussi camerawoman pour Rodrigo Vasquez (Inside Hamas) et Living with Hezbollah en 2007. Entre-temps Katia Jarjoura s’initie à la radio et à la presse écrite de 2001 à 2010 pour la revue canadienne L’Actualité et elle est correspondante pour Radio-Canada à Beyrouth. Si elle troque sa casquette de journaliste pour une autre de réalisatrice, son champ de jeu demeure le documentaire. Entre-deux-fronts en 2001 ; Princes de la guerre, seigneurs de la paix en 2002 ou l’Appel de Kerbala en 2004, pour ne citer que ceux-là, mais encore Goodbye Moubarak en 2011, Katia Jarjoura parcourt le Moyen-Orient, capte le moment, fixe l’instant et enregistre l’histoire. Son documentaire Liban, de fracture en fracture, a été présenté au Prix Bayeux des correspondants de guerre en 2014.


(Pour mémoire : « Mon plus gros défi : refléter la complexité libanaise en évitant la schématisation »)


Le réel, toujours le réel
De mère canadienne et de père libanais, Katia Jarjoura, qui a quitté le Liban en 2010 après plusieurs questionnements, n’a jamais bien senti des racines qui la retenaient dans un pays ou un autre. Elle se définit d’ailleurs comme une personne très fragmentée comme le Liban. Elle reconnaît des repères, certes, et avoue sur ce sujet « quand je reviens au Liban, tout m’est familier à nouveau, les odeurs, le bruit… mais aussi agressif ». C’est donc à partir de Paris qu’elle fait et défait ses valises pour aller à la (re)découverte de l’Irak, de l’Égypte, de la Tunisie ou encore du Liban. C’est alors que l’enseignement la prend aux tripes. Mais pas le traditionnel, le conventionnel. La cinéaste n’aime pas les travaux de bureau. Le terrain l’appelle à nouveau, tout comme le chant des sirènes. Elle va initier donc des ateliers de formation pour les jeunes désireux de connaître le cinéma et la confection d’un film de A à Z. « Ce qui m’intéressait dans cette démarche, c’était d’enseigner des techniques de narration, comment raconter une histoire et en faire un film pour développer chez les jeunes leur créativité. Ces générations ont grandi dans les conflits et ont eu très peu d’accès aux sources qui nourrissent leur imaginaire comme les livres ou les galeries d’art, mais maîtrisent par contre très bien la caméra. »

Et de poursuivre : « Il était essentiel qu’ils aient à faire avec une personne issue de leur culture et qui connaisse de près leur histoire. À Bagdad, je suis donc allée seule, avec le financement d’Arte, et j’ai mis sur pied dix équipes de fiction. Au final, nous avons réussi à réaliser neuf films en à peine un mois. On peut d’ailleurs les retrouver sur le site d'Arte. » L’expérience sera réitérée par la suite avec de jeunes Libyens en Tunisie. « Un gros défi, dit-elle, que cette expérience unique. J’aime enseigner de la sorte, je rêve même de faire des ateliers ambulants où des jeunes de tout le monde arabe pourraient se retrouver à raconter leurs histoires, à transformer leurs traumas en films. Comme un exercice cathartique. »

Aujourd’hui, Katia Jarjoura s’oriente vers des films de fiction, ancrés néanmoins dans le réel. Ayant été consultante sur plusieurs écritures de scénario, entre autres Tombé du ciel de Wissam Charaf, elle a déjà signé deux films : Dans le sang en 2009 et Seul le silence en 2017. Un troisième, un long-métrage cette fois, est en voie de développement. Un parcours de combattant qu’elle effectue avec, pour seule arme, une caméra.



Pour mémoire

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