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Municipales

La classe politique « partiellement » renouvelée en Tunisie

Mohammad Tlili Mansri, président de l’autorité indépendante des élections, annonce les résultats des élections municipales le 9 mai à Tunis. Reuters/Zoubeir Souissi

Les premières élections municipales démocratiques, organisées dimanche en Tunisie, ont abouti à un renouvellement partiel de la classe politique et une percée « relative » du parti islamiste Ennahda, estiment des experts politiques.

Le renouvellement de la classe politique attendu à l’occasion du premier scrutin local de l’après-révolution a-t-il eu lieu ?
 « Il y a un renouvellement réel, même partiel du sang en politique », estime le politologue Selim Kharrat, qui préside l’ONG al-Bawsalat, observatoire de la vie politique tunisienne. En vertu d’une loi électorale qui exige notamment la parité, « presque la moitié des élus sont des femmes et 62 % ont moins de 45 ans (...). On voit l’émergence d’une nouvelle classe politique plus diversifiée », souligne-t-il. Les indépendants, qui ont obtenu 32,9 % des sièges, « constituent aussi une nouvelle donne politique : ils pèseront désormais dans la prise de décision et l’équilibre politique à l’échelle locale ». « On ne peut pas vraiment parler de renouvellement parmi les têtes de liste », relativise le chercheur Michaël Ayari, analyste en chef pour le groupe de résolution de conflit International Crisis Group (ICG). Parmi elles se trouvent « beaucoup d’anciens maires et responsables locaux, voire régionaux, de l’ancien parti au pouvoir » avant la chute du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali en 2011, explique-t-il. « Les notabilités locales n’ont pas beaucoup changé depuis la révolution », dit-il. Mais, pour M. Ayari, la nouveauté « c’est surtout l’accès démocratique pour la première fois par les urnes à plus de 7 000 citoyens tunisiens qui seront à des postes de responsabilité dans des conseils municipaux ».

Le parti islamiste Ennahda arrive en tête à Tunis et dans de nombreuses grandes villes. Peut-on pour autant parler de percée des islamistes ?
En comparant avec la cartographie politique de 2014, « on observe qu’Ennahda a conforté sa présence dans le Sud et su conquérir de nouveaux territoires, notamment dans le nord-ouest de la Tunisie, même s’il en a perdu d’autres », explique M. Kharrat. « On ne peut pas véritablement parler de percée », mais ce parti conforte sa position de « première force politique partisane dans le pays », souligne-t-il. Étant donné la forte abstention et les scores importants enregistrés par la myriade de listes indépendantes, en nombre de total de voix, le parti a nettement reculé depuis 2011. « Ce n’est qu’une percée relative », abonde M. Ayari. La redistribution des cartes ne sera claire qu’au moment de l’élection des maires des 350 municipalités d’ici à cet été, soulignent les deux experts. En effet, la courte avancée d’Ennahda ne lui garantit pas de contrôler les mairies où il est arrivé en tête, à commencer par Tunis, et d’intenses tractations sont en cours.

Quelles sont les conséquences de ce scrutin sur le jeu politique en Tunisie?
Ces négociations pourraient peser sur l’équilibre politique au niveau national, reposant depuis 2014 sur une alliance de circonstance entre Ennahda et le parti présidentiel Nidaa Tounès. « Si Ennahda et Nidaa renforcent leur consensus (pour se partager les mairies, NDLR), ils vont créer beaucoup de déception » parmi les électeurs dont beaucoup ont voté contre cette « hydre à deux têtes » dominant le paysage politique, estime M. Ayari. « Et s’ils ne le font pas, cela augure d’une période de tensions politiques qui vont monter crescendo jusqu’en 2019 », date à laquelle sont prévues des élections législatives et présidentielle. Autre inconnue: le poids des indépendants. Il est encore trop tôt pour voir s’il s’agit d’une « tendance de fond et durable », avec la présence de listes indépendantes aux législatives.


Les premières élections municipales démocratiques, organisées dimanche en Tunisie, ont abouti à un renouvellement partiel de la classe politique et une percée « relative » du parti islamiste Ennahda, estiment des experts politiques.

Le renouvellement de la classe politique attendu à l’occasion du premier scrutin local de l’après-révolution a-t-il eu lieu ?...

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