Chadi Aoun

Génération Orient III : #5 Chadi Aoun, cinéaste d’animation, 34 ans

Chadi Aoun, cinéaste d’animation, 34 ans.

18/05/2018

Le problème, avec les artistes, c’est qu’ils sont difficiles à insérer dans une seule case. Chadi Aoun est conteur par vocation. Entre l’animation et sa passion pour la danse, il a renoncé à choisir. Depuis le succès de son film Samt, le jeune homme, qui reproche au temps de « manquer de grâce », habite des journées qui débordent du système horaire.  

Petit, il avait déjà une grande envie d’être réalisateur, monteur, et de travailler le son et le bruitage. C’est donc à un très jeune âge qu’il explore les possibilités de l’image, entre un lecteur VHS, une caméra à cassette et une console stéréo. Quand il ne produit pas ses montages insolites à base de films filmés, il dessine. Un talent qui l’a poussé, après le bac, à intégrer les classes préparatoires de l’Académie Charpentier à Paris, et passer ensuite licence et master à l’ALBA, où il enseigne aujourd’hui. Quand il obtient son diplôme, l’industrie du film d’animation est encore balbutiante à Beyrouth. Cette technique qui naguère faisait appel à des équipes pléthoriques, tant le moindre mouvement nécessite des dessins superposés, se contente désormais, grâce à l’informatique, d’un petit nombre de collaborateurs. Rares au Liban, les animateurs s’entraident. Plusieurs années durant, dès 2003, Chadi Aoun travaille en tandem avec son ami Jad Sarout. Bien avant d’enregistrer officiellement sa société Yelo en 2013, il signe ses projets Yelostudio. Yelo comme yellow : parce que le jaune est une couleur qu’il voit bien, et qu’il aime ce nom joueur qui évoque tout de suite beaucoup de choses à la fois.

D’emblée, les multiples casquettes de cet artiste pluri-talentueux se superposent pour ne former qu’un seul et insolite couvre-chef tissé de liberté. Cinéaste d’animation, il l’est littéralement puisque voué à mouvoir, émouvoir et insuffler à l’inerte la vibration d’une âme. L’enfance est son lieu magique, et c’est encore elle qui le tient émerveillé tout au long du processus fastidieux d’un film d’animation : « Il y a un côté enfant dans ce métier. Et j’aime ce côté-là. Il m’allège le quotidien qui réclame que l’on soit trop adulte parfois. » En plus d’animer des images, le free-lancer dirige des projets divers en collaboration avec une multitude de talents. Son domaine d’activité couvre aussi bien le dessin animé que le film, le documentaire, le montage, l’illustration, l’édition ou le design. Chadi Aoun est même commissaire d’exposition quand il le faut, comme on l’a vu dans le projet Haneen, monté avec Soha Boustani pour l’Unicef à Beit Beirut. Une expérience dont il est sorti, de son propre aveu, comblé.

Se noyer dans la mer…

On l’aura compris, il serait bien réducteur de limiter Chadi Aoun à son métier de cinéaste. Un parcours unilatéral lui semblait trop étouffant. Certes, il collabore avec les ONG sur des projets éducatifs ou humanitaires et trouve encore le temps de se consacrer à des projets personnels, peinture, collages, cartes postales ou objets décoratifs. Mais l’art qui le transporte entre tous est la danse, cette mise en abyme du corps comme objet d’animation. Commencé sur le tard, à l’âge de 30 ans, l’apprentissage de cette discipline est une victoire qu’il remporte sur lui-même. Sur les barres de la Beirut Dance Company de Nada Kano, il atteint en seulement quatre ans un niveau quasi professionnel et se produit dans six spectacles, dont un à l’Unesco Paris. La rigueur des entraînements apporte à cet électron libre un cadre nécessaire. Enfant, Chadi Aoun a failli se noyer dans la mer. Impossible d’appeler au secours. Il ne se rappelle pas comment il en a réchappé. Il confesse qu’il est sorti de l’eau tête basse, sans en parler à personne, comme au retour d’un champ de bataille.

Son film Samt (Silence), récompensé par une vingtaine de prix internationaux, évoque sans doute ce traumatisme de manière subliminale. Dans une société uniformément grise et pierreuse, des danseurs se libèrent, avec leur corps pour unique discours. Malgré la répression, leurs mouvements ressemblent autant à ceux du noyé qui émerge qu’à ceux d’une statue qui fend sa glaise. Une histoire d’âme, on vous l’a dit.


Chadi Aoun en 24 images par seconde:

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