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Moyen Orient et Monde

Haftar veut réaffirmer son statut

Libye

L’homme fort de Benghazi est rentré le 26 avril dans son fief, après une hospitalisation d’au moins deux semaines à Paris.

OLJ
10/05/2018

Défilé militaire, offensive contre les jihadistes à Derna (Est) : le maréchal Khalifa Haftar tente de rétablir son statut d’homme fort en Libye, après une récente hospitalisation ayant nourri des spéculations sur son état de santé, estiment des analystes.
Le maréchal Haftar, 75 ans, est rentré le 26 avril dans son fief dans l’Est libyen après une hospitalisation d’au moins deux semaines à Paris, au cours de laquelle il n’a fait aucune apparition publique.
Son absence avait alimenté des rumeurs sur son état de santé qui avaient inondé les réseaux sociaux en Libye, certains médias ayant même annoncé sa mort, ouvrant la voie à des spéculations sur sa succession.
 « Beaucoup de ses adversaires dans l’ouest de la Libye ont crié victoire, estimant que les jours de l’Armée nationale libyenne (ANL, autoproclamée par le maréchal Haftar) étaient comptés », estime Crisis Group dans un rapport publié mardi.
Ses rivaux islamistes ont même commencé à envisager leur revanche, après avoir été chassés par l’ANL de Benghazi (Est) en 2017 à l’issue de trois ans de combats meurtriers, a ajouté Crisis Group.
Accusé par ses adversaires de vouloir établir une nouvelle dictature militaire en Libye, M. Haftar soutient un gouvernement parallèle qui exerce son pouvoir dans l’est libyen et qui conteste l’autorité du gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale et basé à Tripoli.
En plus de ces rivalités politiques, le pays est en proie à l’anarchie sur fond d’une lutte d’influence sans merci entre de nombreuses milices et tribus depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

« Sauveur »
Rentré à Benghazi le 26 avril, il avait été accueilli en grande pompe à l’aéroport de Benghazi où il avait assuré qu’il était « en bonne santé ».
Il est apparu une nouvelle fois lundi, en s’offrant un défilé militaire qui s’apparentait à une démonstration de force, avec la participation de milliers de soldats et d’avions de chasse.
Le maréchal, bête noire des islamistes, fêtait le quatrième anniversaire du lancement de son opération antijihadistes qu’il avait baptisée « Dignité » et qui visait à reprendre la ville de Benghazi, tombée en 2014 aux mains de milices islamistes et jihadistes.
En tenue militaire, il a annoncé lors d’un discours le lancement d’une opération pour « libérer » Derna des jihadistes.
Cette ville côtière de 150 000 habitants, située à 1 000 km à l’est de Tripoli, est la seule qui échappe au contrôle de l’ANL dans l’est libyen. Elle est sous le contrôle du « Conseil de la Choura des moujahidine de Derna », une coalition hétéroclite de milices islamistes et jihadistes, notamment proches d’el-Qaëda, hostiles à la fois à Haftar et au groupe État islamique.
Pour Federica Saini Fasanotti de la Brookings Institution à Washington, « apparaître comme le sauveur de Derna conférerait à (Khalifa) Haftar une nouvelle image aux yeux du monde ».

« Menace existentielle »
L’attaque meurtrière, revendiquée par l’EI contre le siège de la commission électorale le 2 mai à Tripoli, « a fait le reste en termes de soutien : les Libyens ont peur (...) et un homme fort peut aisément gagner un consensus », explique-t-elle.
Mais pour Mme Saini Fasanotti, « une opération militaire ne suffirait jamais à rétablir la paix en Libye (...) même si en termes stratégiques, c’est le meilleur moment pour agir afin de rassurer son clan et montrer à ses ennemis qu’il est plus fort que jamais en dépit de son état de santé ».
Le maréchal Haftar « veut envoyer un message à ses adversaires et à la communauté internationale sur sa capacité à rassembler l’institution militaire libyenne sous son commandement », estime pour sa part Ehab el-Mejbri, analyste politique à l’université de Benghazi.
 « Le moment choisi pour l’offensive de Derna peut être en partie motivé par le désir de Haftar de réaffirmer son statut d’homme fort », relève Tim Eaton, analyste au centre de réflexion britannique Chatham House.
 « Si beaucoup de gens considèrent la campagne sanglante de Haftar à Benghazi (2014-2017) comme une victoire des institutions libyennes sur la domination des milices et des extrémistes, pour d’autres – en particulier dans les milieux islamistes –, elle a fait de Haftar une menace existentielle qui doit être combattue à tout prix », ajoute-t-il.

Source : AFP

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