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Architecture

La Bibliothèque nationale du Qatar : un million d’ouvrages à la disposition des lecteurs

C’est le projet le plus ambitieux de l’émirat, et cette impérieuse icône conçue sur une superficie de 42 000 mètres carrés est l’œuvre de l’Office for Metropolitan Architecture (OMA) dirigé par le célèbre Rem Koolhaas, prix Pritzker 2000.

Vue de la BNQ. Photo DR

Au lieu d’un tapis rouge, c’est une projection 3D qui se déroule sous vos pas, offrant en mouvement le visage tridimensionnel de la ville de Doha extraite des dunes de sable pour vous attirer jusqu’à l’entrée de la Bibliothèque nationale du Qatar (BNQ). Avec son million d’ouvrages portant sur tous les domaines de la connaissance, et 500 000 pages d’archives numérisées issues des collections historiques de la British Library liées à l’histoire du Golfe et de son héritage scientifique, la nouvelle icône du Qatar en met plein la vue.

Elle a été inaugurée en grande pompe le 16 avril dernier par l’émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani, en présence de son père Hamad ben Khalifa al-Thani et son épouse, la cheikha Moza, présidente de la Fondation du Qatar et initiatrice du projet. Parmi les personnalités invitées figuraient la princesse Lalla Hasna, représentant le roi du Maroc Mohammed VI, l’ancien chef d’État français Nicolas Sarkozy, l’ex-président de la République de Turquie Abdullah Gül, des ministres de la Culture (dont le Libanais Ghattas Khoury) et une pléthore de personnalités venues de divers pays, notamment du sultanat d’Oman, des USA, et de la Grande-Bretagne.

Roly Keating, directeur de la National Public Library de Londres, qui a signé un partenariat de partage des connaissances avec la BNQ, a annoncé à l’occasion qu’« un portail en ligne, anglais-arabe, déjà accessible, donne un accès sans précédent à un fonds de 500 000 pages numérisées relatives à l’histoire du golfe Arabo-Persique et de son héritage scientifique, incluant des pages des India Office Records et des manuscrits médiévaux arabes. Auparavant, il fallait se rendre à la British Library pour obtenir un document d’archives. Aujourd’hui, un seul clic de souris suffit. Nous proposons maintenant un accès libre et gratuit à des centaines de milliers de manuscrits, archives, cartes, enregistrements sonores et photographies de la région – tous numérisés dans une qualité optimale ».

Dans l’assistance également, la baronne Tessa Blackstone, ancienne ministre britannique déléguée en charge de l’Éducation ; Sultan Ali Allana, directeur du Fonds Agha Khan pour le développement économique et président de Habib Bank, la plus grande banque du Pakistan ; Ryan Lance, PDG de ConocoPhilipps Petroleum Company ; Thomas Krens, patron du Guggenheim ; Nicholas Negroponte, fondateur du Media Lab du MIT ; ou encore l’architecte du projet Rem Koolhaas, et l’équipe d’OMA, Ellen van Loon, Iyad Alsaka, Vincent Kersten et Gary Owen, ainsi que l’ancienne doyenne des bibliothèques de l’Illinois Institute of Technology à Chicago et ex-bibliothécaire en chef de la Bibliothèque d’Alexandrie, Souhair Wastany, aujourd’hui à la tête de ce nouveau navire qatari.

Le lendemain de l’inauguration, Roly Keating a signé un nouvel accord avec la vice-présidente et PDG de la Fondation du Qatar, la cheikha Hind bint Hamad al-Thani, afin d’entamer la deuxième phase de la digitalisation des collections historiques de la British Library concernant les origines de la civilisation arabe et l’histoire des relations de la région avec le reste du monde à l’époque du mandat britannique.


(Lire aussi : Restauration de livres anciens : dans les coulisses de l'atelier de la Bibliothèque nationale)


À la gloire des images
Implanté à quelques encablures du siège de la Fondation du Qatar, dans le quartier de la Cité de l’éducation, qui accueille des campus satellites de diverses institutions et universités du monde, comme la Carnegie Mellon University, la Virginia Commonwealth University, l’UCL, le Weill Cornell Medical College, HEC Paris et d’autres, le bâtiment se déploie sur 42 000 m2. Mixant l’acier, le verre et le marbre blanc, il a été conçu comme une pièce unique de forme octogonale, baignant dans une lumière naturelle venant des immenses baies vitrées qui ont été équipées de filtres anti-UV. Dès le hall, immense et épuré, le visiteur est happé par une forêt de rayonnages où les livres se partagent l’espace avec des DVD, des CD, des revues et des ordinateurs. Rien n’est caché. On est à mille lieues de la bibliothèque traditionnelle, où l’accès au savoir se fait par un guichet fermé, avec de vastes dépôts fermés à double tour. 

« Nous avons conçu l’espace pour que vous puissiez voir tous les livres dans un panorama. Vous émergez immédiatement entouré par littéralement chaque livre – tous visibles et accessibles, sans effort particulier. L’intérieur est si vaste qu’il est presque urbain. Il servira également la communauté comme un lieu de rassemblement social », a signalé Rem Koolhaas, lors de la conférence de presse tenue le lendemain de l’inauguration, soulignant que toutes les caractéristiques techniques sont prises en compte pour la protection des livres.

Toutefois, la collection du patrimoine qui comprend des manuscrits arabo-islamiques précieux est placée au centre de la BNQ, dans un espace excavé de six mètres de profondeur, comme un site archéologique, et recouvert de travertin beige (la pierre italienne dont on s’est servi pour les plus beaux édifices de la Rome antique), indique pour sa part la collaboratrice de l’architecte Ellen van Loon. Mais la bibliothèque n’est pas uniquement un fier entrepôt d’ouvrages. Elle est ponctuée de salles de médias, d’étude, de conférence, d’un grand auditorium polyvalent, d’un théâtre pour enfants, d’une cafétéria et d’un salon où le confort a été mis à l’honneur avec l’installation de nombreux fauteuils, afin de donner l’envie aux lecteurs de venir consulter un livre et de s’installer pour lire un journal. « La bibliothèque est un lieu où tous les Qataris pourront rencontrer des amis, passer des moments avec leur famille, passer du temps en loisirs et en créativité dans leur cheminement personnel en quête d’expériences culturelles et de connaissance », ajoute Reem Koolhaas.

L’espace est doté d’installations innovantes, telles que le système de tri automatique des livres, les écrans multimédias interactifs ainsi que les bornes de prêt et de retour automatisées avec un système de gestion adapté. De même, un ensemble d’équipements le rend accessible aux personnes à besoins spécifiques. Aussi, dans le cadre du lancement officiel de ses services, la bibliothèque devrait inaugurer le Club du livre pour les non-voyants, un projet qui offre à cette catégorie de personnes « les chances équitables pour l’usage des services de la bibliothèque et l’accès à ses ressources ».

Pour 70 bibliothèques mondiales
La Bibliothèque nationale du Qatar de Doha a pour objectif de remplir trois missions : bibliothèque de prêt gratuite pour tous, bibliothèque de recherche et bibliothèque de patrimoine. Selon une fiche technique, elle contient plus de 50 000 objets historiques, dont plus de 4 000 manuscrits, un millier de vieilles cartes, mais aussi des atlas, des outils astronomiques et des photographies anciennes. L’exposition des livres est répartie sur trois catégories principales dans les différents domaines, y compris les sciences humaines, sociales et naturelles, dont plus de 150 000 livres et magazines pour enfants et adolescents ainsi que plus de 200 sources électroniques, comprenant les dernières publications de livres, revues et périodiques dans différents domaines. Inscrite dans un vaste projet culturel, la collection dans son intégralité sera bientôt numérisée et accessible dans 70 bibliothèques mondiales.
Il n’y a plus à s’angoisser : l’ère du livre en papier, avec sa texture et son odeur, est loin d’être révolue.


Au lieu d’un tapis rouge, c’est une projection 3D qui se déroule sous vos pas, offrant en mouvement le visage tridimensionnel de la ville de Doha extraite des dunes de sable pour vous attirer jusqu’à l’entrée de la Bibliothèque nationale du Qatar (BNQ). Avec son million d’ouvrages portant sur tous les domaines de la connaissance, et 500 000 pages d’archives numérisées...

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