Lors d’un « dialogue de l’audace » au cours duquel il a affronté des journalistes, un public sur place et des questions communiquées sur les réseaux sociaux, l’ancien député Farès Souhaid, candidat à Kesrouan-Jbeil sur la liste comportant des candidats Kataëb et l’ancien député Farid Haïkal el-Khazen, s’est exprimé sur des sujets sensibles comme l’entrée du Hezbollah dans la bataille dans cette circonscription, la relation tourmentée avec les Forces libanaises, la situation actuelle d’un 14 Mars en pleine débandade…
M. Souhaid a considéré d’emblée que ces élections sont « déterminantes » pour une période qui pourrait se prolonger, se rabattant à plus d’une reprise sur le compromis qui a mené à l’élection de Michel Aoun à la présidence, à la formation du gouvernement « d’entente nationale » et à l’adoption d’une loi électorale qu’il a qualifiée de « mauvaise ». Selon lui, tout cela s’est fait conformément aux conditions imposées par une seule partie, en d’autres termes le Hezbollah.
Interrogé sur sa responsabilité dans l’échec du 14 Mars, le secrétaire général de ce mouvement a affirmé : « Le rêve du 14 Mars n’est pas fini. Quand musulmans et chrétiens se retrouvent autour d’un même projet, ils sont capables de faire des miracles. Et quand ils se replient dans leurs tranchées confessionnelles, ils provoquent des catastrophes. » Et d’ajouter : « Le 14 mars 2005, mon rêve était que le Hezbollah finisse par ressembler au Liban. Actuellement, le rêve de beaucoup de forces politiques est de ressembler au Hezbollah, dans le sens du monopole dans les communautés. Pour ma part, j’assume entièrement ma responsabilité de la débandade du 14 Mars, mais les autres doivent le faire aussi. Or, ils n’en ont pas le courage. »
« Le Hezb maîtrise le jeu »
À la question de notre collègue Sandra Noujeim sur la relation tumultueuse avec le chef des FL Samir Geagea, qui lui a préféré le candidat Ziad Hawat, M. Souhaid a répondu : « Ce qui nous rassemble, M. Geagea et moi-même, va au-delà d’un siège parlementaire. » « Toutefois, a-t-il poursuivi, je suis très clairement en désaccord politique avec lui, et cela a à voir avec le compromis dans lequel il a pris part et dont il commence à s’inquiéter, d’après moi. »
Évoquant les attaques menées par le candidat du Hezbollah à Jbeil, Hussein Zeaïter, contre le député CPL de cette région, Simon Abi Ramia, notre collègue Michel Hajji Georgiou s’est demandé si le CPL, considéré actuellement comme se rapprochant du centre par le courant du Futur par exemple, ne joue pas la carte souverainiste. « Je pense que la relation politique entre le CPL et le Hezbollah est stratégique, souligne M. Souhaid. Pour moi, les petits désaccords constatés actuellement répondent à un besoin des deux parties pour mobiliser leurs troupes respectives. Le rapprochement entre CPL et courant du Futur est une autre affaire, et je ne pense pas qu’il gêne le Hezbollah, qui maîtrise le jeu. »
À la question de savoir comment il conçoit son opposition au Hezbollah, alors qu’il se trouve passablement isolé, il a dit vouloir, « avec ceux qui me ressemblent, reformer une opposition » indépendante de tous les calculs politiques, sachant qu’il estime que « l’État doit être reconstruit indépendamment de l’actuel équilibre des forces ».
Plusieurs questions sur le Premier ministre Saad Hariri et son rôle dans le compromis national lui ont été posées. Il a estimé que le compromis a mené à « un assassinat politique de Saad Hariri ». « Le coût de ce compromis est bien plus élevé que ses bénéfices, et c’est qui va être très clair dès le 7 mai parce qu’on aura livré le pays au Hezbollah et perdu une partie de notre souveraineté pour une supposée stabilité, en raison de ce soi-disant pragmatisme politique », a-t-il martelé, citant des exemples historiques. Pour lui, « il faut qu’il y ait toujours une opposition dans le pays », rappelant l’Initiative nationale qu’il a fondée avec Radwan Sayed.
Liban - Législatives 2018 - Dialogue
Farès Souhaid : Il faut qu’il y ait toujours une opposition
OLJ / le 28 avril 2018 à 00h00

