La passe d'armes se poursuivait samedi au Parlement français sur le projet de loi "asile-immigration", en particulier sur le placement en rétention des mineurs, la gauche y voyant une "solution barbare" tandis que le gouvernement promet des cas "exceptionnels".
Entamant les débats sur un des volets les plus contestés du projet de loi asile-immigration, l'opposition des socialistes, communistes et "insoumis" (gauche radicale) ont exhorté à ne pas faire une "balafre de plus à la République".
Ce volet (article 16), très critiqué par les associations, vise à porter la durée maximale de rétention de 45 à 90 jours pour les étrangers en attente d'expulsion.
Pour plusieurs élus de gauche, il "normalise" le fait que des enfants pourront être enfermés 90 jours, alors que la France a été condamnée plusieurs fois par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH). En France continentale, le nombre d'enfants concernés a crû de 45 mineurs en 2014 à 305 l'an dernier, selon la Cimade, association venant en aide aux migrants.
"Rien ne justifie l'enfermement d'un gosse", "par essence innocent", a lâché le socialiste Hervé Saulignac, notant qu'un centre de rétention est "un univers carcéral". "Vous ne pouvez pas dire que vous agissez avec humanité si vous maintenez des enfants" en rétention, a appuyé la présidente des socialistes Valérie Rabault. "Nous sommes ici un certain nombre à être absolument, totalement, radicalement, complètement, absolument, totalement, opposés à la rétention des enfants", a ensuite lancé Jean-Luc Mélenchon, le leader des "insoumis".
L'article suscite des oppositions jusqu'au sein du parti présidentiel LREM. L'une de ses députés, Florence Granjus, a ainsi évoqué les "troubles" des mineurs en rétention, comptant néanmoins sur le gouvernement pour que "la France puisse progresser pour afficher aucun mineur" en rétention.
Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a présenté la rétention comme "un ultime moyen" qui "reste nécessaire". Il a souligné que d'autres pays européens sont allés au-delà pour la durée, dont l'Allemagne ou les Pays-Bas. Le ministre a admis des conditions "pas admissibles" dans les centres de rétention administrative (CRA), promettant des aménagements prioritaires pour ceux "où seront placées les familles, si nous en arrivons à cette extrémité". La rétention familiale, qui n'est pas contraire selon lui au droit européen, est "exceptionnelle" et "strictement encadrée", n'intervenant "que lorsque la famille s'est déjà soustraite à une procédure d'éloignement", a-t-il assuré.
Le projet de loi devrait être adopté ce week-end.


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