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Économie

Prêts octroyés durant la CEDRE : les attentes du Liban largement dépassées

Investissements
10/04/2018

La communauté internationale s’est engagée vendredi à mobiliser en faveur du Liban 10,2 milliards de dollars de prêts, dont 9,9 milliards à des taux bonifiés, et 860 millions de dollars de dons, destinés principalement à subventionner les intérêts de ces mêmes prêts, lors de la Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises (CEDRE) qui s’est tenue vendredi à Paris. Celle-ci avait pour objectif d’œuvrer à la modernisation du pays et au renforcement de sa stabilité, menacée par les crises régionales.
« C’est beaucoup plus que ce à quoi on s’attendait ! » a confié à L’Orient-Le Jour le conseiller économique du Premier ministre Saad Hariri, Nadim el-Mounla, à la fin de la conférence, alors que les promesses de prêts formulées par la communauté internationale ont dépassé toutes les prévisions. Le Liban, qui a présenté aux bailleurs de fonds son ambitieux programme d’investissement (Capital Investment Program, CIP) en infrastructures, espérait obtenir suffisamment de prêts pour financer environ 65 % du coût total de la première phase de ce programme, estimé à 10,8 milliards de dollars (frais d’expropriation compris). Le reste de l’enveloppe devait être financé par des partenariats public-privé. La première phase du CIP devrait durer six ans si l’on prend en compte la période des travaux préparatoires et de la mise en œuvre. Lors de son discours prononcé à la clôture de la conférence, le président français Emmanuel Macron a évoqué une « mobilisation internationale inédite (...) afin de préserver ce trésor que représente le Liban dans la région et pour que ce modèle en inspire d’autres ».

Une large participation
Au total, 37 États et 14 organisations internationales et régionales (FMI, Banque mondiale, UE...) ainsi que des représentants du secteur privé (General Electrics, CMA CGM…) et de la société civile (Kulluna Irada, Carnegie) étaient réunis pour cette conférence. Parmi les plus gros donateurs figurent la Banque mondiale, qui s’est engagée sur quatre milliards de dollars de prêts au cours des cinq prochaines années, et l’Arabie saoudite, qui a renouvelé une ligne de crédit d’un milliard de dollars – qui n’avait pas été dépensés –, signe de son engagement aux côtés du Liban, malgré ses inquiétudes récurrentes sur l’influence croissante de l’Iran dans ce pays.
De son côté, l’Union européenne a accordé des prêts à travers ses institutions financières : la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) – dont le Liban est officiellement membre depuis peu – a octroyé 1,1 milliard d’euros sur six ans, et la Banque européenne d’investissement (BEI) 800 millions d’euros de prêts sur cinq ans. L’UE a également annoncé un don de 150 millions d’euros supplémentaires sur trois ans.
« Ces dons visent à soutenir les projets qui seront financés par les institutions financières internationales. Cela peut potentiellement permettre de lever 1,5 milliard d’euros, car ces 150 millions d’euros servent à subventionner les intérêts des prêts afin de les rendre plus avantageux pour le Liban », a expliqué à L’Orient-Le Jour une source au sein de l’UE. En d’autres termes, ce mécanisme permettrait que « chaque 100 dollars de subvention des intérêts permettent au Liban d’avoir un prêt de 3 000 dollars », a expliqué M. Mounla.

Secteurs définis
Plusieurs États ont préféré affecter leurs prêts à des secteurs définis, voire à des projets particuliers du CIP. L’Allemagne, par exemple, « a souhaité concentrer ses prêts sur le secteur de l’eau et la gestion des eaux usées ; la France est surtout intéressée par le secteur des transports et plus particulièrement la construction des routes ; quant à la Chine, elle souhaite soutenir le secteur de l’énergie », a indiqué le conseiller du Premier ministre.
Une source au sein du ministère français des Affaires étrangères a expliqué à L’Orient-Le Jour que ce résultat positif découle d’un travail de « négociations mené par le Quai d’Orsay avec les différents pays et institutions participant à la
CEDRE pour leur exposer l’importance que revêt cette conférence pour le Liban ». Ces négociations ont été conduites principalement par l’ambassadeur Pierre Duquesne auprès « des pays du Golfe, mais également auprès de nos partenaires européens et américains, ainsi que d’autres grands partenaires », a ajouté cette source. « Tous ne souhaitent pas que le Liban subisse de nouveau une période d’instabilité, puisque cela peut avoir des répercussions sur l’ensemble de la région », a-t-elle poursuivi. Mais comme l’a souligné le ministre français de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, « les réformes structurelles sont indispensables à la croissance économique, à l’assainissement des finances publiques et au renforcement de la capacité du pays à attirer plus d’investisseurs et d’entreprises privées ».

La vision du Liban
Pour convaincre la communauté internationale du sérieux du gouvernement à engager ces réformes, le Premier ministre Hariri a présenté une « vision pour la stabilisation, la croissance et l’emploi ». Cette vision est fondée sur quatre piliers : 1) augmenter le niveau d’investissement public et privé ; 2) garantir la stabilité économique et financière par un rééquilibrage des finances publiques ;
3) entreprendre des réformes sectorielles et transversales essentielles, notamment la lutte contre la corruption et la modernisation du secteur public et de la gestion des finances publiques ; et 4) mettre au point une stratégie de renforcement et de diversification des secteurs productifs du Liban, avec une réalisation de son potentiel exportateur.
M. Hariri a ensuite insisté sur la nécessité pour le Liban de conduire des réformes budgétaires et s’est engagé à atteindre un objectif ambitieux d’ajustement budgétaire de cinq points du PIB dans les cinq prochaines années, à travers une combinaison de mesures portant sur les recettes (notamment une collecte accrue des impôts) et les dépenses, comme la réduction des transferts à Électricité du Liban (EDL), afin de dégager un excédent primaire.
Plusieurs participants, dont le président Emmanuel Macron, se sont félicités des mesures adoptées par le Liban avant la conférence, visant à renforcer la confiance de la communauté internationale, des bailleurs de fonds et du secteur privé. Parmi elles, l’accélération de la mise en œuvre des projets déjà approuvés, la signature et la ratification de prêts, ainsi que l’allocation et le décaissement de fonds de contrepartie locaux. L’allocation de ressources humaines et financières au Haut Conseil pour la privatisation et le partenariat devrait également faire partie de ces mesures.

Réaction de Donald Trump
L’octroi de ces fonds ainsi que la mise en œuvre de ces réformes structurelles seront régulièrement examinés par le biais d’un mécanisme strict de suivi. « Un comité de suivi où siégeront le Liban, la Banque mondiale, le FMI, la France, les États-Unis et d’autres partenaires sera créé. Chaque année, au moins deux réunions de ce comité seront organisées, l’une à Beyrouth, l’autre à Paris. Toutefois, le mécanisme de fonctionnement n’est pas encore tout à fait finalisé », a précisé à L’Orient-Le Jour M. Mounla. Les Pays-Bas ont proposé d’organiser en 2019 une réunion multilatérale de suivi de la conférence.
Les résultats de cette dernière ont été enfin largement commentés durant le week-end, que ce soit par la presse locale ou par des responsables libanais et étrangers. Dimanche, le président américain Donald Trump a par exemple salué dans un communiqué diffusé par l’ambassade des États-Unis à Beyrouth tous les participants à la conférence, recommandant « au gouvernement libanais de s’attaquer à ces questions urgentes ». Les États-Unis prévoient de donner 115 millions de dollars.
Enfin une partie de la presse libanaise a appelé à la prudence, à l’image du quotidien an-Nahar, qui a souligné que les aides obtenues à la conférence de Paris n’étaient pas « gratuites ». Plus pessimiste, le quotidien al-Akhbar, dont la ligne éditoriale est critique vis-à-vis de l’Occident, craint que ce soit les Libanais qui se retrouvent obligés de payer l’addition des réformes exigées par les participants à la conférence.

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Menassa Antoine

C.E.D.R.E. Une Conférence utile très constructive , dont l exécution soumise et heureusement , aux reformes qui devront être appliquées de prime à bord sur le terrain .. ( Sic) , conditions Sine Qua Non pour une finalité de la bonne exécution de ces promesses .... Mais enfin, ou sont passé les Douze Millions de Libanais à travers le Monde , Véritable tirelire de notre Nation grands absents de cette réunion que l on ne cesse d encourager d une conférence a l autre à venir investir et booster le secteur économique actuel du pays ... l OLJ ignore meme l alerte publie à la NNA par l une de leurs instances. Honteux de les avoir écarter alors que la société civile avait des places représentatives

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