Le chef du gouvernement Saad Hariri et le ministre des Finances Ali Hassan Khalil ont assuré jeudi que le Liban n'était pas en faillite, lors de la seconde séance parlementaire plénière qui doit déboucher sur le vote du budget pour 2018, déjà en retard de deux mois et qui devrait être adopté avant la conférence CEDRE de soutien au Liban prévue le 6 avril à Paris.
"Nous ne sommes pas un Etat en faillite. En ce moment, nous ne pouvons pas payer tous les montants qui nous sont réclamés. Et notre rôle est d'aboutir à un équilibre entre le déficit et les dépenses d'une part, et la croissance d'autre part. Nous devons réduire notre déficit", a insisté Saad Hariri."Les réformes seront douloureuses, vous devez le savoir. Et si nous réclamons l'austérité, nous le faisons dans l'intérêt de l'Etat".
"Nous sommes prêts, en tant que gouvernement, à apporter toutes les modifications nécessaires au niveau d'éventuelles dépenses ou recettes qui pourraient s'ajouter. Nous sommes face à une crise concernant l'augmentation de la dette mais nous ne sommes évidemment pas un Etat en faillite, mais plutôt un Etat qui jouit d'une confiance monétaire et qui respecte ses engagements sans jamais tarder à honorer ses dettes aux parties concernées", a pour sa part assuré M. Khalil.
Les propos de MM. Hariri et Khalil sont une réponse au chef de l'Etat, Michel Aoun. La semaine dernière, le patriarche maronite, Béchara Raï, avait assuré que le président Aoun lui avait affirmé que le Liban est en faillite. Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, avait estimé que parler de "faillite" du Liban, constituait une "surenchère politique".
Ali Hassan Khalil a également assuré jeudi que le projet de budget sera présenté "dans les délais constitutionnels et en respect des règles".
"La présentation du budget en Conseil des ministres a accusé du retard en raison de la situation politique du pays", a pour sa part expliqué le chef du gouvernement, Saad Hariri, lors de la séance.
Selon les délais constitutionnels, le budget 2018 aurait dû être voté au plus tard le 30 janvier dernier au Parlement. Le Liban avait adopté en octobre 2017 et avec dix mois de retard sur le calendrier prévu par la Constitution sa première loi des finances, après douze années passées sans budget d’État en raison des tensions politiques.
Le déficit public s’élèvera à 4,8 milliards de dollars selon les prévisions du projet de budget de 2018. Ainsi les dépenses publiques atteindront 15,8 milliards de dollars, auxquelles il faut additionner une avance du Trésor à Électricité du Liban de 1,4 milliard de dollars pour combler le déficit de l’établissement public. Quant aux recettes, elles sont estimées à 12,4 milliards de dollars.
L’adoption de la loi de finances – et la réduction du déficit budgétaire par rapport à celui de 2017 – font partie des exigences imposées par les participants aux conférences internationales de soutien au Liban, dont CEDRE; consacré au financement du programme d’infrastructures préparé par le gouvernement libanais.
"La conférence CEDRE se tient pour Saad Hariri ou pour le Liban? Comment cette conférence peut-elle avoir (des implications) électorales? Et si nous accomplissons une réussite grâce à cette conférence, est-ce quelque chose de mal?", s'est interrogé le chef du gouvernement.
"Tous les projets qui figurent à l'ordre du jour de CEDRE auraient dû être exécutés durant les années 1990 et 2000. (...) Pour la première fois nous œuvrons pour des plans globaux", s'est félicité Saad Hariri.
Au sujet du courant électrique, le chef du gouvernement a expliqué que"le gouvernement a présenté un plan global pour résoudre cette crise, et nous avons besoin de trois à cinq ans pour terminer la construction des centrales électriques. Une solution temporaire est requise pour assurer entre 20 et 24h d'alimentation quotidienne en courant, pour ensuite relever la facture de courant (...)".
"Il n'y a pas eu de dépenses effectuées en cachette en dehors du cadre du budget, et l'avance faite à EDL figure dans les dépenses", a de son côté expliqué le ministre des Finances.
Au sujet de la grille des salaires, Saad Hariri a affirmé que "toute augmentation de salaire dans le public implique une augmentation dans le secteur privé", en allusion aux écoles privées qui sont en crise depuis le vote de cette nouvelle grille des salaires.


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