Nos Lecteurs ont la Parole

Hommage à Émile Nasr

par Nélida NASSAR
OLJ
12/03/2018

Au nom de l’art, de la culture et de la littérature française, je viens rendre un ultime hommage à Émile Nasr. En regrettant d’être loin de Beyrouth, car je ne pourrai le louer comme il le mérite. Mon témoignage est certes celui d’une amie et d’une critique d’art qu’il a rencontrée il y a une vingtaine d’années et avec qui il a eu plusieurs occasions de collaborer. D’abord, il a écrit à propos de mon travail de designer, ensuite il a publié avec intérêt mes critiques d’art. Mais je reste convaincue que ma vision est révélatrice de la générosité, de l’humilité qui régnait dans le for intérieur de son âme et que beaucoup d’entre nous ont eu la chance de connaître.
Pendant les nombreuses années de son dur labeur, il est resté fidèle à Beyrouth, la ville qui l’a vu naître. Même sous l’usure de notre terrible ville, ainsi que durant toutes les années de guerre, il avait conservé sa simplicité, sa tranquille grandeur et son regard d’éternel optimiste. Il a créé, il y a plus de 25 ans, l’Agenda culturel dont la parution était attendue par un public de plus en plus large et éclairé. Comme c’est beau, une existence entière, passionnée, dédiée à un idéal, dans le désintéressement du reste. Émile a voulu propager la culture et ne faire que cela. Les dernières années de sa vie, il a été chroniqueur et journaliste, à la tête de l’Agenda culturel dont il était l’éditeur mais aussi sur le site de Médiapart où ses analyses étaient publiées régulièrement. Mais être journaliste exigeait une somme d’efforts, demandait une vie de conscience et de travail acharné, choses qu’il déployait comme dans tout ce qu’il entreprenait. Souvent, il recommençait et réécrivait un article jusqu’à le reprendre trois fois. La poursuite du mot juste le jetait dans des angoisses infinies. Tout devenait sujet aux scrupules : la ponctuation, le rythme des phrases et les alinéas…
Nous avons tous connu chez les grands auteurs de la littérature française ce tournant de la belle prose sonore, parfaite et définitive. Il n’y a pas de plus torturant ni de plus délicieux. Quel bel exemple, en ces temps de prose bâclée, de journalisme hâtif et d’articles fabriqués sur des coins de table… Émile et moi partagions une passion pour la musique, pour l’opéra, qui nous procurait lors de mes passages au Liban de beaux moments d’échanges musicaux, mais aussi de grands éclats de rire qui viendront à me manquer. Il m’attriste surtout de noter que toutes ces années de labeur qu’Émile a consacrées à la culture, au Liban et à la francophonie n’ont jamais été honorées par une distinction officielle de son pays d’origine, ni de sa seconde patrie, la France. Ces reconnaissances sont à présent superflues …
 Cet hommage, je le voudrais comme une consolation adressée à sa veuve Catherine Bacholle, l’admirable compagne qui a été le charme et le courage de son existence. Oui, dans le deuil cruel qui les frappe, s’il est une consolation possible, que Catherine, que leurs trois enfants et que sa collaboratrice Raghida Tawileh se disent qu’il n’est point parti, celui dont l’œuvre grandira et survivra longtemps.


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