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Culture

Charles Berbérian : Je ne me pose plus de question de style, de toute façon je n’en ai plus

Bande dessinée

Ses élucubrations philosophiques en bulles sont mi-tendres, mi-amères. Le grand du 9e art français, qui a vécu son adolescence à Beyrouth, est de passage au Liban à l’occasion du mois de la francophonie*.

10/03/2018

Tel un personnage de bande dessinée, des onomatopées ponctuent les tirades de Charles Berberian, comme si des bulles étaient suspendues au-dessus de sa tête. Des «  ouf  », des «  prrrt  » et des «  ah  !   » se glissent entre ses phrases, comme pour les rythmer, au gré de ses pensées. Invité d’honneur de l’Institut français du Liban pour le mois de la francophonie, le bédéiste, qui autopsie les petits travers de la société moderne, se dit « plus Ben Stiller ou Will Ferrell qu’Ingmar Bergman  ». C’est d’ailleurs dans une ambiance plus proche d’un one-man-show comique que d’un cours magistral qu’il a animé, mardi soir, un masterclass avec des étudiants de l’Académie libanaise des beaux-arts, venus nombreux bénéficier de quelques sages conseils de la bouche du vétéran.

L’auteur et dessinateur a longtemps été la moitié comique du duo Berberian-Dupuy, qu’il formait avec Philippe Dupuy. Leur série, Monsieur Jean, a marqué le paysage de la bédé des années 90. Lauréat du prix Inkpot en 2003 et du Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2008, Berbérian est un auteur de bédé prolifique. Le secret de son pouce vert en art  ? «  Je ne dis jamais non, peu importe le projet que l’on me propose, il ne faut pas snober un genre  », déclare à L’Orient-Le Jour celui qui illustre également des albums de jeunesse et dont les toiles décoratives de plusieurs mètres ornent en ce moment les rues de Paris.

Tout pour la musique
Dessinateur, mais aussi musicien, Berbérian mélange les disciplines avec un plaisir non dissimulé. Il prend part régulièrement à des concerts dessinés, où la musique jouée en direct guide son pinceau sur scène. Celui qui voue une véritable passion à la musique aborde souvent ce thème dans son œuvre : dans Juke Box, il rendait un hommage aux journalistes du rock; dans  Playlist, il représente, en dessins, sa propre collection d’albums musicaux. Sans oublier ses multiples collaborations, notamment ses illustrations pour La Française pop, un retour sur la pop française avec les textes de
Christophe Conte. Il a aussi réalisé les pochettes de disques de plusieurs artistes, tels que Rodolphe Burger, Pascal Comelade ou encore Erik Truffaz.  

Né à Bagdad d’une mère chypriote et d’un père franco-arménien, le bédéiste français a passé son adolescence au Liban, de 1969 à 1975. Les multiples identités de ses origines ? Il les conjugue comme il navigue entre les styles et les thèmes, avec une nonchalance et une liberté qui évitent tout label. En effet, Charles Berbérian aime étonner son public en se réinventant d’une production à l’autre, tel un caméléon. «  Je ne me pose plus de question de style, de toute façon je n’en ai plus, s’exclame l’artiste avec humour. Je vais plutôt dessiner et peindre comme j’ai envie, je m’amuse en tentant des expériences.  »

L’histoire du Moyen-Orient
L’artiste affirme être devenu accro à la bande dessinée à l’adolescence : elle était l’un de ses premiers refuges quand le monde s’écroulait autour de lui durant sa jeunesse à Beyrouth. «  Le quotidien, le confort familial, tout ça est parti en fumée avec le début de la guerre civile », se souvient-il. « Tu t’immerges donc dans cette scène souterraine et activiste comme ce qu’offrait Charlie Hebdo ou Métal hurlant à l’époque.  » Il dévorait donc fébrilement tous les albums qui lui passaient sous la main. Les comics américains ont été ses premiers pas, mais le déclic s’est fait avec Gotlib, qui lui a donné le goût de se lancer dans le monde du phylactère.

Le bédéiste entend-il aborder, dans une œuvre future, son passé au Moyen-Orient ? Il le confirme. Dans son prochain album, il souhaite suivre les divers chemins pris par les membres de sa famille, qui ont la particularité de venir de plusieurs pays de la Méditerranée. Il espère parler de l’histoire riche et complexe de la région à travers celle de ses proches. C’est un véritable tournant pour l’auteur qui, jusque-là, n’osait pas traiter le sujet. « Peut-être que je n’étais pas prêt, ou encore je ne possédais pas très bien les moyens d’être à la hauteur d’un tel sujet », explique l’auteur. Aujourd’hui, il se sent prêt à aborder les événements de sa jeunesse au Liban. Il estime avoir approfondi son savoir sur la question en se plongeant dans les livres, notamment ceux du journaliste Robert Fisk, et en s’informant davantage sur les accords de Sykes-Picot.

Charles Berbérian est conscient qu’il y a des enjeux plus importants à aborder que la bande dessinée, surtout dans un pays comme le Liban, mais il sait également que cet art peut aider à dompter les angoisses et permet de réfléchir différemment sur des questions délicates. «  Mon dessin est une pensée, une idée. Quand je dessine, c’est ma main qui réfléchit en collaboration avec mon cerveau.  »

*Charles Berbérian sera présent à la librairie Stéphan, à Achrafieh, ce soir à 17h, pour une séance de signature.

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Sarkis Serge Tateossian

On a tord de minimiser le rôle éducatif de la bandé dessinée. Des grands fans de la bande dessinée ont gravi les échelons pour devenir des scientifiques ou des grands managers au sein des plus prestigieuses sociétés européennes...
J'en connais...et j'en suis fier à titre personnel.

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