Le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, principale figure de l'opposition au gouvernement, a dénoncé mercredi la politique économique "sans discernement" de l'Exécutif qui entend finaliser dans les prochains jours l'avant-projet de loi de budget 2018.
"Nous entendons de nombreuses déclarations autour du budget et nous ne pouvons que tirer à nouveau la sonnette d'alarme face à la politique sans discernement du pouvoir qui conduit le pays vers un grand effondrement dont le peuple va payer le prix", a déclaré M. Gemayel lors d'une conférence de presse. "Les composantes du pouvoir s'empressent comme si le budget était un lot de consolation. Ils votent le budget en dehors des délais constitutionnels et veulent absolument le lier aux transactions autour des navires-centrales", a-t-il ajouté.
A l'ouverture du Conseil des ministres plus tôt dans la journée, le chef du gouvernement Saad Hariri a indiqué que la commission ministérielle chargée de l'examen du budget tiendra une nouvelle réunion jeudi.
Le Liban a adopté en octobre 2017, et avec dix mois de retard sur le calendrier prévu par la Constitution, sa première loi de finances après douze années passées sans budget d’État en raison des tensions politiques. Si cette adoption avait été saluée, notamment par les agences de notation financière, le Liban a déjà pris du retard dans le processus d'adoption du budget pour 2018.
"Les chiffres du projet de budget sont catastrophiques. Il est prévu que les dépenses augmentent de 5,1 milliards de dollars en un an", a déclaré le leader des Kataëb, dénonçant les "hausses décidées l'année dernière qui ont coûté très cher au peuple libanais", en référence à l'augmentation de plusieurs taxes devant financer la grille des salaires pour la fonction publique, dont le coût va s'élever selon lui à 1,9 milliard de dollars. "Le budget qui va être voté ne comprend aucune des réformes demandées par les institutions financières internationales", a souligné M. Gemayel.
Mardi, la commission ministérielle était parvenue à diminuer de mille milliards de livres (environ 670 millions de dollars) les dépenses prévues dans l'avant-projet de budget. Le chef du gouvernement avait demandé dans une circulaire aux différents ministères de réduire leurs dépenses de 20 %. Ces directives s’inscrivent dans le cadre des réajustements financiers requis par les pays donateurs à la veille de la conférence CEDRE qui doit se tenir à Paris en avril.
"Nous ne disons pas que cette conférence, prévue deux semaines avant les législatives sert la campagne électorale, ou que le gouvernement va creuser délibérément la dette avant la fin de son mandat, mais que cette conférence sera une conférence d'emprunts et pas de dons. Nous allons augmenter les emprunts, la dette et les dépenses sans faire de réformes", a affirmé M. Gemayel.


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