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Économie

Les travailleurs philippins au Koweït face à un dilemme

Focus
OLJ
28/02/2018

Le cas de Joanne Demafelis, employée de maison philippine dont le corps a été retrouvé ce mois dans un congélateur au Koweït, a provoqué une vive indignation et poussé Manille à interdire à tout nouveau Philippin d’aller travailler dans ce pays du Golfe. Cependant, pour les 252 000 Philippins qui ont déjà un emploi au Koweït, la crainte de perdre leur principale source de revenus n’est dépassée que par la peur de connaître un sort semblable à celui de la jeune Philippine assassinée. Comme leurs familles aux Philippines dépendent souvent des transferts de fonds pour survivre, les migrants philippins au Koweït disent qu’ils sont maintenant forcés de choisir entre leur propre bien-être et celui de leurs enfants au pays.
Luzviminda travaille dans un salon de coiffure depuis 2013 pour subvenir aux besoins de ses cinq enfants qui vivent avec leur grand-mère aux Philippines. En se promenant dans un parc public, cette femme de 40 ans déclare à l’AFP qu’un retour aux Philippines n’est pas une option. « J’ai besoin d’argent », explique-t-elle en demandant que son nom de famille ne soit pas divulgué.

Couple arrêté à Damas
Plus de deux millions de Philippins sont employés à travers le Golfe, et les virements bancaires auxquels ils procèdent constituent une manne significative pour l’économie philippine. Le président philippin Rodrigo Duterte a toutefois fermement interdit aux Philippins d’aller travailler au Koweït après l’assassinat de Joanne Demafelis. Présentant apparemment des traces de torture, le corps de la jeune femme (29 ans) a été découvert dans un congélateur d’un appartement abandonné. Un couple libano-syrien, soupçonné de l’assassinat, a été arrêté à Damas à la suite d’un avis d’Interpol. Ils sont désormais détenus au Liban. Le président Duterte a accusé des employeurs arabes de violer et d’affamer des travailleurs philippins dont la maîtrise de l’anglais est un atout dans la région. Il a interdit tout nouveau départ vers le Koweït, alors que des membres de son gouvernement sont actuellement dans ce pays pétrolier pour tenter d’obtenir des garanties de protection supplémentaires pour les travailleurs s’y trouvant déjà.
L’organisation Human Rights Watch (HRW) a averti la semaine dernière que la nouvelle interdiction philippine entraînerait probablement une vague de migration de main-d’œuvre clandestine, exposant des milliers de personnes à un risque encore plus grand d’abus. « Il y a beaucoup d’opportunités pour les Philippins » au Koweït, assure Anna Bunda, une Philippine qui travaille pour une agence de recrutement. « J’espère que le gouvernement (philippin) nous entendra. »

« Fardeaux de la vie »
La problématique des droits du travail dans le Golfe remonte à des années. Des organisations internationales critiquent régulièrement le traitement réservé en particulier aux travailleurs peu qualifiés. L’avocat Mohammad al-Humaidi, directeur de la Kuwait Society for Human Rights, dit que son association reçoit régulièrement des appels à l’aide de la part de Philippins qui se plaignent d’employeurs abusifs. « Bien que nous ayons un accord avec un bureau juridique qui représente les travailleurs et les employées de maison devant les tribunaux, la réalité est malheureusement que de nombreux appels à l’aide ne nous parviennent même pas. »
Le président de la commission parlementaire des Droits de l’homme du Koweït, Adil Damkhi, assure que le pouvoir judiciaire ne fait pas de discrimination en matière de criminalité dans l’émirat. « Il y a eu plusieurs incidents horribles de part et d’autre, mais les crimes commis par des Koweïtiens occupent une place plus importante dans les médias que les crimes commis par des femmes de ménage étrangères », affirme M. Damkhi à l’AFP. « C’est un crime odieux », dit-il à propos du meurtre de Joanne Demafelis.
Rose, 56 ans, travaille comme femme de ménage au Koweït depuis 1997 : « J’ai travaillé pour cinq familles, dont la dernière était une famille américaine. Ils me traitent bien. Je cuisine ce que je veux, je fais de la gymnastique chaque matin et j’aide ma famille à supporter les fardeaux de la vie. »
Salima LEBEL/AFP

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