Rechercher
Rechercher

Conférence

Quand Renan estimait qu’islam et modernité étaient incompatibles

Nous connaissons tous Ernest Renan, l’orientaliste amoureux du Liban qui a enterré sa sœur Henriette à Amchit. Mais Renan était aussi un historien qui n’appréciait pas les « mahométans ».

Ernest Renan. Photo Antoine Samuel Adam-Salomon

La salle était comble mardi soir à l’Institut d’Orient pour la conférence donnée par la directrice de cette institution, Birgit Schäbler, sur le thème « Quand les relations tournent à l’aigre : Ernest Renan et le débat sur l’islam en 1883 comme un moment de désengagement entre le Moyen-Orient et l’Europe ».

Mme Schäbler, qui est spécialiste de l’islam et du Moyen-Orient, occupe à l’Université d’Erfurt l’unique chaire d’Allemagne consacrée à l’histoire de l’Asie Mineure et du Moyen-Orient. Elle a publié un livre sur ce débat qui avait opposé, en 1883, Ernest Renan, d’une part, et le penseur Jamaleddine al-Afghani, le réformateur et romancier turc Namik Kemal et l’intellectuel russo-tatar, imam de la mosquée de Saint-Pétersbourg, Ataullah Bajazitov, d’autre part. L’historien et orientaliste français clamait haut et fort son anti-islamisme, estimant que l’islam ne peut en aucun cas être moderne et que toutes les personnes qui adhèrent à cette religion ne sont pas capables de vraiment évoluer.

« Nous sommes à la seconde moitié du XIXe siècle, lorsque le modernisme et la science sont perçus comme une seule entité dans une Europe riche et industrialisée qui est une force bien puissante dans le monde », souligne la directrice de l’Institut d’Orient. Pour Renan, les pays musulmans représentent « la nullité des races », l’islam qui est né dans le désert arabe est « incapable de construire un mythe », et « n’est pas une religion révélée mais un mouvement politique ».

Les langues pour argumenter
« L’idée que la modernité est née en Europe et que toutes les autres nations sont celles qui reçoivent cette modernité a prévalu jusqu’aux années soixante, alors qu’après le 11 Septembre, les philosophes et les historiens commencent à parler du clash des civilisations », note Mme Schäbler.

C’est Renan qui a été l’un des premiers historiens à opposer les races aryennes et sémites sans pour autant être raciste vis-à-vis des juifs de son temps à qui il a donné une place spéciale.

Renan utilise aussi les langues pour son argumentation. Les langues européennes, croit-il, sont des langues qui évoluent, qui se modernisent, alors que les langues sémitiques restent figées et rigides.

Se penchant sur les intellectuels musulmans qui ont répondu à Renan, elle estime que « Renan n’avait pas su discerner la nouvelle élite qui avait émergé dans le monde musulman, des hommes qui poursuivaient les mêmes objectifs que leurs collègues occidentaux, simplement dans une perspective inversée : tandis que Renan entendait expliquer la supériorité des Européens (c’est-à-dire des Français, des Anglais et des Allemands), les savants de l’Orient recherchaient la raison pour laquelle leur civilisation avait perdu sa grandeur passée ».

Al-Afghani n’a été traduit en arabe que durant les années 80 par un universitaire tunisien. Dans sa réponse à Renan, al-Afghani, qui n’était pas contre la violence et qui voulait fédérer les musulmans contre les forces colonialistes, avait défendu les Arabes.

« Renan a pris l’exemple de l’islam wahhabite quand il s’est mis à rédiger ses textes sur l’islam et la science. À l’époque, cet islam-là était observé uniquement par un petit groupe de la péninsule Arabique », rapporte Mme Schäbler.

Aujourd’hui, avec les relations parfois tendues entre l’Orient et l’Occident, la poussée fondamentaliste dans le monde musulman et la montée du nationalisme en Europe, il est intéressant de relire et de revoir les débats entre Renan et ses contemporains musulmans.


La salle était comble mardi soir à l’Institut d’Orient pour la conférence donnée par la directrice de cette institution, Birgit Schäbler, sur le thème « Quand les relations tournent à l’aigre : Ernest Renan et le débat sur l’islam en 1883 comme un moment de désengagement entre le Moyen-Orient et l’Europe ».

Mme Schäbler, qui est spécialiste de...

commentaires (3)

Je ne peux pas juger , j'ai grandi avec les chrétiens , les musulmans et les juifs et je n'ai pas eu de problèmes

Eleni Caridopoulou

16 h 54, le 23 février 2018

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • Je ne peux pas juger , j'ai grandi avec les chrétiens , les musulmans et les juifs et je n'ai pas eu de problèmes

    Eleni Caridopoulou

    16 h 54, le 23 février 2018

  • ET POURTANT... ELLE TOURNE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 44, le 23 février 2018

  • Le résultat compte... Qui a eu raison? Renan ou Al-Afghani?

    Pierre Hadjigeorgiou

    11 h 23, le 23 février 2018