Une enquête préliminaire visant le groupe français Vinci, ouverte après une plainte d'une ONG pour "travail forcé" et "réduction en servitude" sur les chantiers du Mondial-2022 au Qatar, a été classée sans suite, a déclaré mardi à l'AFP le parquet de Nanterre, en banlieue parisienne.
L'association Sherpa avait déposé en mars 2015 une plainte contre Vinci Construction Grands Projets et sa filiale au Qatar pour "travail forcé", "réduction en servitude" et "recel" sur les chantiers du Mondial-2022.
Il n'a pas été établi par l'enquête que les dirigeants de Vinci et de sa filiale aient "élaboré intentionnellement une politique délibérée de violation des droits de leurs employés migrants" et aient mis en place "une organisation destinée à pratiquer la traite des êtres humains", selon une source proche du dossier.
"Cette décision est sans surprise. Nous continuerons notre travail pour que lumière soit faite sur les faits dénoncés. Nous entendons donc déposer plainte avec constitution de partie civile afin de saisir un juge d'instruction", a réagi Sandra Cossart, directrice de Sherpa, dans un communiqué. L'ouverture d'une information judiciaire est quasi-automatique dans le cas d'une constitution de partie civile.
Assurant avoir réalisé une enquête sur place, Sherpa avait fait état de confiscations de passeports et de menaces proférées à l'encontre de ces travailleurs migrants pour les dissuader de réclamer une amélioration de leurs conditions de travail.
Le groupe Vinci s'est félicité de son côté de la décision du parquet intervenue le 31 janvier, rappelant qu'il "s'attache non seulement à respecter le droit local du travail et les droits fondamentaux, mais aussi à faire progresser en permanence les conditions de travail et de vie de ses salariés, au Qatar comme partout dans le monde".
Vinci a également souligné que les divers experts et observateurs ayant eu accès aux chantiers "ont pu constater que les collaborateurs de sa filiale Qatari Diar Vinci Construction (QDVC) bénéficient d'un libre accès à leur passeport et (que) les temps de travail et de repos sont strictement observés".
Jean-Pierre Versini-Campinchi, conseil de Vinci, a par ailleurs souligné que la plainte de Sherpa avait été déclarée "irrecevable pour des motifs de droit", l'ONG n'étant notamment "pas déclarée d'utilité publique" et n'ayant "pas obtenu l'accord des prétendues victimes".
"Sherpa a annoncé saisir un juge d'instruction. Au-delà de son irrecevabilité à le faire, on n'imagine pas que ce magistrat puisse aboutir à une conclusion différente", a estimé l'avocat interrogé par l'AFP.
En novembre 2017, Vinci et QDVC ont annoncé avoir signé un accord garantissant un minimum de droits aux travailleurs étrangers employés dans le bâtiment et les travaux publics au Qatar.
L'émirat est depuis des années dans le viseur des ONG et des syndicats au sujet des conditions de travail des quelque 2 millions de travailleurs immigrés.
Créée en 2007, QDVC, filiale détenue à 49% par Vinci et à 51% par le groupe local Qatari Diar, emploie en direct 3.300 salariés de 65 nationalités au Qatar, dont 2.000 ouvriers, surtout des Indiens, des Népalais et des Sri-Lankais.
Les contrats décrochés par le groupe sur les chantiers du Mondial représentent un montant global de 2,2 milliards d'euros, qui vont jusqu'en 2019.


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